lundi 30 août 2010

Défi Robert Heinlein

Guillaume, le Traqueur Stellaire, organise un défi Robert Heinlein. Il s'agit là d'un auteur que je connais assez mal. J'ai lu l'intégrale de son Histoire du Futur mais je n'en garde pas des souvenirs très précis... L'occasion me semble donc excellente pour me remettre à la découverte d'un auteur qui a, il faut bien le dire, une réputation rien moins qu'ambiguë.

Le défi s'ouvre à la rentrée, qui est très bientôt (dans deux jours). Je vais donc y participer, en commençant par lire Une porte sur l'Eté, que je chroniquerai dès que possible.Share/BookmarkWikio Voter !

L'Heure du Taureau

J'avais présenté ici La Nébuleuse d'Andromède, un roman de SF d'Ivan Efremov, auteur soviétique décédé dans les années 1970. L'Heure du Taureau est en quelque sorte une séquelle de La Nébuleuse d'Andromède et il convient d'en resituer le contexte. Dans un avenir lointain, après un désastre écologique, la réforme socio-psychologique a permis à l'espèce humaine de construire un système économique et politique communiste efficace et viable. La Terre et l'humanité sont guéries et entrent dans une nouvelle ère, prenant bientôt contact avec des civilisations extraterrestres amies par l'intermédiaire du Grand Anneau, un réseau de communications informatique d'envergure galactique. Les expéditions spatiales entre les différents systèmes stellaires sont encore très dangereuses mais la civilisation humaine, tout comme ses soeurs de l'espace, est désormais patiente et sait que la science finira par proposer de nouvelles solutions..

Résumé :
Quelques siècles après l'épopée racontée dans La Nébuleuse d'Andromède, la technologie de l'astronef à rayon direct (ARD) permet enfin de vaincre d'une façon satisfaisante le gouffre de l'espace. Désormais, des régions très éloignées de la Voie Lactée deviennent accessibles aux intrépides équipages de la Terre et des autres mondes habités. La puissance du Grand Anneau est désormais décuplée par la possibilité de faire des relais grâce aux ARD. C'est ainsi que la Terre apprend avec stupeur l'existence, dans une région très difficile d'accès de la constellation du Lynx, d'une autre civilisation humaine ! Les explorateurs de Céphée qui l'ont découverte sont formels. Seule ombre au tableau : les humains de ce monde lointain ont refusé le contact offert par les frères de Céphée...

Faï Rodis est historienne. Sa spécialité n'est autre que l'Ere du Monde Désuni (EMD), celle qui a précédé l'instauration de la civilisation communiste. Pendant l'EMD, l'espèce humaine fut soumise à l'inferno, un état de délabrement social occasionnant des souffrances physiques et psychologiques inouïes. Si la Terre a fini par surmonter l'inferno, des indices concordants montrent que là-bas, l'humanité en est incapable depuis des millénaires. Leur monde livré à l'inferno est appelé "Tormans". Il semble que Tormans ait été fondée par des astronefs perdus à la fin de l'EMD. La Terre décide alors d'envoyer une expédition spatiale pour proposer son aide aux Tormansiens. L'ARD La Flamme Sombre est chargé de cette mission délicate. Faï Rodis commandera les explorateurs.

Mais sur Tormans, les hommes et les femmes de la Terre découvrent un monde hostile, soumis à une dictature fasciste et où les rapports humains sont viciés par une société de castes... Quel prix devront-ils payer pour aider les habitants de Tormans ? A supposer que ceux-ci désirent être aidés...
Alors que La Nébuleuse d'Andromède s'intéressait plus aux aspects scientifiques de la civilisation communiste des temps à venir, le propos de L'Heure du Taureau porte plutôt sur des considérations d'ordre social. Ecrit en 1968, ce roman correspond sans doute à une époque où commençait à monter, d'une façon diffuse, le besoin de compréhension du système dans la société soviétique. Le parti-pris d'Ivan Efremov est clair. Pour lui, le système communiste est une solution d'avenir pour résoudre le désordre capitaliste mondial, qu'il appelle "inferno". Force est de constater que de nos jours, notre monde se rapproche plus de la planète Tormans que de la Terre des temps à venir : entre désordres écologiques, nourriture frelatée par souci de rentabilité, société de castes presque imperméables les unes aux autres gouvernée par des élites croyant à leur propre supériorité, idéologie fascisante et désespoir ambiant, il est tentant de voir en Efremov un véritable visionnaire.

Il parvient dans le même temps à éviter l'écueil qui aurait consisté en une absolution des régimes communistes de son temps. Si l'Union Soviétique n'est jamais citée en temps que telle, on reconnaît parfois des critiques voilées de son fonctionnement oligarchique, et quant à la Chine populaire, son régime (qualifié de "pseudosocialiste") est éreinté en paroles à maintes reprises par les protagonistes. Pour Efremov, il est clair qu'aucune des nations communistes de son temps n'est appelée à devenir le noyau de la civilisation future. C'est en fait le concept de nation qui lui semble vicié dès l'origine : l'avènement de la civilisation communiste ne marque-t-il pas pour lui le départ de l'Ere de la Réunification Mondiale ? Le chemin est montré par les germes laissés sur Tormans par les explorateurs de la Terre : c'est de l'union des opprimés contre les dominants, et de l'oubli des nations, que viendra la résolution de l'inferno.

Moins convaincants sont presque les passages où les explorateurs de la Terre apparaissent comme des surhommes. Beaux, forts, intelligents, disposant d'aptitudes perçues comme mystérieuses voire divines par les habitants de Tormans, ils partagent une véritable parenté avec les super-héros si populaires aux Etats-Unis... Avec néanmoins, remarquons-le, quelques différences quant à leur psychologie.

L'Heure du Taureau est un roman complexe, où l'on trouve peu d'action et somme toute peu de science : il mériterait presque, lui aussi, d'être qualifié de roman de "socio-fiction". Je signalerai aussi tout de suite aux amateurs qu'il est presque introuvable. L'édition dont je dispose ne se trouve plus qu'en bouquinerie et j'en ai retiré deux exemplaires du circuit (deux... parce que j'ai égaré le premier...). Il existe aussi une nouvelle se passant dans le même univers mais antérieure dans la chronologie à L'Heure du Taureau. Elle est très peu disponible en français, présente dans une vieille anthologie que j'ai eu un mal fou à dénicher. Si je vous ai alléchés, commencez par vous intéresser à La Nébuleuse d'Andromède, qui est, semble-t-il, plus disponible...












Share/BookmarkWikio Voter !

dimanche 29 août 2010

Bifrost numéro 59

Entre d'autres lectures, j'ai pris le temps de regarder certains articles du numéro 59 de la revue Bifrost, qui tourne autour de J. G. Ballard.

Autant j'avais aimé le numéro 58, autant celui-ci m'a moins convaincu. Il est vrai que Ballard n'est pas l'auteur de SF que je connais le mieux, sans doute parce que le seul de ses livres que j'aie lu dans le détail (La Forêt de Cristal) ne m'a pas emballé. J'avais tenté de lire Le monde englouti mais ce livre m'était tombé des mains. Il est vrai que c'était il y a une bonne dizaine d'années, ce qui veut dire que je pourrais peut-être m'y remettre à présent avec plus de succès...

Au menu de ce numéro spécial Ballard :
  • Pas moins de cinq nouvelles dans la rubrique Interstyles. Autobiographie secrète de J. G. B.****** par Ballard lui-même : B. se réveille un jour pour découvrir que son voisinage, la ville et sans doute le monde tout entier sont désertés... Vermilion Dust de Jacques Mucchielli : une ville d'artistes-bohême qu'une reprise en mains brutale par le gouvernement plonge dans le désarroi, et où un homme cherche la femme qu'il aime. Perspectives de fuite par Jean-Claude Dunyach : une artiste dont le fond de commerce est le lave-vaisselle massacré, l'homme si différend d'elle avec qui elle couche, les nano-implants qu'elle veut utiliser pour "fusionner" avec lui ou, à défaut, en faire une oeuvre d'art. Tropique d'étoiles de Jacques Barbéri : l'homme qui devait partir pour Mars et dont la mission a été annulée reçoit une convocation pour une expérience mystérieuse qui devrait avoir lieu sur la Côte d'Azur, dans une technopole peu à peu envahie par une jungle étrange. La Mémoire des jours noyés par Jean-Pierre Andrevon : après le cataclysme écologique, un homme cherche à comprendre en quoi les oeuvres de James, un auteur de science-fiction des siècles passés, furent visionnaires.
  • La rubrique Ballades sur l'arc : trente-cinq pages de critiques.
  • Le dossier Ballard, commençant par un entretien avec l'auteur, puis plusieurs analyses.
  • La rubrique Scientifiction : La peur du vide par Roland Lehoucq, où l'auteur questionne les conséquences d'une exposition au vide.
La lecture de la rubrique Interstyles m'a permis de comprendre ce qui m'a dérouté jadis dans La Forêt de Cristal. Bien que les cinq nouvelles soient de cinq auteurs différents, il est très net que chacun des quatre auteurs succédant ici à Ballard ont conçu leur histoire comme un hommage au style de leur aîné. Or j'ai retrouvé, dans chacune des nouvelles, ce que j'ai envie d'appeler une "fin non conclusive". La pensée de l'auteur n'est pas dévoilée avant le point final et, en fait, on ignore à quoi s'en tenir au juste. Conception "transcendante" du récit, qui confronte le lecteur à une pensée différente et présentée d'emblée comme incompréhensible, celle de l'autre - pardon, de l'auteur. A moins qu'il ne faille y voir une illustration du vieux proverbe asiatique selon lequel "le voyage est plus enrichissant que son objectif" ? En ce qui me concerne, j'assimile tout ceci à de la fumisterie. Vous l'avez compris, j'ai été plutôt déçu par ces lectures, tout comme je l'avais été jadis par celle de La Forêt de Cristal, y compris par la nouvelle d'Andrevon alors que cet auteur est l'un de ceux que je trouve en général le plus intéressant. De toute évidence, les quatre auteurs se sont donnés du mal pour travailler dans le style de Ballard et en reprenant des thèmes qui lui sont chers (mon début de lecture du Monde englouti m'a permis d'en reconnaître l'influence sur la nouvelle Tropique d'étoiles) et je pense qu'ils y sont parvenus, puisque j'ai été aussi dérouté par leurs travaux que par ceux de leur aîné...

Somme toute, ce que j'ai préféré dans ce numéro c'était la rubrique Scientifiction, écrite avec humour et rigueur. J'ai bien retenu qu'en cas d'exposition au vide, il est souhaitable d'avoir expulsé l'air de ses poumons au préalable, et d'avoir la bouche sèche.

Quant aux autres rubriques, je n'ai fait que les survoler. Je pense que j'y reviendrai dans les semaines à venir, histoire de voir si la lecture du dossier Ballard m'apporte un nouvel éclairage sur un auteur déroutant...

A bientôt, en tout cas, pour le numéro soixante !
Share/BookmarkWikio Voter !

samedi 28 août 2010

CHERUB tome 4 : Chute libre

Suite de ma lecture de la série CHERUB dont mes précédents compte-rendus sont classés ici. CHERUB est une série jeune public s'adressant, à mon sens, à des lecteurs âgés d'au moins une bonne dizaine d'années.

Résumé :
Cette fois-ci, James Adams est allé trop loin. De toute évidence, une blessure ramenée lors d'une mission de routine, la fatigue d'un exercice pénible et s'être fait larger par sa copine Kerry ne sont pas des excuses suffisantes pour cogner un gosse de onze ans qui a surpris l'altercation. Surveillé de près par l'administration, mis en quarantaine par ses amis, James est prêt à n'importe quoi pour sortir un peu du campus de CHERUB. C'est pourquoi il accepte sans broncher une mission sans panache pour laquelle une ancienne membre de CHERUB, devenue policière, demande l'assistance de son ancienne organisation. L'occasion pour James de coopérer à nouveau avec Dave, le tombeur du campus, lui aussi puni, afin d'enquêter sur les activités d'un truand minable qui parvient cependant à toujours éviter l'action policière... Tout compte fait, ce truand serait-il si minable que ça ? Quel lien existe entre la mission de James et la mort semble-t-il accidentelle d'un jeune marginal, tombé un an plus tôt du toit de son immeuble ?

Toujours autant de tonus dans la série. James apparaît ici plus colérique, plus fragile, et vite dépassé par les événements. Il prend conscience du fait qu'il a besoin d'une présence humaine amicale... voire plus. La rupture avec Kerry constitue donc la véritable épine dorsale de l'intrigue, malgré la présence d'une histoire de flics corrompus très bien menée.

Comme toujours, Robert Muchamore prend soin de ne jamais faire dans le manichéisme. James et les autres agents de CHERUB peuvent paraître sympathiques, mais ils ont leurs mauvais moments ; leurs chefs prétendent qu'ils sont au service du "bien", mais ils servent avant tout la raison d'Etat et quelque part leur propre perpétuation. Dans le même temps, leurs adversaires en face sont des truands mais ils ne sont pas dépourvus de sentiments très humains. La nuance de gris est donc très nette dans la série et ça, c'est intéressant. Le personnage de James, véritable anti-héros, gamin mal élevé, capable de se montrer assez benêt parfois, un peu cradingue sur les bords, est à ce titre assez novateur. Il m'apparaît de plus en plus comme étant le ressort principal du succès de la série, en l'absence d'un "grand schéma" (pour le moment) qui unifierait l'ensemble des épisodes...

Lecture à suivre !
Share/BookmarkWikio Voter !

jeudi 26 août 2010

Dossier A tome 5 : L'inaccessible vérité

Le tome cinq de la série Dossier A vient après un tome quatre que j'avais jugé quelque peu décevant. Si je ne savais pas que compte-tenu des délais de traduction (au minimum) les auteurs avaient déjà écrit le tome cinq lorsque j'ai lu le tome quatre, je serais presque tenté de dire qu'ils ont tenu compte de mes critiques...

Résumé :
La quête de l'Atlantide conduit l'archéologue Iriya, son ami Yuli, l'homme d'affaires Ward et le garde du corps Demer jusqu'en Sardaigne, où le professeur Gemma vient de découvrir un artefact mystérieux. Gemma est méfiant, et à raison : des tueurs viennent le chercher jusque dans sa retraite et le contraignent à s'enfuir dans le maquis avec sa découverte... Iriya et Demer vont partir à sa rescousse : une fois de plus, ils devront se montrer plus fûtés que les malfaiteurs. Mais qui sont-ils ? Pour qui travaillent-ils ? L'homme au masque d'Agamemnon et le "vieux de la montagne" sont-ils une seule et même personne ? Alors que la quête de l'Atlantide s'oriente à nouveau vers la légende des Amazones et les découvertes de Marco Polo, Iriya va découvrir que son ennemi est encore bien plus intelligent et dangereux que ce qu'il croyait...

Le tonus de la série semblait avoir diminué dans le tome quatre. Cette fois-ci, les vies des sympathiques personnages principaux sont à nouveau menacées. L'organisation du "vieux de la montagne" semble avoir étendu sa main partout dès lors qu'il est question d'Atlantide, de près ou de loin, et Iriya devra déployer toute sa ruse pour se tirer d'un très mauvais pas. La révélation de l'identité de l'homme au masque d'Agamemnon vient à point pour relancer le suspens et l'on découvre un nouvel adversaire assez glaçant. Est-il le "vieux de la montagne" ou bien n'est-il qu'un simple exécutant ? Et surtout, pourquoi le secret de l'Atlantide doit-il rester dissimulé ? La dernière partie du tome cinq emmène Iriya enquêter à Venise : on voit donc revenir l'histoire de Marco Polo qui jouait un rôle de fil directeur pour les deux premiers tomes de la série. La découverte d'un souterrain mystérieux où serait enterré un trésor inestimable vient soulever de nouvelles interrogations. Venise est une cité qui s'enfonce dans les eaux : voilà qui évoque le mythe de l'Atlantide... La relique protectrice enterrée sous la basilique est-elle bien la dépouille de Saint Marc comme le prétend la légende ? Ou bien est-ce... autre chose ?

Toutes ces interrogations montrent bien la richesse de la série. La quête s'oriente sur au moins trois axes différents : la quête archéologique, la recherche historiographique et l'enquête policière. Les personnages qu'Iriya rencontre ont presque toujours quelque chose à lui enseigner afin de le faire progresser. La quantité d'indices recueillis au fil de la série font en sorte qu'il est difficile de formuler des hypothèses bien fondées. On peut pourtant s'attendre à voir Iriya faire un pas majeur dans sa quête... Va-t-il réussir à nouer certains fils ensemble ?
Share/BookmarkWikio Voter !

mercredi 25 août 2010

CHERUB tome 3 : Arizona Max

J'ai poursuivi ma lecture systématique de la série CHERUB. Les précédents compte-rendus sont disponibles ici mais, une fois de plus, au cas où vous ne souhaiteriez pas avoir à les relire pour comprendre celui-ci, voici les prérequis : CHERUB est une agence britannique d'espionnage dont tous les agents sont des enfants et des adolescents âgés de dix à dix-sept ans. Leur âge leur permet d'accomplir des missions très particulières (en général de l'infiltration) dans des conditions inaccessibles aux agents adultes. Ils sont surentraînés afin de compenser leur jeunesse. James Adams a été recruté à onze ans, peu après son entrée dans un orphelinat. Sur le campus de CHERUB, il s'est lié d'amitié avec un certain nombre d'agents. Sa petite soeur l'a rejoint quelques mois plus tard. Avec déjà deux dures missions réussies au compteur, malgré son jeune âge, James devient peu à peu l'agent le plus prometteur de l'organisation, et ce, bien qu'il ait quelques difficultés avec le respect des règles...

Résumé :
Une fois de plus, James et ses amis se font remarquer, mais cette fois-ci, c'est plus sérieux : ils n'ont rien trouvé de mieux que de rosser une bande d'adolescents plus âgés dans un bowling à l'extérieur du campus. Leurs chefs sont furieux et leur imposent des missions de recrutement dans des orphelinats pour les remettre dans le droit chemin. Dans le même temps, Lauren, la soeur de James, est en train d'achever la session d'entraînement, les fameux cent jours en enfer, qu'elle a dû recommencer après avoir agressé l'un des instructeurs quelques mois plus tôt. James a confiance dans les capacités de sa petite soeur. Cependant, le directeur du campus souhaite lui proposer une mission très dangereuse, pour laquelle il devrait travailler avec l'un des agents de CHERUB les plus réputés... Il s'agit cette fois-ci d'infiltrer une prison américaine afin de se lier d'amitié avec le fils d'une criminelle impliquée dans le trafic d'armes de guerre, puis de le faire évader pour remonter la piste d'armes volées. James, heureux d'échapper à la punition, accepte aussitôt la mission, et se réjouit d'apprendre qu'il pourra travailler en plus avec Lauren qui vient de réussir la session d'entraînement. Il ne sait pas encore que tout ne va pas se dérouler comme prévu, et que la vie de Lauren et la sienne vont être suspendues à un fil...

Le tonus de la série ne faiblit pas dans ce tome. Le personnage de James semble grandir, mais non mûrir, et on découvre un jeune adolescent peut-être un peu caricatural. Agissant avant de réfléchir. Plus intéressé par sa Playstation que par la pédagogie révolutionnaire des cours avancés du campus. Obsédé par les seins des filles. A l'humour évoluant dans le marigot méconnu qui sépare la maternelle du corps de garde. Et avec aussi quelques soucis quant à l'hygiène personnelle... Un peu trop caricatural pour être crédible sur la durée. On espère le voir changer, faute de quoi, il va finir par lasser.

Autour de lui, ses amis font parfois quelque peu caricaturaux. Les filles apparaissent comme très mûres, voire même adultes, par rapport aux garçons de leur âge. S'il est vrai que les filles en général, en Sixième et en Cinquième, ont un "petit quelque chose" d'adulte que les garçons du même âge n'ont pas encore, on n'en est tout de même pas non plus à une telle différence, et mon expérience d'enseignant montre bien que les filles, en magnitude, n'ont rien à envier aux garçons en termes de gamineries. Quant au seul garçon quelque peu "différent" (Kyle, qui a recruté James et qui est son meilleur ami), c'est-à-dire, celui qui ne pense pas qu'à s'amuser ou aux seins des filles, on a l'impression que l'auteur établit un lien de cause à effet entre ce comportement plus "mûr" et le fait qu'il soit homosexuel. Le fait qu'un roman pour le jeune public contienne un personnage d'homosexuel ne devrait poser de problème à personne. Nous sommes au XXIème siècle, nous sommes des personnes éduquées, vous savez comme moi que les homosexuels ne menacent pas notre société. Mais je trouve là encore un peu caricatural que ce personnage soit aussi le maniaque vestimentaire de service. Et que même par jeu il saisisse une occasion de passer la main au cul à James...

C'est un bouquin bien foutu, qui se dévore d'un bout à l'autre et d'un trait. L'intrigue est en effet fort bien menée, tournant à cent à l'heure, et avec des enjeux assez crédibles pour qu'on ne les questionne pas. Le trafic des armes, c'est maaaal (mais le commerce légal des armes de guerre, c'est maaaal aussi, et j'aurais bien aimé le lire quelque part). Mettre des gamins en tôle, c'est très mal, parce que c'est l'école du crime. La réalité de la surpopulation carcérale est fort bien exposée, un rappel de faits indéniables, et la cruauté du quartier des mineurs apparaît alors comme une simple et terrible conséquence de cette réalité. L'auteur évite dans le même temps de tomber dans le too much : vous aurez affaire à de la baston sévère avec tentative de meurtre en cellule, mais à aucune scène d'agression sexuelle. Après l'évasion, les personnages se lancent dans une véritable cavale où le danger apparaît soudain beaucoup moins net et donc bien plus inquiétant.

Mon impression est donc assez mitigée au sortir de cette lecture. Arizona Max est à la fois novateur et un peu caricatural. On se retrouve donc dans une histoire entraînante tout en ayant une sensation de "terrain connu". Sans doute ne faut-il pas chercher plus loin la raison pour laquelle cette série est, semble-t-il, plébicitée par le jeune public. Il n'empêche que je n'offrirais pas ces livres à n'importe quel gamin : lisez-les avant de les donner à vos enfants !
Share/BookmarkWikio Voter !

lundi 23 août 2010

Rahan tome 11 : L'incroyable Romain la Roche

Faut-il présenter Rahan, le fils des âges farouches ? Voilà une BD vieille d'une quarantaine d'années, qui a fait le bonheur de nombre de lecteurs de Pif mais a survécu à son naufrage, et même au-delà... Si j'ai somme tout assez peu lu Rahan dans Pif quand j'étais gosse, je connais tout de même une bonne partie des albums "historiques" (ceux qui ont été publiés jusqu'aux années 1980) parce que mon père avait investi dans l'intégrale et que ce fut l'une de mes BD de prédilection une fois que j'ai su lire. Mais au contraire d'un Scrameustache ou d'une Yoko Tsuno que je n'ai jamais lâchés depuis, Rahan est une série que je n'ai pas continué par moi-même ensuite. Charme désuet d'une BD où le héros est obligé d'être beau, fort, intelligent et d'être pétri de bons sentiments, bourrée d'approximations archéologiques et même paléontologiques (Rahan découvre une lance en fer... Rahan découvre le pain... Rahan se bat contre des dinosaures en veux-tu en voilà... Rahan doit même affronter des araignées géantes alors que ce genre de bestiole a disparu de la surface de la Terre depuis le Carbonifère !)... Je pense que j'ai dû assez vite être conscient de l'approximation du propos qui se voulait, pourtant, réaliste. Sans doute est-ce la raison pour laquelle je n'ai pas fait d'acquisitions pendant des années, me contentant (parfois) de feuilleter les albums trouvés en librairie. Jusqu'à cette fois-ci, où je me suis dit "tiens... et si je l'achetais, celui-là ?"

Résumé :
Rahan, vagabond des âges farouches, passe la nuit dehors comme cela lui arrive fort souvent. Cette fois-ci, manque de pot, c'est pour découvrir la disparition de son précieux coutelas d'ivoire... Ses talents de pisteur hors-pair lui permettent de rattraper son voleur, qui n'est autre qu'un "petit d'homme" en fâcheuse posture. Deux sauvetages plus tard (celui du gamin par Rahan puis celui du coutelas par le gamin), les deux nouveaux amis se mettent en quête d'une légende, celle d'une chauve-souris géante (à moins que ça ne soit un ptérodactyle) dont la tête serait brillante comme le Soleil. Diverses péripéties (la traversée d'une inquiétante tourbière et une faune hostile) ne les empêcheront pas de découvrir la vérité, levant quelque peu le voile qui obscurcit la raison en ces âges farouches...

Le graphisme est toujours très conforme à l'esthétique de la série. Le langage des personnages aussi (même si j'ai l'impression qu'ils emploient plus volontiers la première personne du singulier que dans les "anciens" albums) et l'on retrouve le vocabulaire familier ("ceux qui marchent debout" pour désigner l'espèce humaine, "gorak" pour le tigre à dents de sabre). Dans une aventure précédente, Rahan a gagné une dent supplémentaire à son collier (je n'en sais plus la signification). Il a aussi changé son pagne-slip pour un machin-truc qui pendouille (un peu à la façon d'un pagne d'amérindien tel qu'on peut en voir dans Yakari). Pas trop de dépaysement.

Le point noir de cet album est le scénario. Il évite les écueils de précédents albums où la créativité de Rahan était un peu trop... créative (j'ai le souvenir d'avoir feuilleté un album où il allait jusqu'à inventer une foreuse géante !). Néanmoins, l'histoire fait un peu "prétexte" pour quelques morceaux de bravoure éparpillés tout au long de l'album. On ne comprend pas bien l'argument initial et, en fin de compte, Rahan apparaît un peu comme un simple spectateur, le véritable personnage principal de cette histoire étant son jeune voleur de coutelas. C'est en fait une histoire d'éducation qui nous est racontée, ce qui ne manque pas d'intérêt en soi, mais qui ne donne rien d'inoubliable à lire ici. On retiendra surtout les visions lyriques et humanistes de Rahan, qui font un peu gros bons sentiments mais vu les temps actuels, ce n'est peut-être pas plus mal de rappeler aux jeunes lecteurs que les différences entre les gens et les peuples sont infimes comparées à notre héritage commun...
Share/BookmarkWikio Voter !

dimanche 22 août 2010

CHERUB tome 2 : Trafic

La suite de la série CHERUB dont j'ai présenté le premier tome il y a quelques jours. Autant vous prévenir tout de suite, j'ai bien accroché avec ces romans jeune public, et je pense les lire à la chaîne : je prévois la publication cette semaine des compte-rendus des tomes deux à quatre... Bref rappel pour ceux qui auraient la flemme de lire le précédent article manqué le début : CHERUB est une organisation d'espions placée sous le contrôle du gouvernement britannique. Petite particularité : les agents de CHERUB sont des enfants et des adolescents âgés entre dix et dix-sept ans, ce qui leur permet de réaliser des missions inaccessibles à des agents adultes. Pour entrer dans le service actif, les jeunes agents doivent passer par une session de trois mois d'entraînement, les fameux "cent jours en enfer". James Adams, orphelin depuis peu, a été recruté par CHERUB et s'est déjà illustré dans une première mission.

Résumé :
James s'est endormi sur ses lauriers. Une simulation de mission de sauvetage organisée pendant les vacances tourne au fiasco pour lui et son ami Bruce. Leurs adversaires et concurrentes, Gabrielle et Kerry (pour qui James en pince grave), les ridiculisent. Epuisement et taquineries de la part des deux filles entraînent une dispute qui tourne mal. Renvoyé avec ses amis sur le campus anglais de CHERUB, James écope d'une corvée punitive. Mais le directeur de l'organisation a besoin d'agents pour approcher les enfants d'un baron de la drogue du Royaume-Uni contre lequel la simple police est impuissante. Objectif de la mission : rassembler des informations pour démonter son gang puis le faire tomber ! Content de repartir en mission, James ne sait pas encore que le moindre des dangers auquel il va faire face va être celui de risquer le renvoi de CHERUB...
Après un premier tome où l'histoire était découpée en plusieurs temps narratifs, le deuxième tome propose une intrigue plus "longue" dans le temps fictionnel. L'enjeu est aussi, sans doute, plus consensuel que celui de la première mission de James : la nuance de gris était perceptible lorsqu'il s'agissait d'infiltrer une communauté de babas-cool suspects de sympathies écoterroristes et adversaires de l'industrie pétrolière, mais en revanche, elle l'est beaucoup moins ici puisqu'on se coltine avec l'univers des trafiquants de drogue. L'auteur parvient cependant à ne pas se montrer trop caricatural. Le trafiquant vit en effet derrière le masque d'un bon père de famille, veillant au bien-être de sa progéniture. En d'autres termes, l'habit ne fait pas le moine.

Comme dans le premier tome, l'histoire de la mission est entrelacée de moments plus récréatifs où les agents se lient d'amitié avec leurs cibles. La profondeur psychologique des personnages est fouillée un peu plus à travers ces moments parfois gamins et parfois graves. L'un des agents de CHERUB enfreindra ainsi l'une des règles de l'organisation et en sera donc renvoyé, faisant comprendre ainsi au jeune lecteur que la drogue brise les rêves et même la vie de ses utilisateurs. James en particulier, le personnage principal de la série, qui mérite peut-être bien d'être qualifié d'anti-héros, mesurera bien à quel point il s'est trouvé au bord du gouffre. L'auteur s'ingénie aussi à le malmener dans ses convictions de sale gamin. James va découvrir, à sa grande surprise et peut-être même horreur, que l'un de ses amis les plus proches dans l'organisation est homosexuel, mais qu'il était le seul à ne rien avoir vu venir. Plus terrible encore sera le baptême du feu, au sens propre, lorsqu'il se retrouvera face à un trafiquant péruvien déterminé à lui faire la peau.

A nouveau, il s'agit là d'une lecture entraînante, qu'il est difficile de laisser tomber (quelques heures suffisent), et qui appelle la lecture de la suite. On aimerait cependant bien que se dégage un "grand schéma" unifiant les différents tomes, un peu comme c'était le cas dans les Harry Potter, mais a priori, ce n'est pas à l'ordre du jour pour le moment. Il n'empêche que la série vaut le détour pour les amateurs de lectures jeune public. Je rappellerai mon avertissement : prenez le soin de lire ce livre avant de l'offrir à votre petit frère. Certains passages peuvent être dérangeants. L'auteur s'en est lui-même rendu compte, comme vous pourrez le voir dans une note au détour d'un chapitre...
Share/BookmarkWikio Voter !

samedi 21 août 2010

Karaté Kid (2010)

J'ai une histoire à vous raconter. C'est l'histoire d'un scénariste de Hollywood qui n'arrive plus à trouver de nouvelle idée de film. Alors, lui vient une idée lumineuse... Celle de refaire un film au succès assez ancien pour qu'un nombre important de gens ne l'aient pas encore vu et puissent trouver l'idée originale. Ce brave scénariste est devenu l'inventeur du remake, genre presque à part entière dans le cinéma aux Etats-Unis. Dans la mesure où l'on envisage maintenant de faire des remakes de films vieux d'à peine trente ans, je pense que cela en dit long quant à l'aridité de l'imagination des scénaristes hollywoodiens...

Le premier Karaté Kid est un film des années 1980, dont le scénario est à la fois simple et accrocheur : Daniel est un adolescent, orphelin de père, qui déménage dans une nouvelle ville avec sa mère. Il se fait assez vite prendre en grippe par un gang de garçons de son âge, tous ceintures noires de karaté. Passé à tabac un certain nombre de fois, il reçoit l'aide précieuse de l'homme à tout faire de sa résidence, un américano-japonais, Mr. Miyagi, lequel accepte de l'entraîner pour qu'il puisse régler son différend avec ses adversaires lors d'un tournoi de karaté. Ce film a été suivi de deux suites puis, à ce qu'il paraît, d'une dernière où Daniel est remplacé par une jeune fille. La série a rencontré un succès considérable et nombre d'enfants des années 1980 en gardent un souvenir ému, moi excepté, puisque je n'ai vu ces films pour la première fois qu'il y a deux ans...

Résumé :
Dre Parker (Jaden Smith, le fils de Will) doit quitter Detroit en compagnie de sa mère, qui a été mutée en Chine pour son travail, à Beijing (Pékin). Très peu enthousiaste, Dre se débat vite avec les différences culturelles : il ne parle pas chinois et certaines choses lui échappent. La rencontre avec Mei Ying, une jeune chinoise virtuose du violon, scelle son destin : la jeune fille est charmante et très disposée à se lier d'amitié avec lui, mais Cheng, un garçon chinois dont la famille est amie de celle de Mei Ying, ne l'entend pas de cette oreille. Manque de pot pour Dre, Cheng est ceinture noire de kung fu et lui flanque la dérouillée de sa vie. C'est avec horreur que le jeune immigrant se rend compte le lendemain que son bourreau et ses potes fréquentent la même école que celle où il est inscrit... Une inoffensive vengeance, quelques jours plus tard, manque très mal se terminer pour Dre que ses tourmenteurs coincent à six dans une arrière-cour. C'est alors qu'intervient Mr. Han (Jackie Chan), l'homme à tout faire de l'immeuble, qui maîtrise à lui tout seul Cheng et ses amis. Dre lui demande alors de bien vouloir lui apprendre le kung fu et Han finit par accepter. Mais ses méthodes d'appprentissage sont quelque peu étonnantes... Et pourquoi donc Han répare-t-il sa voiture dans son salon si ce n'est pour jamais la conduire ?

Commençons par le "pas bon", et ça va être assez rapide, parce qu'il n'y en a somme toute pas beaucoup. Le gros mauvais point, à mon sens, doit être décerné au personnage de la mère du héros. L'actrice semble surjouer le rôle d'une touriste émerveillée, ce qui est un contresens : Dre et sa mère s'installent en Chine pour de bon... Par ailleurs, le doublage est calamiteux : je ne sais pas qui, au juste, a décidé qu'il fallait lui faire prendre cette intonation pseudo-émerveillée/recherchée, mais la personne qui a pris cette décision mériterait une mort lente et pénible. Parce que c'est exaspérant au point qu'on a envie de lui crier "ta gueule". Le personnage du nouvel ami rencontré par Dre à peine arrivé à Beijing est sous-exploité : une scène au début, puis une autre à la fin, puis... rien d'autre... Mais il est vrai que c'était déjà le cas dans le premier Karaté Kid....

Car la comparaison s'impose entre les deux films. L'idée de faire changer de pays au jeune héros renforce la sensation de déracinement : l'apprentissage de nouvelles règles se complique avec l'obstacle de la langue, et les mots chinois écorchés par Dre sont source d'incompréhension et d'humour. L'effort du personnage de lire un message en chinois pour le père de Mei Ying apparaît alors d'autant plus méritoire. Autre différence importante, hormis la couleur de peau du héros (que je ne vois pas de nécessité à commenter : si elle a des implications dans l'histoire, je n'ai pas su voir où), l'âge des jeunes héros, qui sont plus jeunes dans la version 2010. Les scènes de combat en apparaissent par conséquent d'autant plus violentes voire même cruelles et on se surprend à serrer les fesses par moments. Le schéma narratif du premier film est bien respecté, avec les méthodes bizarres du maître et sa blessure secrète, amenée avec talent. Somme toute, un cas où le remake vaut bien l'original.

Une chose me laisse perplexe : pourquoi donc avoir gardé ce titre alors que l'art martial pratiqué n'est pas le karaté mais le kung fu ? Gageons dans tous les cas que les écoles d'arts martiaux vont connaître de nouvelles inscriptions dans les semaines à venir.Share/BookmarkWikio Voter !

mardi 17 août 2010

Mytale

L'année dernière, je m'étais offert et j'avais lu un recueil de nouvelles d'Ayerdhal intitulé La logique des essaims. On peut y trouver, entre autres lectures, deux nouvelles s'inscrivant dans un univers de space-opera où, dans un futur non déterminé, une organisation politique nommée "Fédération homéocrate" veille sur le destin des mondes colonisés par l'espèce humaine. Je ne connais pas encore très bien la SF d'Ayerdhal, néanmoins, j'ai retenu comme point commun à ses oeuvres leur arrière-plan progressiste. L'auteur a des idées que je situe volontiers à la gauche du spectre politique, et même à la gauche de la gauche : Ayerdhal a compris que SF, de nos jours, peut aussi se comprendre comme "Socio-Fiction" - et s'il est intéressant de partir d'une hypothèse scientifique pour construire une fiction, ne l'est-il pas autant, voire même plus, de sélectionner une hypothèse sociale ? Les littératures de l'imaginaire, si elles doivent questionner le possible scientifique, doivent aussi questionner le possible social - et à ce titre, l'exploration de sociétés différentes, et la perception de leur changement, pourraient bien être de ces chemins que nous allons devoir employer dans les années à venir, lorsqu'il va falloir une bonne fois pour toutes remettre en cause l'actuel, et mortifère, paradigme social.

Résumé :
Deux mille ans avant le début de l'histoire, l'Imperium a tenté de coloniser Mytale, un monde atypique où une biosphère pourtant riche est rien moins qu'accueillante à la vie humaine. Des myriades d'agents mutagènes très puissants ont changé l'expérience en cauchemar pour les colons, d'autant plus que l'Imperium a fini par les abandonner sur place, les livrant aux mutations incontrôlées ainsi qu'à la guerre civile. Lorsque l'histoire commence, la Fédération homéocrate a renversé l'Imperium depuis quelques années. L'espèce humaine s'intéresse alors à nouveau à Mytale et une expédition est lancée. Malgré les préparatifs, le vaisseau s'écrase au sol et son équipage est aussitôt massacré par des Mytans qui, semble-t-il, se tenaient sur le pied de guerre... Audham En-Tha est la seule survivante. Bientôt prise en charge par Lodh, un Mytan qui entretient une symbiose avec un ksin, chat rendu empathe et géant par les mutagènes, elle va devoir faire face à toute la complexité d'une culture différente, celle d'une société de castes biologiques dont le fonctionnement cruel heurte tous ses principes. Qui sont au juste les evres, ces maîtres de Mytale qui prétendent être immortels ? Comment ont-ils pu forcer un vaisseau réputé indestructible à s'écraser au sol ? Pourquoi cherchent-ils à capturer Audham ? Que complotent-ils dans leur Citadelle ? Telles sont les questions que se posera la survivante au cours du voyage qu'elle va entreprendre dans l'espoir de pouvoir rentrer chez elle...
Mytale tient sans doute plus, dans ses formes, du planet-opera que du space-opera. L'espace et sa maîtrise restent néanmoins des enjeux majeurs dans ce livre : somme toute, le plan des evres est un plan d'envergure galactique... L'intrigue repose presque toute entière sur les relations conflictuelles entre les différentes castes biologiques qui séparent les Mytans. Les evres, qui se tiennent sur le sommet de la pyramide, ont modelé jadis la majeure partie des survivants des colons en groupes adaptés à leurs fonctions : travailleurs, soldats, administrateurs et psions... Les simples humains, ou hiumes, apparaissent alors comme des hors-castes, de véritables "intouchables" méprisés par les autres castes, taillables et corvéables à merci, personnification du lumpen-prolétariat. Cette monstrueuse organisation est remise en cause par certains hiumes, les illes et les nones, les premiers détenant une certaine indépendance politique à travers le contrôle d'une grande île, qu'ils garantissent par la symbiose avec les ksins. Néanmoins, dans ce système, l'opposition politique elle-même apparaît comme l'un des piliers du pouvoir mytan. La critique sociale d'Ayerdhal est ici manifeste : le combat des illes devient inefficient dès lors qu'ils estiment avoir conquis pour eux assez d'avantages.

Le plan monstrueux des evres vient cependant rappeler que les dominants, et par nature, ne se contentent pas de beaucoup : il leur faut avoir tout, quitte à en recourir au génocide. Face à la perspective d'un remplacement des anciennes castes sur Mytale par des esclaves stupides, conçus par sélection génétique, les événements s'accélèrent, et c'est au prix d'un massacre épouvantable que les opposants pourront amorcer la chute finale des evres. Dans cette véritable guerre civile, Audham se retrouve à la fois en tant qu'actrice et en tant que catalyseur. Son personnage, qui découvre peu à peu toute l'atrocité du paradigme social mytan, constitue en quelque sorte un bon guide pour le lecteur. Des épigraphes permettent, à chacun des chapitres, d'approfondir le contexte et le seul regret que je pourrais formuler serait encore de n'avoir pas bien maîtrisé ce contexte avant la deux-centième page, environ... Il n'empêche que Mytale est un excellent roman de SF, où l'action vient pimenter avec beaucoup de succès une histoire de changement social.

Un livre à méditer.







Share/BookmarkWikio Voter !

jeudi 12 août 2010

"De Dune à Rakis" : newsletter numéro 7

La newsletter de DAR a été envoyée une dizaine de jours, mais je ne trouve que maintenant le temps de vous en parler. Vous la trouverez ici-même.

Le forum "De Dune à Rakis" (DAR) a pour vocation d'être la ressource francophone de référence sur le Dunivers. Il intègre des sujets d'analyse et un certain nombre de projets dont certains sont plus ou moins en état d'hibernation. Il est adossé à un forum communautaire, "Communauté Rakienne" (CR), où sont disponibles les sujets moins en rapport avec les travaux de DAR, tels que par exemple l'organisation de rencontres IRL (appelées gatherings).

DAR est un forum où les échanges sont souvent d'un très haut niveau, mais qui sait malgré tout rester ouvert aux nouvelles contributions ainsi qu'aux nouveaux contributeurs. Venez nombreux !

Mes impressions sur cette newsletter (je vous recommande de la lire au préalable...) et ce que j'en retiens :
  • Le décès d'un membre éminent de la communauté dunienne francophone. David L., mieux connu sous le pseudo de Burzmali, nous a quittés trop tôt, il y a quelques semaines de cela. J'avais eu l'occasion de discuter avec lui avec une certaine régularité dans les mois passés. Nous avions formulé un projet de BD, lui au dessin, parce qu'il avait un très grand talent de dessinateur, et moi au scénario. Je conserverai comme des trésors les dessins préparatoires qu'il m'avait envoyés. Mes pensées vont à sa famille et en particulier à son frère Stéphane L., lui aussi présent sur DAR sous le pseudo Miles Teg.
  •  L'annonce du rapprochement DAR/CR, après quatre ans de "scission" qui, à mon sens, a contribué à l'affaiblissement de la dynamique sur DAR et à l'éloignement de membres importants, ne pouvait qu'être une bonne nouvelle. Seul regret, il ne s'agit que d'un "changement d'adresse" pour CR. En d'autres termes, rien ne change, et c'est bien dommage.
  •  L'appel à contributions, où sont récapitulés tous les projets actuels de DAR, et en particulier le grand chantier de la traduction de la Dune Encyclopaedia, qui va entrer dans sa deuxième phase : celle de la relecture...
  •  La présentation par Askaris alias Lampadas_Library de la fanfiction dunienne, Dune Apocryphe, sur laquelle je travaille en ce moment, que je publie sur le blog de l'Atelier mais dont DAR bénéficie de la primeur.
  •  La citation de fin, choisie par Ionah.
Bonne lecture !
Share/BookmarkWikio Voter !

mercredi 11 août 2010

CHERUB tome 1 : Cent jours en enfer

J'ai assez peu lu, dans mon enfance, les collections de la "Bibliothèque verte". Ma mère les voyait parfois d'un assez mauvais oeil, si bien que la plupart de ceux que j'ai eus entre les mains n'étaient pas à moi. J'aimais en particulier les romans d'Enid Blyton (j'ai appris des années après que c'était une femme). J'aimais aussi les "romans de collège" d'Anthony Buckeridge (la série des Bennett) et j'en ai d'ailleurs toujours un qui traîne sur les rayons de ma bibliothèque, jamais rendu depuis que je l'ai emprunté à l'un de mes cousins quand j'étais en Cinquième. Et puis je suis tombé pour de bon dans la SF et le reste est de l'Histoire... Jusqu'à ce que suite au battage médiatique autour des Harry Potter je me décide à me lancer à la découverte des bouquins qui, à ce que l'on racontait alors, amenaient à la lecture des gamins qui y étaient réfractaires. Je ne sais pas ce qu'il en est mais, dès le premier roman, j'ai été sensible à l'ambiance qui me rappelait un peu celle des Bennett, impression confirmée plus tard : les Harry Potter s'apparentent en effet au genre, semble-t-il très anglais, des "romans de collège".

J'ai parlé ici du premier tome de la série Henderson's boys de Robert Muchamore. D'après un article dans Télérama, cet auteur a écrit un grand nombre de romans qui amèneraient à la lecture des gamins qui y sont réfractaires. Tiens tiens, encore, me suis-je dit. Après avoir découvert le style particulier de cet auteur, j'ai eu envie d'y regarder de plus près, et je me suis lancé dans la série qui lui a permis de percer, à savoir, celle qui s'ouvre par CHERUB tome 1 : Cent jours en enfer.

Résumé :
James, onze ans, a une sale vie bien qu'il ne manque de rien. Sa mère, malade et obèse, est riche d'argent mal acquis, son beau-père le déteste et sa demi-soeur est un peu spéciale. Un jour, James blesse par accident l'une de ses camarades de classe, ce qui lui attire les attentions du grand frère de sa victime, une véritable brute qui le passe à tabac. Quelques heures plus tard, sa mère décède et il se retrouve orphelin, séparé de sa petite soeur. De mauvaises fréquentations dans l'institution où il se retrouve lui font prendre le chemin de la petite délinquance. C'est alors qu'une organisation secrète prend contact avec lui : CHERUB est une agence d'espionnage gouvernementale qui a pour particularité de n'utiliser que des adolescents âgés de dix à dix-sept ans. Les chefs de CHERUB s'intéressent à ses aptitudes et lui proposent d'intégrer l'organisation, mais pour cela, il devra faire ses preuves et surtout passer par la session d'entraînement de cent jours. James trouvera-t-il la motivation nécessaire pour supporter les cent jours en enfer qui le séparent de l'entrée définitive dans le service actif de CHERUB ?

La comparaison entre le premier tome de CHERUB et celui de Harry Potter s'impose. Dans les deux cas, on se trouve en présence d'un jeune héros en manque d'une famille d'une part, et qui découvre un monde inconnu plus intéressant que le vrai d'autre part. Deux thèmes qui sont des grands classiques de l'imaginaire de l'enfance. Dans Cent jours en enfer, le temps fictionnel se décompose en trois parties : découverte de CHERUB, session d'entraînement puis première mission de James. Parce que le jeune héros, bien entendu, va réussir à supporter les cent jours en enfer, sinon il n'y aurait pas d'histoire ! Les trois temps du roman s'enchaînent plutôt bien, d'une façon assez tonique. Le premier, assez dérangeant voire même glauque, permet d'entrer de plain-pied dans l'univers de la série. Le deuxième est assez original, un genre de Full Metal Jacket avec des pré-adolescents dans le rôle des engagés : en ce qui me concerne, j'ai beaucoup apprécié ce passage que j'ai trouvé très drôle, mais il est vrai que je suis un enseignant et que j'ai pu avoir ce genre de public devant moi. Même si dans l'ensemble j'adore mes élèves, j'ai fait mes délices de ces passages transgressifs et peu consensuels. Surtout celui où le jour de Noël, pendant que leurs amis se régalent au chaud, les candidats doivent faire des pompes en short à l'extérieur de la salle du banquet. Le troisième temps est moins innovateur, lorsque James doit infiltrer une communauté où se terrent des écoterroristes, mais contient néanmoins quelques passages où le héros s'interroge quant au bien-fondé de son action. Parce que, tout de même, les frontières entre ce qui est bien et ce qui est mal lui apparaissent très floues.

J'ai craint à un moment que Cent jours en enfer allait déraper dans le manichéisme. Entre la fondatrice de la communauté qui envisage de tout laisser tomber pour s'installer au Soleil avec le produit de la vente de son livre et la simple membre qui accepte d'héberger James et un autre agent contre monnaie sonnante et trébuchante, les quelques personnages incarnant une idéologie autre que celle de la raison d'Etat n'apparaissent pas très positifs. Surtout lorsqu'en face, CHERUB (et donc le jeune héros) travaillent à protéger des capitalistes de l'industrie pétrolière. Les interrogations de James sont donc très bienvenues et l'on peut espérer que les explications du directeur de l'organisation, assez fragmentaires, seront à même de faire un peu réfléchir à ce sujet les jeunes lecteurs.

CHERUB s'annonce donc comme une bonne série pour le jeune public. Je pense qu'il est possible de mettre sans risques ce premier tome entre les mains d'un enfant d'une dizaine d'années, mais prenez soin au minimum de le lire en diagonale au préalable. Et de rappeler au jeune lecteur que c'est de la fiction.
Share/BookmarkWikio Voter !

mardi 10 août 2010

Thune, épisode 4 : Les Pires contre-attaquent

J'ai déjà parlé ici des pré- puis sé-quelles à Dune écrites par Brian Herbert (le fils de Frank, créateur du Cycle de Dune) assisté (au mieux) par Kevin J. Anderson, auteur prolixe de novélisations des X-Files et de quelques romans trop peu inoubliables de l'univers étendu de Star Wars. Que l'on aime ou que l'on n'aime pas les produits des deux acolytes, force est de reconnaître qu'ils sont initiateurs de la majeure partie de l'actualité dunienne contemporaine. Ou du moins, de l'actualité "officielle", car Dune est une marque déposée, qui est détenue par les héritiers de Frank Herbert, ce qui donne (pour simplifier) les pleins pouvoirs à Brian Herbert pour faire ce qu'il veut de l'oeuvre de son père. Oui, les pleins pouvoirs légaux : fin du ban.

Le lecteur de Dune, dès lors qu'il est fan, peut l'être pour un nombre incalculable de raisons : un élève de Troisième comme un professeur d'Université peuvent l'être même s'il est probable que ce soit pour des raisons bien différentes. Quant aux conséquences de leur attachement à Dune, elles peuvent être considérables. Certains passeront par exemple un temps extensif à entretenir une connaissance encyclopédique du Cycle. D'autres pourront se livrer sur lui à un véritable travail de dissection littéraire. Dans tous les cas, il s'agit d'une oeuvre pouvant se révéler, assez vite, gourmande en temps intellectuel. Régal de lecteur. Mais terreur d'écrivain, les fans pouvant se révéler assez vite plus royalistes que le roi et donc, a fortiori, plus royalistes que la régence. Dans cette entreprise qui dépasse leur talent, les deux acolytes ont invoqué l'existence de "notes perdues" laissées par Frank Herbert. Si nul ne met en doute le fait que Frank Herbert a dû remplir des pages et des pages de notes concernant ses oeuvres, et même laisser une quantité importante de matériel rédigé mais non publié (après tout, et en parlant de livres-univers, Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien lui-même n'est, somme toute, qu'une aventure presque secondaire dans un cadre historique immense dont un aperçu de la complexité peut être obtenu en lisant le Silmarillion posthume édité par le fils de Tolkien), en revanche, pas mal de détails posent problème dans les produits des deux acolytes, contradictoires de près ou de loin avec d'autres détails provenant de l'oeuvre originale. Vilaines impressions qui, associées à la crispation sur les "notes perdues" (qui ne seront pas publiées car il s'agirait, si j'ai bien compris, de "reliques à caractère privé"), font considérer d'un oeil tout différent la belle histoire des disquettes cinq pouces un quart retrouvées dans un coffre-fort dix ans après le décès du Maître et contenant le synopsis de Dune 7. Y compris ceux de Paul of Dune et Winds of Dune ? Mais... Paul of Dune et Winds of Dune, c'est quoi donc, demandera le lecteur peu au fait de l'actualité dunienne.

Ah.

Voyez-vous, Frank Herbert était un génie. Cet homme-là ne s'est pas contenté d'écrire Dune, il a aussi créé beaucoup de choses qui tournent autour. Le genre de choses qui, prises ensemble, forment ce que l'on appelle un contexte en langage savant. Ce qui donne de la profondeur à un univers. Ce qui permet d'animer un univers où une trame historique se déroule sur des durées considérables, et de l'unifier. Le Cycle de Frank Herbert comptait six romans dont les unités narratives étaient séparées parfois de milliers d'années. Pendant lesquelles il devait bien se passer des choses, dont certaines se trouvaient ensuite évoquées dans les romans postérieurs. Contexte. Là où cela touche au génie, c'est que Frank Herbert a bien compris que certains événements, étalés sur un temps fictionnel trop long, risquaient de perdre tout intérêt. De la même façon que si Tolkien avait écrit une série de bouquins racontant toutes les péripéties du Second Âge et du Troisième Âge de la Terre du Milieu, il aurait noyé toutes les données nécessaires à la compréhension du Seigneur des Anneaux parmi d'autres événements très anecdotiques. Au lieu de cela, il a choisi de livrer au lecteur une chronologie où chaque événement est en rapport avec son "grand schéma". Contexte. Et peu importe le nom de l'épée du dernier roi du Gondor puisque cela n'apporte rien au "grand schéma".

Mais pour les deux acolytes, même s'ils disposent en effet de "notes perdues" contenant, par exemple, une chronologie du Jihad Fremen (et donc, des douze années qui séparent la fin de Dune du début du Messie de Dune), cet intervalle représente un "creux fictionnel". Quelque chose qui doit être comblé. Parce qu'ils ignorent ce que c'est que le contexte. Parce qu'ils estiment qu'à partir d'un synopsis on peut boucher les trous en inventant n'importe quoi, en pompant les bonnes idées qui sont sorties dans la SF depuis cinquante ans, en proposant quelques cadavres innocents (jeunes de préférence, ça fait frissonner dans les chaumières) et en saupoudrant le tout de quelques traits d'humour lourdingue (je n'ai jamais ri en lisant Dune. Je n'ai jamais ri non plus en lisant les produits des deux acolytes. Mais pas pour les mêmes raisons). Et donc, après avoir tenté d'expliquer le contexte de Dune en produisant six préquelles fort moyennes (en moyenne) voire même médiocres (selon la médiane) puis deux séquelles bien somnitives (le fameux roman Dune 7, celui du synopsis sur disquette), voilà que les deux acolytes ont choisi de remplir le silence fictionnel qui sépare les romans du Cycle. En produisant pour commencer un roman inlisible titré Paul of Dune (Paul le Prophète en version française).

Qu'il soit clair que lorsque je dis qu'un roman est inlisible c'est parce que j'en ai été mécontent. Voire même plus que mécontent. Vous tenez à ce que je sois plus spécifique ? Ce roman est un fatras d'inventions qui n'ont ni queue ni tête, où les auteurs se sont semble-t-il acharnés à empiler une quantité astronomique de détails sans intérêt concernant (à ce qu'ils racontent) le personnage de Paul Atréides. Je passerai sur les historiettes concernant la jeunesse de Paul hormis deux détails. Le premier sera sympa : les deux acolytes ont décidé que Paul, à douze ans, a bien mérité d'avoir un copain (j'aurais bien dit "petit copain" mais on ne plaisante pas avec ce genre de choses), en la personne de Bronso d'Ix, personnage dont le nom apparaît dans le Cycle sans qu'il y intervienne. Ce qui a le mérite de démontrer, au passage, que les deux acolytes se méprennent tout à fait sur la raison d'être d'un contexte puisque pour eux, tout contexte doit être expliqué. Mais aussi d'être contradictoire avec le Cycle puisque, d'après Frank Herbert, Paul Atréides n'a jamais eu de compagnons de jeu de son âge. Le deuxième détail est moins sympa : en parlant de contradiction, les deux acolytes ont proposé une réponse plutôt inattendue aux critiques des fans éclairés, qui avaient relevé l'incohérence à faire naître Paul sur Kaitain alors que d'après le Maître Paul n'avait jamais mis le pied hors de Caladan avant le début de l'histoire. Il n'y a en effet pas d'incohérence : grosso modo, leur réponse est que Frank Herbert a raconté n'importe quoi, que c'est la Princesse Irulan qui a écrit Dune et qu'elle a enjolivé l'histoire et papa Frank a juste oublié de nous le dire, à moins qu'il ne l'ait fait exprès pour mieux se foutre de nous.

En dehors des péripéties qui envoient un Paul sans doute dépourvu du moindre poil pubien livrer bataille sur Grumman (son père le Duc n'avait alors et donc aucun scrupule à l'exposer à un champ de bataille, pourtant, dans Dune, on apprend que le brave homme était mort d'angoisse à l'idée que la sécurité de son fils avait été compromise... On dit bien que seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis...), on retrouve avec bonheur le même, plus vieux d'une petite dizaine d'années, devenu prophète et messie des Fremen, Empereur de l'Univers Connu et tout le tintouin, à la tête d'un véritable bateau ivre. Les Fremen sont des fanatiques (ça on le savait) qui se rendent coupables de crimes abominables (on savait aussi qu'ils allaient le faire). Par exemple ils massacrent un pauvre type qui s'était rendu, malgré les ordres qu'ils avaient reçu de ne pas le faire. Oh que c'est pas bien. Comme s'il était nécessaire qu'un soudard soit fanatique pour se livrer à des exactions, pardon, à des bavures. Et puis le Fremen est têtu et peu ouvert au monde qui l'entoure, aux autres cultures et à leur gastronomie. Oh que c'est vilain. Ah, oui, et les Fremen apprennent à nager. Gaspillage d'eau.

Mais s'il n'y avait que les Fremen, ça serait presque un moindre mal. Parce qu'entre la bande de bras cassés autour de Paul et ses ennemis, on en vient à se demander qui au juste doit le plus lui pourrir la vie. Le Comte Fenring et Margot, sa femme, se retrouvent à élever la fille de Feyd-Rautha. Et pour être pépères, ils n'ont rien trouvé de mieux que de s'installer sur la planète des Tleilaxu. Alors que les deux acolytes nous avaient répété à l'envi depuis six pré-/sé-quelles que les Tleilaxu ne supportaient pas les femmes et qu'ils avaient fermé leur planète aux étrangers. Parce que les Tleilaxu aussi, ce sont des vilains pas gentils. Mais rien n'est, pardon, ne doit apparaître trop simple aux yeux du lecteur. Et puis la fille de Feyd-Rautha, que les auteurs ont appelée Marie, est une gentille petite, éveillée, joueuse... Et ça sera une copine pour Alia. Bon, j'exagère un peu. Cette petite apparaîtra un peu évaporée sur la fin. La sienne, de fin. Je ne vous en dis pas plus, si vous parvenez encore à être curieux, après avoir lu ces quelques lignes, de connaître le sort de ce personnage inutile, qui n'apporte rien au Cycle ni même au seul roman où elle apparaisse en personne et en nom, eh bien, vous méritez d'avoir à vous appuyer les pages de cet ennuyeux bouquin

Depuis quelques temps la logique semble un peu moins huilée que ce que c'était au début. Je crois bien me souvenir d'une valse-hésitation concernant la couverture américaine du dernier opus en date, Winds of Dune, dont l'artwork, au demeurant fort beau, a été remplacé un peu à la dernière minute par celui de l'édition anglaise, plus "sexe" (plus vendeur ?). Ajoutez à présent la dernière "bombe" en date : les deux acolytes avaient annoncé que la série amorcée par Paul of Dune et Winds of Dune se poursuivrait avec d'autres publications, mais depuis peu, on sait que la série ne va pas se continuer tout de suite et qu'à la place vont être publiés d'autres romans se déroulant juste après la Trilogie du Jihad Butlérien, au sujet de la fondation des grandes écoles présentes dans le Cycle. Contexte, contexte...

Même si ces parutions étaient envisagées depuis avant la publication de Dune 7, il n'empêche que le procédé fait tache et interroge. Où se trouve le respect du lecteur, lorsqu'on le branche d'abord sur une première série, puis qu'on l'informe que la série ne sera pas continuée dans l'immédiat (annonce comprise par le fan lambda : le prochain tome est repoussé aux calendes grecques et va te faire voir), mais qu'on l'invite à se lancer dans la prochaine série annoncée... Ah oui, et autre chose : le "hardcover" (édition reliée) de Winds of Dune est disponible depuis pas loin d'un an. Lecteur collectionneur, je possède les autres tomes des pré-/sé-quelles dans une édition "paperback" (édition de poche). Je rechigne à me lancer dans les achats de hardcover (ça prend trop de place dans une étagère déjà bien pleine et ça coûte trop cher, surtout pour ce que c'est). Donc depuis des années j'attendais la parution du paperback pour investir dans le dernier produit dunien. Laquelle parution avait lieu, en général, au Printemps qui suivait l'Eté de la parution du Hardcover. Sauf pour Winds of Dune où la parution du paperback a été retardée au Printemps pour l'Eté.

A croire que l'on chercherait à nous inciter à nous orienter plutôt sur le hardcover. Est-ce à dire que les stocks ne s'écoulent pas ? Ou que les maisons d'édition ne sont pas optimistes quant au rapport bénéfices/coûts de l'impression du paperback ? Je n'en sais rien. Je cherchais en tout cas un prétexte pour ne plus lire de produits duniens : je l'ai trouvé. Je ne lirai pas Winds of Dune. Et je ne pense pas lire non plus les suivants (sauf si, bien entendu, j'en lisais des critiques émerveillées : tant qu'à faire, autant ne pas me comporter comme un imbécile). Et puis quoi ?

On ne peut pas cautionner pour l'éternité un mauvais travail, initié pour de mauvaises raisons.

P.S. : à l'attention de Lhisbei si elle passe ici, ce billet peut-il entrer dans le cadre du Summer Star Wars ?
P.P.S : merci Lhisbei, ajout du TAG et de l'image :) !








Share/BookmarkWikio Voter !

dimanche 8 août 2010

Les épéistes de Varnis

Suite de ma participation au Summer StarWars, avec une histoire courte et hilarante d'un auteur qui n'a pas écrit beaucoup... Les épéistes de Varnis est un space-opera qui tient en une page, à peine, et qui a été publié en 1953 en étant considéré comme une "parodie de space-opera".

Résumé :
Sur Mars, Tharn est le Seigneur de la Guerre de Loanis. Il accompagne la Dame Royale de Mars, Lehni-tal-Loanis, dans sa fuite éperdue, car ils sont poursuivis par les redoutables épéistes de Varnis. Les deux amants savent que la clé du salut se trouve dans le Temple de la Vapeur Liquide, où se trouve le secret par lequel ils deviendront les maîtres incontestés de Loanis. Rien ne les arrêtera, car même les féroces épéistes de Varnis ne peuvent leur faire face lorsqu'ils combattent côte à côte... Rien ? Est-ce bien certain ?

Il serait difficile d'analyser Les épéistes de Varnis sans saccager le gag final, qui rappellera sans doute quelque chose à certains cinéphiles... Je me contenterai de dire que là encore, il s'agit sans doute plus d'un planet-opera que d'un space-opera. Malgré le temps fictionnel très court, c'est un univers d'envergure qui se trouve esquissé, une planète Mars où les conflits politiques au sein d'une société baroque (et pourtant non rétive, de toute évidence, à la plus haute technologie) sont dignes des oppositions irrévocables que l'on peut rencontrer dans l'univers de Star Wars, par exemple. Le couple Tharn et Lehni-tal-Loanis fonctionne à merveille, entre le Seigneur de la Guerre et la Dame Royale, qui sont prêts chacun à donner sa vie pour l'autre dans les sables rouges de Mars. Un décor approprié pour un spectacle tragi-comique...

Excellente lecture !
Share/BookmarkWikio Voter !

L'Enchanteresse de Vénus

Le Summer StarWars de Lhisbei du RSF Blog se poursuit... Leigh Brackett était, à la ville, l'épouse d'Edmond Hamilton, l'auteur du space-opera par lequel j'ai ouvert ma participation au Summer StarWars, Les voleurs d'étoiles, mais ses travaux d'auteure de SF sont plus anciens que leur mariage (datant de 1946). Nous tenons là un space-opera de 1949, plus récent que les deux autres dont j'ai déjà parlé, c'est-à-dire, une oeuvre contemporaine de la Trilogie de Fondation d'Isaac Asimov.

Résumé :
Stark est né sur Mercure, mais il voyage à travers tout le Système Solaire. Il a été sur Terre. Sur Vénus, il cherche Helvi, un ami disparu. Sa recherche l'emmène à Shuruun, une ville située de l'autre côté de la Mer Rouge, une immense nappe de brouillard écarlate sur laquelle peuvent circuler des bateaux. Une première altercation l'oppose à Malthor, le capitaine du bateau, qui veut le capturer alors qu'ils sont sur le point de débarquer. Parvenu à s'échapper, Stark rejoint Shuruun et se dirige vers le château des Lhari, la famille qui gouverne la région, et qu'il pense impliquée dans la disparition de son ami. Les Lhari sont six, pour la plupart beaux, cruels et fous. Ils croient qu'un secret sans prix a été dissimulé au fond de la Mer Rouge et, pour le mettre au jour, ils épuisent des esclaves innombrables Et voilà que Stark, à son tour, va devoir creuser les vieilles galeries de la cité préservée dans le brouillard... Mais à qui peut-il faire confiance ? Helvi sera-t-il sauvé ? Quant à ce fameux secret qui obsède les Lhari, est-il bien sage de le remettre au jour ?

L'Enchanteresse de Vénus est un space-opera pour le moins atypique. A mon sens, il se classe plutôt dans le genre voisin du planet-opera : pas de vaisseaux spatiaux ici et, même si Stark vient d'une autre planète, on ne sait presque rien de ce qui se passe ailleurs dans le Système Solaire. L'intrigue se passe même pour ainsi dire dans une unité spatiale presque digne d'un mouchoir de poche. Là où Les voleurs d'étoiles comme Le Prince de l'Espace franchissaient des distances colossales, tout ici se passe à proximité de Shuruun, la ville portuaire où Stark arrive au début de l'histoire et où il se retrouve à la fin. Le personnage de Stark en lui-même est surprenant, il semble posséder une profondeur psychologique importante, ce qui s'explique par le fait que ce space-opera est en réalité un élément d'une série d'histoires indépendantes, où le personnage tient le rôle central.

Je m'attarderai surtout sur le rôle joué par les personnages féminins dans cette histoire. Dans Les voleurs d'étoiles, il y avait déjà un personnage féminin, mais somme toute guère plus sexué que ses comparses masculins, presque comme une arrière-pensée, voire une concession. Dans Le Prince de l'Espace, le seul personnage féminin est presque encore pire : une femme, intelligente, belle, aimante, qui a pour seule motivation de conquérir l'amour du Prince : voilà qui est très poétique mais qui laisse de côté le fait qu'être une femme n'immunise pas contre l'ambition, la cruauté, l'égoïsme voire même l'inhumanité. Ici, on est en quelque sorte servis. Si le modèle de la femme belle et désintéressée, qui n'agit que par amour, est représenté dans L'Enchanteresse de Vénus (et ça ne va pas lui porter chance), cette figure est compensée par deux autres modèles féminins très négatifs à côté desquels la sorcière de Blanche-Neige n'est qu'une belle-mère de carnaval. Il y a tout d'abord la grand-mère des Lhari, créature obèse qui exerce un pouvoir totalitaire sur ses petits-enfants, qu'elle a semble-t-il plus ou moins contraints à se marier les uns avec les autres : une matriarche dépravée, incestueuse, bouffie par son appétit morbide pour le pouvoir et la domination. Mais il y a surtout Varra, l'une des dames des Lhari, belle, sensuelle, et pourtant cruelle et vénéneuse, capable de repousser les violentes assiduités d'Egil, son cousin et compagnon, grâce à un oiseau de proie qui n'obéit qu'à elle. Varra viendra chercher Stark pour lui offrir un marché terrible : dans le jeu du pouvoir, l'ambitieuse a compris qu'elle peut évincer la matriarche et les autres Lhari si elle trouve un allié de circonstance. Le personnage fait en réalité penser à celui de Circé, à tel point que l'on peut se demander si ce n'est pas elle, en définitive, l'Enchanteresse de Vénus (le titre du space-opera n'est en effet pas explicité). Face à ces deux monstres féminins, Stark aura fort à faire et le salut viendra d'un sacrifice, et d'une amitié désintéressée. Je pense très révélateur le fait que ce space-opera soit le fait d'une femme : sans doute fallait-il en être une pour oser sortir à tel point des convenances ordinaires de l'époque ! Et je me demande même ce que l'on dirait, à notre époque, si ce space-opera venait à être écrit... par un homme.

A tous points de vue, L'Enchanteresse de Vénus est, à mon sens, le meilleur space-opera de l'anthologie pour le moment.
Share/BookmarkWikio Voter !