lundi 31 mai 2010

Antarctique

J'ai déjà parlé ici d'Exoplanète, le premier tome de la trilogie "Intelligences" de Martial Caroff. Dans un futur proche (le deuxième tiers du XXIème siècle), l'espèce humaine continue son chemin quelque peu chaotique vers un progrès technique mais peut-être aussi psychologique. Après avoir été soumise à un premier choc, avec la découverte d'une civilisation extraterrestre lointaine ayant construit un véritable phare spatial orienté vers la Terre, voilà que notre espèce s'apprête à en connaître un deuxième, peut-être plus extraordinaire encore que le premier...

Résumé :
Jacques Kieffer, l'archéologue spécialiste des civilisations antiques de l'Egypte et du Soudan, est désormais connu comme l'un des membres de l'équipe pluridisciplinaire ayant découvert la civilisation d'Orion, ses messages et leur influence sur l'Histoire humaine. Sa célébrité lui vaut, un beau jour, d'être contacté par des collègues au sujet de restes archéologiques étranges découverts en Terre de Feu. Il semble impossible de les rattacher aux cultures préhistoriques locales. Par ailleurs, les tentatives de datation n'ont rien donné. Intrigué, Kieffer prend l'avion pour la Terre de Feu, sans savoir que ce qu'il va y découvrir va remettre en cause un certain nombre d'idées tenues pour acquises...

Mais pour avoir la réponse finale de l'énigme, il faudra que l'équipe multinationale aille plus loin au Sud. Car en Antarctique, deux autres missions viennent de faire leurs propres découvertes... Ici, ce sont des ossements de primates vieux de plusieurs dizaines de millions d'années, alors qu'il n'y a jamais eu de primates en Antarctique... Là, c'est une structure mystérieuse, construite dans un passé trop reculé pour avoir été l'oeuvre de l'être humain... Est-il possible qu'un pan ignoré de l'histoire des hominidés se soit joué jadis sur l'Antarctique ? Ou bien les apparences, trompeuses, dissimuleraient-elles une vérité plus incroyable encore ?

Soyons clairs : là où Exoplanète créait la surprise, Antarctique confirme le talent d'écrivain de SF de Martial Caroff. On retrouve un peu les mêmes procédés que ceux qui étaient à l'oeuvre dans le premier tome de la trilogie : les personnages constatent des faits, formulent des hypothèses qu'ils testent et valident... ou rejettent le cas échéant. C'est de la hard-science bien construite. Le tout se fait sur un temps fictionnel plus long, car l'intrigue est plus volumineuse, et complexifiée par l'intervention d'antagonistes, ce qui manquait un peu à Exoplanète, tout compte fait... L'univers est en outre plus étoffé, moins lisse que dans le premier tome : on s'aperçoit que le futur proche décrit par Martial Caroff, s'il n'est pas très angoissant, n'est pas non plus très positif. Plusieurs personnages font part de leurs soucis quant à l'avenir.

Mais la science là-dedans, puisqu'il s'agit de hard-science ? Pour autant que je puisse en juger, les hypothèses fictionnelles sont très fondées ainsi que très bien exploitées. La chronologie évolutive et "historique" proposée au début apparaît comme un outil fort intéressant, permettant d'éveiller l'intérêt du lecteur, et semant juste assez d'indices pour que l'on puisse à son tour émettre et parfois vérifier des hypothèses. A tel point que l'on finit par deviner quelque chose dans les dernières pages du livre... Et que c'est un plaisir de voir que l'on ne s'est pas trompé. Antarctique est donc une véritable réussite. Il est certain que j'attendrai la parution du troisième tome de la trilogie et, allons plus loin, que j'irai jusqu'à lire de prochains ouvrages de SF de Martial Caroff sur la seule foi de son nom.

En parlant de ces hypothétiques futurs ouvrages de SF, l'auteur étant - à ma surprise - passé sur mon blog fort peu de temps après la publication de mon premier article, je vais supposer qu'il lira ces lignes aussi, et je vais me permettre de lui suggérer de continuer dans cette voie... La SF hard-science est un genre exigeant. Mais il a, je n'en doute pas, les épaules pour satisfaire à la tâche.
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samedi 29 mai 2010

Analog numéro d'Avril 2010

Le numéro d'Avril 2010 de la revue Analog Science Fiction and Fact est une très bonne mouture que j'ai dévorée en quelques jours mais avec pas mal de semaines de retard...

Au programme cette fois-ci :
  • Une novella (histoire de format long) de John G. Hemry, Swords and Saddles (Epées et Selles). En 1870, l'escouade de cavalerie du capitaine Ulysse Benton subit au cours de sa patrouille dans le Kansas un étrange incident (un orage accompagné d'un tremblement de terre) et se retrouve dans un monde alternatif où le détroit de Bering est bouché depuis une époque immémoriale entre l'Asie et l'Amérique du Nord, autorisant une colonisation des Amériques par la façade occidentale. Une uchronie d'aventures mieux que lisible. A noter que le point de départ de cette uchronie est une énigme militaire réelle, cette escouade étant portée disparue pour des raisons inconnues.
  • Deux novelettes (histoire de format plus moyen). La première, Snowflake Kisses (Baisers en étoile de neige) est une collaboration entre Holly Hight et Richard A. Lovett. Une neurobiologiste s'intéresse à la biochimie des sentiments amoureux. Une histoire un peu trop suave à mon goût. La deuxième, The Robots' Girl (La Fille des Robots), de Brenda Cooper, raconte une histoire un peu classique d'enfant élevé par des robots. Elle est un peu plus convaincante que la précédente.
  • Quatre short stories (nouvelles). La première, A Sound Basis for Misunderstanding (Une base sonore de l'incompréhension), de Carl Frederick, fait partie d'une série de space-operas loufoques où des êtres humains cherchent à établir des relations commerciales avec des espèces extraterrestres. Ici, le héros visite une planète très bruyante où les coutumes sont plutôt inhabituelles. La deuxième, Nothin' But Blue Skies (Rien d'aut' que le ciel bleu), de Stephen L. Burns, est une autre histoire de commerce avec des extraterrestres : que feriez-vous si, en tant que vendeur de voitures d'occasion, un extraterrestre aux allures quelque peu démoniaques venait vous offrir de vendre pour le compte de sa civilisation des voitures révolutionnaires ? Partiriez-vous en courant ? Ou bien tenteriez-vous de négocier vos services au meilleur prix ? La troisième, When We Were Fab (Quand nous étions manufac), de Jerry Oltion, explore les effets de la nanotechnologie sur le commerce de proximité... La quatrième, The Planet Hunters (Les chasseurs de planètes), de S. L. Nickerson, suit une équipe d'astronomes dans leur quête d'exoplanètes. A l'aide du gigantesque télescope spatial, ils vont faire une découverte révolutionnaire... A moins qu'ils n'aient découvert autre chose de plus incroyable encore ? Dans l'ensemble, les quatre nouvelles sont très divertissantes et surtout efficaces. Elle m'ont beaucoup plu.
  • L'article de science fact (fait scientifique), What's in a Kiss ? The Wild, Wonderful World of Philematology (Qu'y a-t-il dans un baiser ? Le monde sauvage et merveilleux de la philématologie), de Richard Lovett, est dans la lignée de la première novelette. Je n'ai pas beaucoup accroché.
  • Les articles du département des lecteurs présents : l'éditorial de Stanley Schmidt (que j'ai lu en diagonale, honte à moi, mais où il semble interroger une nouvelle fois la frontière entre le scepticisme scientifique et le refus stérile des remises en questions), une Alternate View de Jeffery D. Kooistra (au sujet d'un livre où des intellectuels devaient dire quelle était la chose en laquelle ils croyaient sans être capables de le démontrer... comme toujours, les questions de croyance me dépassent un peu...), la Reference Library de Don Shakers, le courrier des lecteurs (où l'on voit qu'une précédente Alternate View du même Jeffery D. Kooistra, cette fois-ci sur le changement climatique, a déclenché pas mal de réactions des lecteurs...).
Analog est une excellente revue. Il est nécessaire, bien entendu, de savoir lire en anglais pour l'apprécier. Il vaut mieux s'y abonner aussi (je doute qu'elle soit disponible en kiosque en France). Néanmoins, c'est une ressource majeure de la science-fiction, que je ne saurais trop recommander aux amateurs anglophones...
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jeudi 27 mai 2010

Fournaise

On lit parfois des romans inclassables, desquels on sort perplexe. Je ne connaissais pas James Patrick Kelly avant ce livre, mais le résumé de la quatrième de couverture m'avait conduit à penser qu'il s'agissait ici d'un planet-opera, genre de SF que je pratique volontiers même si je préfère tout de même le space-opera. En fin de compte, l'histoire qui nous est racontée ici se trouve un peu à la frontière entre les deux genres. Voilà qui justifie a priori l'expression "roman inclassable" dès lors que l'on parle de Fournaise, même si en fait elle peut être justifiée par d'autres éléments...
Résumé :
La planète Walden est la seule des Mille Mondes d'où les machines intelligentes (les bots) et les cyborgs (les êtres humains augmentés) soient bannis. L'Etat Transcendant exerce son influence sur les citoyens de Walden à travers un culte religieux et des traditions caractéristiques d'une société pastorale. Néanmoins, Walden appartenait auparavant à d'autres colons, les Pukpuks, voués quant à eux à la haute technologie, et qui ont ravagé l'écosystème planétaire. Cela fait deux générations que l'Etat Transcendant a pris pied, mais pourtant, tous les Pukpuks n'ont pas quitté Walden. Ils s'opposent à la transformation écologique accélérée décrétée par les nouveaux occupants, et s'acharnent à détruire par le feu les forêts OGM à croissance accélérée avec lesquelles le gouvernement veut recouvrir les continents.

Spur est un combattant du feu. Avec l'Escadron Or, il tente de limiter les dégâts réalisés par les terroristes Pukpuks. Mais un jour, l'un d'entre eux s'avère n'être autre que son beau-frère. Blessé par le feu et atteint par sa découverte, Spur est envoyé dans un hôpital tenu par "ceux d'en haut", c'est-à-dire, des êtres humains augmentés venus d'autres planètes. Libre d'utiliser de la haute technologie pendant son hospitalisation, Spur entre en contact avec un mystérieux garçon, le Haut Grégoire de Kenning, qui se trouve sur une autre planète, et qui révèle une étrange agitation lorsqu'il apprend qu'une guerre civile se déroule sur Walden. Pourquoi le conflit semble-t-il fasciner le Haut Grégoire ? Que veut-il dire lorsqu'il prétend "faire de la chance" ? Et qu'est-ce que ce L'ung dont il se réclame ? Il se pourrait bien que les expérimentations technologiques coupables de Spur aient d'effrayantes conséquences. Pour lui, pour les siens, et qui sait, peut-être pour Walden toute entière...
Fournaise est un roman très court (deux cents pages) qu'il est pourtant très difficile de laisser de côté. L'intrigue ne laisse aucun repos. Dans ce temps fictionnel fort mince, l'auteur réussit le tour de force d'esquisser un univers d'une rare complexité, dans lequel Walden est un monde atypique. Pourtant, le choix de présenter l'intrigue du point de vue de Spur est très judicieux, car il renforce l'impression d'étrangeté que les personnages tels que le Haut Grégoire et surtout Memsen semblent exhaler. Sont-ils humains ? Sont-ils bienveillants ? Ou bien sont-ils étrangers ainsi qu'indifférents ? Les dernières pages du livre donneront quelques clés de compréhension sans toutefois tout dévoiler, laissant une part à l'imagination du lecteur... ou peut-être, ménageant une issue pour une éventuelle suite.

La confrontation entre deux cultures très différentes donne matière à plusieurs quiproquos dont certains se révèlent cocasses. On est assez vite contaminé par la bonne humeur qui émane de l'activité du L'ung. Même si cette bonne humeur est parfois presque inquiétante. Du choc des cultures sortira un grand désarroi pour Spur et à ce titre, la dernière phrase du livre est une vraie trouvaille. Fournaise est un grand livre, dont on sort perplexe mais emballé : ce n'est pas pour rien qu'il a été récompensé du Nebula. Bravo à son auteur, dont je suivrai désormais le nom.
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mercredi 26 mai 2010

Exposition Science/Fiction - Récolte du 26 Mai 2010

L'exposition "Science/Fiction : voyage au coeur du vivant" est une série d'affiches itinérantes construites sur un principe très original. Extrayez des photos d'articles scientifiques dont les auteurs travaillent à l'Inserm. Positionnez dessus, en surimpression, des illustrations "historiques" des oeuvres de Jules Verne. Vous obtiendrez ainsi des photo-montages peu ordinaires, souvent saisissants, entre imagerie scientifique et imaginaire...

Passée la beauté incroyable de certains des montages (l'image que j'ai trouvée pour illustrer cet article est l'une, mais pas la seule, des plus belles), l'exposition en elle-même apparaît assez décevante. Il s'agit d'une vingtaine de tableaux (je n'ai pas compté) censés "raconter une histoire" de SF. Laquelle histoire est écrite par Bernard Werber. Aïe, aïe, aïe ! En fait d'histoire, on se trouve à lire un texte sans queue ni tête (au sens propre du terme), que l'on pourrait lire presque dans n'importe quel sens (chaque image est identifiée par la donnée d'une heure de la journée) sauf que quelques unes sont présentées comme ayant un lien (une pseudo-intrigue suivie sur trois ou quatre affiches). Il faudrait choisir... entre assumer de raconter une histoire surréaliste ou bien faire quelque chose de suivi... Mais il est vrai que l'auteur, dans l'affiche de présentation du principe de l'exposition, annonce avoir écrit cette histoire sur le mode de l'écriture "presque automatique" (ce qui veut dire quoi ?). Je passerai là-dessus, n'étant pas très objectif avec Bernard Werber depuis Le père de nos pères (calamiteux) alors que j'avais été scotché par Les Fourmis et Les Thanatonautes...

Autre défaut de l'exposition : il n'y a aucune possibilité d'acheter des reproductions des affiches, ni même des cartes postales... Par chance, la gentille dame de l'accueil m'a fait une photocopie du dossier de presse, donc il m'en restera quelque chose, mais je me doute bien que tout le monde n'en bénéficiera pas.

Par contre, c'est installé dans des lieux publics d'accès gratuit et libre. A voir donc, par curiosité. Les dates et les lieux sont disponibles sur le site de l'Inserm (lien au début de l'article).

Par ailleurs, j'ai profité de l'occasion pour me procurer Noô de Stefan Wul, roman qui a l'air d'avoir une importance considérable parmi les "livres-univers" si j'en crois l'interview de Laurent Gennefort dans le Bifrost numéro 58. Je vais en juger par moi-même. J'aurais bien voulu trouver chez un bouquiniste les volumes chez Présence du Futur mais je n'ai pas pu et je me suis contenté donc de cette réédition. Mais peut-être que je les trouverai une autre fois !
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samedi 22 mai 2010

Jennifer Morgue

Ah ! Charles Stross. Voilà un auteur que j'ai eu du plaisir à découvrir l'année dernière, à travers un court cycle de space-opera, composé de deux romans, Crépuscule d'Acier suivi de Aube d'Acier. Il s'agit de space-opera un peu déjantés se passant dans un univers post-singularité. Une intelligence artificielle aux capacités presque divines, l'Eschaton, surveille de loin les activités humaines, veillant surtout à ce que personne n'invente un procédé de voyage dans le temps qui pourrait conduire à remettre en cause sa propre existence. Pourtant, Charles Stross semble surtout connu grâce à un autre roman, Le Bureau des Atrocités, où il invente un concept fondateur des plus intéressants. Imaginez que les histoires de magie racontées partout sur Terre depuis des siècles et même des millénaires soient vraies. Imaginez que des êtres surnaturels peuplent d'autres dimensions, mais désireux de venir agir dans la nôtre, au besoin en utilisant le corps et les processus intellectuels de malheureux êtres humains. Imaginez maintenant que les progrès des mathématiques et de l'informatique aient rendu beaucoup plus ténue la frontière qui sécurise notre univers de ces intrusions hostiles. Imaginez que l'Allemagne nazie soit passée tout près en fait de gagner la Seconde Guerre Mondiale en invoquant des forces obscures. Les grandes puissances entretiennent en effet des agences secrètes chargées de plusieurs missions : empêcher des ennemis d'utiliser des entités venues d'ailleurs dans le cadre des conflits politiques entre Etats ; empêcher lesdites entités de venir s'installer sur Terre sans invitation expresse ; maintenir le secret sur les activités susdites. Vous tenez l'épine dorsale du Bureau des Atrocités. Bob Howard est un jeune informaticien, recruté de force par la "Laverie", c'est-à-dire les services secrets paranormaux de Grande-Bretagne, après qu'il ait inventé un logiciel qui aurait pu déclencher une catastrophe interdimensionnelle. Il est souvent chargé de missions très dangereuses où le "moins pire" serait encore, parfois, de se faire dévorer par un démon... Mais il se trouve que les activités de la Laverie sont encadrées, comme toute administration qui se respecte, par les nécessités du financement. Et qu'il n'est pas toujours facile pour une administration d'obtenir du liquide sans avoir à remplir des fiches de frais. Surtout depuis les années Thatcher.
Résumé :
Bob Howard a commis une erreur. L'administration réseau dans les locaux de la Laverie, ça commence à l'ennuyer. Du coup, il a demandé à travailler sur le terrain. Hélas pour lui, sa femme, Mo, sait au juste ce qui peut lui arriver lorsqu'il part en mission... Cette fois-ci, pourtant, rien ne devrait tourner mal puisqu'on l'envoie en Allemagne pour une réunion (soporifique) entre membres des services secrets paranormaux alliés. Un peu d'imprévu s'introduit cependant assez vite car une belle espionne américaine, Ramona Random, rencontrée en chemin se révèle être un peu plus qu'il n'y paraît... Lorsque la réunion manque de se terminer en désastre pour Bob, la Laverie lui révèle sa mission véritable. Un milliardaire cherche à récupérer une arme terrifiante, provenant d'un conflit vieux de plusieurs millions d'années, tout au fond de la mer des Caraïbes, en plein triangle des Bermudes. Or, les fonds océaniques sont interdits à l'espèce humaine en vertu d'un traité signé avec une civilisation étrangère vivant au fond des océans, les BLUE HADES. Lesquels sont en mesure, d'une chiquenaude ou presque, d'éliminer toute vie sur les continents. Comme on ne plaisante pas avec ce genre d'êtres, Bob va devoir intervenir. Parce qu'en plus, le méchant a eu la bonne idée de mettre en place des protections paranormales autour de ses activités, de telle sorte que seul un avatar de James Bond serait capable de venir contrecarrer ses projets... En aidant, ou en étant aidé par Ramona, Bob pourra-t-il émuler James Bond et sauver le monde ?
Le Bureau des Atrocités, c'était un roman constitué de plusieurs intrigues différentes et très autonomes, qui s'égrenaient peu à peu, nous permettant d'entrer dans cet univers très particulier où les pseudo-explications érudites se télescopent avec les considérations existentielles comiques de Bob, qui est somme toute un geek paumé dans un univers où la raison d'Etat, une administration tatillonne et des créatures à vous faire dresser les cheveux sur la tête semblent s'être conjurés pour lui rendre la vie impossible. A ce titre, Jennifer Morgue apparaît un peu comme une suite beaucoup plus complète, en ce sens qu'il n'y a plus qu'un seul fil narratif à suivre. On retrouve avec plaisir la saveur du Bureau des Atrocités sans que cela ait un goût de réchauffé : il est visible que Charles Stross s'est donné la peine d'étoffer son univers, augmentant son arrière-plan historique, pour en améliorer la cohérence. Et c'est très réussi. Ajoutons à ceci un suspense très bien conduit, car on se demande jusqu'au bout comment Bob va pouvoir s'en tirer, jusqu'à la surprise finale qui, pourtant, n'a rien d'un deus ex macchina ! L'auteur sait de toute évidence ce qu'il fait et a réussi à produire un roman qui se dévore. Un petit bémol, malgré tout (parce qu'il en faut un) : les toutes dernières pages sont peut-être un peu moins croustillantes... Ce qui ne suffit toutefois pas à faire de Jennifer Morgue un mauvais roman. Et qui ne m'empêchera de réserver mon attention à une éventuelle suite...
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jeudi 20 mai 2010

Juge Bao, tome 2 : Le Roi des Enfants

Il y a quelques jours, j'ai fait la critique du premier tome de cette série. Convaincu, j'ai décidé de lire la suite et je me la suis procurée pas plus tard qu'hier. Lue dans la foulée, entre hier soir et cet après-midi, l'impression laissée par Le Phénix de Jade est bel et bien confirmée : c'est une bien belle série...

Résumé :
Le juge Bao vient de résoudre une grave affaire de corruption impliquant les notables d'une ville, mais lui et ses acolytes n'ont guère le temps de se reposer. Lian, une courtisane d'une autre ville, rencontrée par Zhan Zhao pendant la première affaire, a réclamé l'aide du magistrat. Elle tient une maison où elle accueille des jeunes filles perdues qu'elle protège et à qui elle donne une éducation. Mais l'une de ses protégées, Nuage Rouge, a été assassinée. Deux autres ont disparu. Le juge Bao se rend donc dans sa ville, laquelle se trouve être sous la juridiction de l'un de ses amis de longue date, le juge Bai. Il s'avère que les rues sont mises en coupe réglée par une bande d'enfants et d'adolescents qui commettent de menus larcins mais se livrent aussi à l'intimidation des commerçants. Le juge Bai, éprouvé par la disparition de son épouse, semble se laisser aller à trop de souplesse... Les éléments se précipitent lorsque des cadavres de jeunes femmes, habillées de soie banche, sont retrouvés. Elles ont été semble-t-il tuées à coups de fouet. Quel est le rapport entre ces crimes, la disparition des protégées de Lian et les menaces qui pèsent sur les commerçants ? Pour démasquer le mystérieux Roi des Enfants qui semble tirer les ficelles dans l'ombre, le juge Bao devra recourir à la ruse et infiltrer le jeune Bao Xing dans la bande criminelle...

On ne s'ennuie pas un seul instant à la lecture de ce tome. Les rebondissements de l'affaire, l'intervention de véritables "indics" et les perversions dévoilées par le juge Bao sont dignes d'un polar. Sans vouloir trop en dire, il est clair que l'auteur de la série cherche à faire réfléchir quant à l'emprise des sentiments humains sur les comportements sociaux. Plus que jamais, la frontière entre l'humain et l'inhumain apparaît ténue et même poreuse tant les personnages, torturés par leur passé, broyés par la cruauté du groupe, sont capables d'évoluer aussi bien dans un sens que dans l'autre... A ce titre, le personnage de Bao Xing, le jeune page du juge Bao, qui apprend à ses côtés des valeurs telles que la droiture et la probité, apparaît comme l'un des plus intéressants de la série, parce qu'il constitue, dans le contexte narratif, la génération à venir. Et que sa formation est donc indispensable pour assurer l'avenir de la société qui nous est décrite dans l'histoire...

J'attends donc la suite de la série, et ne saurais trop la recommander à ceux que les expériences de BD un peu exotique ne rebutent pas. Bonne lecture !Share/BookmarkWikio Voter !

mardi 18 mai 2010

Bifrost numéro 58

Je me suis enfin lancé dans la célèbre revue Bifrost. Et je me dois d'en informer ceux qui l'ignorent : ça déchire...

Au menu de ce cinquante-huitième numéro, que trouve-t-on ?
  • Trois nouvelles tout d'abord : Trois hourras pour Lady Evangeline de Jean-Claude Dunyach, Miroirs mutilés de Claude Ecken et Rempart de Laurent Genefort. J'ai eu beaucoup de plaisir à les lire. En fait, je ne les ai pour ainsi dire pas lâchées avant d'en être venu à bout, allant jusqu'à veiller jusqu'à une heure pas des plus raisonnables pour un Lundi matin afin de terminer Trois hourras... qui est une excellente nouvelle : concise, efficace et fascinante. Rempart de Laurent Genefort est à la fois drôle et grave dans le thème choisi, une forme d'invasion extraterrestre inédite. Miroirs... est celle qui m'a le moins plu, sans doute parce que son thème (l'incursion dans notre vie quotidienne de l'intelligence artificielle par l'intermédiaire de la robotique) n'est pas celui qui m'attire le plus en SF ; il n'empêche que je reconnais sans problème qu'il s'agit d'un joli morceau. En d'autres termes, pas de déchet pour ce qui est donné à lire dans ce numéro... Juste une petite question : la nouvelle d'Ecken annoncée en couverture n'est pas celle que l'on trouve à l'intérieur, est-ce voulu ?
  • Toute une longue série de critiques viennent ensuite. J'avoue ne pas avoir bien saisi la raison d'être des différentes rubriques mais ce n'est pas grave. J'ai parcouru cette partie assez vite. En la matière, j'ai l'habitude (avec Analog) de ne pas trop fouiller ces rubriques...
  • Le gros morceau est bien entendu la longue interview de Laurent Genefort. Le créateur d'Omale est l'un des grands noms de la SF française. Pour moi qui ai toujours cru au rôle fondamental des "années de formation" dans la construction de l'adulte (et ce n'est sans doute pas pour rien, à ce titre, que j'aie à terme le choix de l'enseignement), j'ai été très heureux de lire ce qui est présenté un peu comme une chronique où les événements de la vie de l'auteur sont mis en relation avec ceux de la vie de son oeuvre... La modestie de Laurent Genefort n'est pas fausse et montre que l'on peut être un auteur prolifique sans pourtant avoir la grosse tête. Ce qui n'est pas le cas (au hasard...) d'un KJA. Par exemple.
  • Dans la tradition d'Analog, dont le sous-titre est Science-Fiction and Fact, l'une des dernières rubriques est un article de spéculation scientifique. Revenant sur le phénomène Avatar de James Cameron, l'auteur de l'article se penche sur les données à notre disposition quant à l'arrière-plan scientifique du film. Tout passe à sa moulinette : depuis la planétologie de Pandora jusqu'à l'ingénierie ayant présidé à la construction d'un vaisseau spatial permettant d'atteindre la planète des Na'avis. En fait, il n'y manquerait presque rien d'autre qu'une réflexion sur les implications évolutives de l'apparence anthropomorphe des Na'avis... Et me ramène à mon propre article sur la question, ici-même. J'ai beaucoup aimé cet article, parti d'une bonne idée, rempli de réflexions très sensées, se finissant sur un tableau récapitulatif rappelant que Pandora n'est peut-être pas si loin... Eh oui, les rêves de la SF sont presque toujours à notre portée :).
  • Et j'en oublie...
Pour moi, il est clair que Bifrost est une excellente revue, et je m'en veux de ne pas y avoir prêté attention plus tôt (alors que cela fait des années que je la vois sur les rayonnages...). J'ai juste une question à la n00b : j'ai cru comprendre que c'était une revue trimestrielle, c'est bien le cas ? Si vous avez la réponse, merci de m'en faire profiter par un commentaire ici !

En conclusion, j'y reviendrai. Cela m'a même donné envie de présenter Analog. Chose que je ferai lorsque j'aurai lu le numéro d'Avril.

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dimanche 16 mai 2010

Juge Bao, tome 1 : Le Phénix de Jade

Au fil des ans, j'ai développé un goût certain pour les films de sabre chinois. Vous savez... Le genre qui se passe dans l'une des rares civilisations « autres » qui se soit perpétuée sans trop s'altérer jusqu'à notre époque mondialisée... Ce genre de film qui peut se passer à peu près à n'importe quelle époque de l'Histoire de la Chine, depuis Qin Shi Huangdi (le Premier Auguste Empereur, qui d'après certains auteurs aurait eu vent de l'épopée d'Alexandre le Grand et s'en serait inspiré dans son oeuvre d'unification de la Chine) jusqu'aux débuts de la dynastie Qing (du XVIIème siècle de notre ère jusqu'en 1911, année de la proclamation de la Première République chinoise). J'ai découvert ce genre avec Tigres et Dragons (comme pas mal d'Occidentaux, il faut bien le reconnaître). Et j'adore ces duels au sabre poétiques dans des forêts de bambous. J'adore ces poursuites endiablées de toit en toit entre guerriers solitaires et assassins masqués. Les Chinois, tout comme nous, ont des personnages historiques qui ont accédé à l'immortalité au sens que leurs noms, de nos jours, portent encore une réputation. C'est le cas des chefs de guerre et des hommes d'Etat des Trois Royaumes. Mais c'est aussi le cas de certains personnages dont le statut, pourtant, aurait pu laisser à penser qu'ils sont plus insignifiants dans les mémoires.

Résumé :
Sous la dynastie des Song du Nord (contemporaine des premiers Capétiens en Europe), le Juge Bao est un fonctionnaire investi par l'Empereur des pleins pouvoirs pour lutter contre la corruption. Il est accompagné de personnages truculents, tels que son garde du corps Zhan Zhao (combattant redoutable, expert en arts martiaux), son page Bao Xing (adolescent qu'il éduque) et son assistant Gongsun Ce (médecin-légiste et greffier). Ensemble, ils constituent un véritable tribunal itinérant chargé d'éliminer la corruption et les injustices qui minent l'Empire...

La première aventure du Juge Bao le conduit dans une ville ravagée par un incendie deux ans plus tôt. L'Empereur a financé la reconstruction, mais il semble que malgré cette aide, nombre d'habitants aient dû renoncer à leurs logements... Le Juge Bao flaire des malversations qui pourraient impliquer les notables de la ville. Mais dans le même temps, il doit enquêter sur le cas d'un jeune prisonnier qui clame son innocence : on l'accuse d'un meurtre qu'il n'aurait pas commis... Et si les deux affaires étaient liées ? Serait-il possible qu'un homme voulant prendre sa revanche sur la vie puisse en venir à commettre les crimes les plus infâme ?

Le premier tome du Juge Bao est intrigant. Il se lit bien et vite. On a parfois des difficultés avec le dessin qui ne correspond ni aux règles classiques de la BD franco-belges ni à celles du manga (je me considère « rodé » aux deux) : en particulier, j'ai eu parfois un peu de mal à reconnaître les personnages. Mais ce n'est sans doute qu'une question d'habitude. L'ordre de lecture des cases est un peu étonnant aussi, de temps en temps... Est-ce que cela traduirait des erreurs dans le travail d'édition ? Il s'agit d'une oeuvre traduite... Le format aussi est inhabituel, l'album se présente comme un gros calepin. C'est un peu un nouveau domaine à explorer, ce dont je ne peux que me réjouir.

On imagine que l'histoire qui est racontée doit être l'adaptation d'un épisode historique, ou à moitié historique : souvenons-nous juste un instant de l'histoire de Roland pour bien se rappeler que l'on ne prête qu'aux riches... A ce titre, l'enquête du Juge Bao semble fonctionner comme sur des roulettes et l'enquêteur chevronné a toujours, ou presque, un temps d'avance sur les sales types qui ont mis la ville en coupe réglée. On n'a donc pas trop le temps de s'ennuyer jusqu'à la scène finale en forme de happy end (tout de même, cela dépend pour qui) et d'ouverture sur la prochaine aventure...

A lire par curiosité, si vous aimez les films de sabre en costume chinois. En ce qui me concerne, je tâcherai de lire la suite. On verra bien si j'accroche pour de bon.

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vendredi 14 mai 2010

La Trilogie Atlante, tome 1 : Aquatica

Parfois, en explorant les rayons d'une librairie, on tombe sur des livres que l'on aurait peut-être pas songé à lire dans un premier temps. Mais, attiré par la couverture, on finit par les feuilleter. Puis, en les feuilletant, on tombe sur un détail qui peut inciter à s'y intéresser de plus près. Il se peut que l'on hésite, qu'on ne passe pas tout de suite, voire pas du tout à l'étape suivante, c'est-à-dire celle de l'achat ; mais dans certains cas, il arrive que l'on prenne la décision de « laisser sa chance » à un livre. Cela peut conduire à de magnifiques découvertes. Cela m'est arrivé plusieurs fois, avec La Reine de l'Eté de Joan D. Vinge par exemple, qui fut la grande découverte littéraire de mes treize ans (et mes premiers pas dans le genre du space opera). Cela m'est arrivé aussi avec le livre Exoplanète de Martial Caroff dont j'ai déjà parlé ici. L'expérience montre que l'on est bien récompensé en général en « laissant sa chance » à un livre. Mais parfois, on ne l'est pas.

Résumé :
Ily a quelques décennies, l'espèce humaine a livré une guerre sans merci contre les Reens, une espèce d'extraterrestres eusociaux semblables aux fourmis. Les perspectives de victoire pour l'humanité n'étaient pas bonnes, mais les Reens ont décidé soudain, pour des raisons inconnues, d'interrompre le conflit en échange du droit pour eux d'installer des Communautés sur six planètes humaines. Bon gré mal gré, les êtres humains ont dû apprendre à cohabiter avec les extraterrestres. Vingt ans plus tard, Tamara devient gouverneur d'Aquatica, l'un des mondes partagés avec les Reens. C'est une planète océanique magnifique où les cétacés – baleines, dauphins et autres – se sont adaptés à merveille. C'est aussi une planète riche en mystères : plusieurs millions d'années auparavant, des extraterrestres inconnus ont démarré un processus de terraformation et y ont laissé des reliques mystérieuses... Jeune, intelligente et belle, Tamara jette à peine arrivée un pavé dans la mare du pouvoir local. Elle veut favoriser les Atlantes, c'est-à-dire ceux qui vivent à la surface d'Aquatica, plutôt que les Têtes de Lune, c'est-à-dire ceux qui élisent domicile à bord de stations orbitales. Elle perçoit aussi la présence des Reens comme une chance : celle de construire une société nouvelle où les êtres intelligents pourraient s'épauler entre eu malgré leurs différences...

Mais ses projets, bien que généreux, n'attirent pas l'approbation générale. Tandis que certaines factions du pouvoir local complotent contre elle d'une façon de moins en moins couverte, elle se met à faire d'épouvantables cauchemars où elle voit des mondes en flammes, dévorés par des ombres terrifiantes. Que savent les Reens de ses rêves ? Au plus fort de ses doutes, voilà que les cétacés – indispensables à l'équilibre écologique et même économique d'Aquatica – disparaissent soudain, éveillant chez tous les Atlantes les pires inquiétudes. Qu'ont-ils fui ? Ou bien, qu'est-ce qui a pu les attirer loin des êtres humains.

Aquatica est un roman riche en idées au fort potentiel. La société des Reens pour commencer. La découverte d'une civilisation cétacée basée sur le chant vient ensuite. Et puis, bien entendu, le thème de l'Elévation si bien exploité par David Brin dans le roman éponyme, selon lequel l'apparition de l'intelligence sur une planète ne serait dans la plupart des cas pas fortuite, mais liée à l'intervention d'êtres extraterrestres. Mais à partir de ces idées, l'auteure tire un roman que j'ai trouvé désagréable à lire et même ennuyeux par moments. Toute la première partie du livre est consacrée aux déboires politiques et sentimentaux de Tamara pendant sa période en tant que gouverneur d'Aquatica. Cela patine dès le début car on se demande bien pourquoi la jeune femme est hostile a priori à certains de ses subordonnés, agissant parfois un peu comme une petite fille... On se perd presque dans la présentation des personnages au début, car ils sont très nombreux, et n'ont pas de traits psychologiques très marqués permettant de les identifier avec facilité, mis à part Ethan, qui va devenir peu à peu le compagnon de Tamara. Parlons-en un peu... Ancien militaire, capturé par les Reens pendant la guerre, il a oublié ce qu'ils lui ont fait mais il en garde une véritable antipathie pour eux. Homme folâtre qui piétine les sentiments de Tamara (mais elle le lui rend bien). Il est pénible mais pas trop, gentil mais pas trop... Il a un vaisseau spatial dont rien que le nom est tout un programme (Lancelot). Pour faire vite, c'est un avatar de l'archétype du pilote de vaisseau spatial-beau gosse à la cool-tête à claques. Et ce genre de personnage a tendance à m'exaspérer. Ici, l'exaspération joue à plein car il donne l'impression de tout découvrir et de ne rien comprendre. Surtout dans la mesure où lui et Tamara tournent l'un autour de l'autre, et que Tamara elle-même est du genre tête à claques. L'auteure donne l'impression d'avoir voulu décrire une femme libre, ce qui est loin, très loin d'être un crime pour un roman de SF. Ce qui ne va pas, c'est que Tamara n'est pas tant une femme libre qu'une indécise ballottée par les événements et impertinente de surcroît. Mais c'est vrai qu'elle peut se le permettre : elle est gouverneur...

Si la première partie du roman est longue à démarrer, voire même ennuyeuse, la deuxième partie devient presque incompréhensible. Dans le cadre d'une nouvelle guerre interstellaire impliquant de nombreuses races extraterrestres très avancées, Tamara devient par la force des choses un acteur de premier plan. Très vite, on se perd dans le nombre des factions évoquées, à tel point que l'on ne sait plus très bien qui au juste a terraformé Aquatica des millions d'années plus tôt. Le fouillis des noms d'espèces et de factions devient vite inextricable. L'histoire ancienne du conflit est expédiée en moins de deux pages et on n'y comprend mie. Les désastres s'enchaînent jusqu'à l'intervention du gendarme galactique de service et le roman se termine sur une note d'espoir avec la naissance du fils de Tamara et d'Ethan. Parce que la vie est toujours vainqueur.

Ouf.

Je n'ai pas aimé Aquatica. Dans l'absolu, ce n'est pas un bon space-opera. C'est un peu trop bordélique pour en être un. Et puis manque l'enjeu, le « grand schéma » qui en ferait une oeuvre captivante. A la place, on est peu à peu endormi par le jeu de valse-hésitation entre Tamara et Ethan, qui serait juste grotesque si ses conséquences n'étaient pas si graves à l'échelle galactique. Les concepts sont définis puis utilisés dans l'instant ou presque, ce qui veut dire que l'on n'a pas le temps de les intégrer avant de les voir fonctionner : ils en perdent une bonne partie de leur crédibilité... La déception, à la fin, est colossale : on n'y croit pas et on finit par vouloir laisser tomber ce livre vers la deux centième page, alors qu'il en compte pas loin de cinq cents...

Aquatica est le premier tome d'une trilogie. Après avoir « donné sa chance » au premier, je me passerai des suivants.Share/BookmarkWikio Voter !

mercredi 12 mai 2010

Participation à une lecture commune / Récolte du 12 Mai 2010

Je vais participer à ma première Lecture Commune : d'ici le 25 Juin, je vais lire le recueil de nouvelles Axiomatique de Greg Egan et en produire une critique, ce que d'autres blogueurs vont faire aussi. Voici leurs noms : Lelf, LadyScar (initiatrice de la lecture commune), Valunivers, Isleene et Charmante Lova. J'espère que d'autres personnes n'hésiteront pas à se lancer dans l'aventure.



Je profite de l'occasion pour signaler la petite récolte que voici...
Il est temps pour moi de me lancer dans la célèbre revue Bifrost dont je n'entends dire que du bien ici ou là. Si je suis convaincu (et je ne demande qu'à l'être !) il est fort possible que j'y revienne... Au passage, le blog Bifrost | Le Bélial fait désormais partie des favoris de la Grande Bibliothèque.
Un petit Ayerdhal pour faire bien là-dessus : Mytale, qui semble s'inscrire dans l'univers de la Fédération Homéocrate où l'auteur lyonnais m'a déjà fait voyager avec tant de bonheur. Mais cette fois-ci, ça sera sous la forme d'un roman et non plus d'une grosse nouvelle...





Bon, à présent il faudrait que je me remette à Aquatica, que j'aimerais pouvoir terminer d'ici demain pour en produire la critique et passer à autre chose...Share/Bookmarkhttp://www.wikio.fr Voter !

mardi 11 mai 2010

Millenium 2 : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette / Millenium 3 : La reine du palais des courants d'air

Cela fait un moment que j'ai terminé ces deux livres et que je remets chaque jour à plus tard la critique prévue. Ce n'était pas simple, de toute évidence, car si ces deux livres, les deux derniers de la trilogie, sont dans la continuité narrative du premier, ils présentent avec lui une différence fondamentale, à savoir qu'ils réalisent une véritable unité narrative. Là où Les hommes qui n'aimaient pas les femmes pouvait très bien se lire seul voire même après les deux autres, il m'apparaît difficile de lire La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette sans lire La reine du palais des courants d'air après, ou de faire le contraire, car il est clair qu'il s'agit en réalité d'un seul et même roman divisé en deux fragments complémentaires.
Je me suis donc demandé s'il convenait de faire deux articles différents avant de vite écarter cette possibilité, car l'intrigue de La fille... ne se conclut en fait pas à la fin du volume. Il m'a paru plus judicieux de faire un seul article pour les deux romans. Ce qui nécessite un peu plus de réflexion pour en produire un résumé cohérent...

Résumé :
Lisbeth Salander, hacker de génie, est désormais à la tête d'une véritable fortune volée au financier véreux Wennerström. Sa récente aventure avec Mikael Blomkvist a permis de sauver la revue Millenium. Mais Lisbeth a de la peine à vivre les relations sociales d'une façon décontractée. A la grande surprise de Mikael, Lisbeth semble couper les ponts et se met au vert loin de Stockholm, prenant de longues vacances qui vont lui permettre de changer, un peu dans sa tête, et beaucoup dans son corps. Pendant ce temps, l'équipe de Millenium planche sur un nouveau sujet poignant : le trafic de femmes qui alimentent les réseaux de prostitution entre la Suède et les pays de l'Est. Un nouveau collaborateur apporte en effet des informations accablantes qui risquent d'éclabousser beaucoup de monde. Mais dans sa quête, ce journaliste tombe sur le nom d'un personnage mystérieux. Qui est ce "Zala" qui semble superviser bien des activités illégales en Suède ? Revenue à Stockholm, Lisbeth Salander découvre, en fouillant l'ordinateur de Mikael Blomkvist, les épreuves du livre écrit par le nouveau collaborateur de Millenium et le nom de "Zala" semble éveiller chez elle des souvenirs désagréables au point qu'elle décide de rencontrer l'auteur de l'enquête. Mais voilà qu'il se fait assassiner avec sa femme peu de temps après avoir reçu Lisbeth... Laquelle se trouve bientôt accusée de meurtre. Pour comprendre ce qui s'est passé, Mikael devra rétablir le contact avec son amie si changeante. Il devra mener à son terme l'enquête du journaliste assassiné, ce qui veut dire trouver qui est "Zala". D'autres personnes semblent détenir une partie de la vérité : quelle est l'implication du tuteur de Lisbeth, le pervers Nils Bjurman, dans l'affaire "Zala" ? Qui est l'homme si grand qui semble réaliser les basses-oeuvres de "Zala" ? Et pourquoi les informations relatives à l'enfermement de Lisbeth en hôpital psychiatrique lorsqu'elle était adolescente sont-elles classées secret-défense ?

Ce qui est surprenant avec la série Millenium, c'est qu'elle est à la fois très prenante et pourtant décevante. Elle est très prenante au sens que l'on veut connaître le destin des personnages, parce qu'ils sont malgré tout attachants. Et décevante, parce que d'une part la surprise liée à la découverte des personnages dans le premier volume se dissipe voire même tourne au procédé, mais d'autre part aussi parce que l'intrigue semble un peu trop "ficelée". On est ici en présence, au départ, d'une affaire mafieuse "banale", à savoir le trafic de femmes, où les gêneurs sont intimidés voire éliminés. Puis cela tourne, dans la deuxième moitié de La fille..., à une intrigue non plus policière mais d'espionnage, permettant de connaître les origines de Lisbeth Salander. A la fin, cela prend un tour politique et judiciaire, car Mikael Blomkvist et ses alliés ne font rien moins que mettre au jour un énorme scandale politique, en démasquant un groupe de barbouzes agissant hors de tout contrôle au coeur même du pouvoir suédois.

L'intention de Stieg Larsson est manifeste. Après avoir dénoncé les excès du capitalisme, il s'en prend à présent à ceux de la raison d'Etat. Et la croisade de Mikael Blomkvist est loin d'être inintéressante à suivre. Surtout dans un pays comme le nôtre, qui a connu son lot de barbouzeries. En toile de fond, reste encore et toujours l'inquiétude quant au sort fait aux femmes, qui sont - pour les hommes dénoncés par Stieg Larsson - de simples pions, dont le sort est sans importance, dans les affaires "sérieuses" - comprenez : la politique de l'ombre et l'économie. Un tel discours est fort louable. Mais, parce qu'il y a un mais, il est servi par une langue et un discours fictionnel qui ne sont peut-être pas tout à fait à la hauteur de l'enjeu, lequel est tout de même de taille puisqu'il s'agit de la violence historique faite aux femmes.

L'intrigue globale des deux derniers tomes de Millenium, comme le premier, ne semble pas conçue pour être déduite au fur et à mesure par le lecteur. C'est dommage, parce que les révélations apparaissent alors comme autant de dei ex machina parfois un peu durs à digérer. Certains personnages dont l'importance est pourtant capitale apparaissent et disparaissent presque aussitôt après avoir rempli leur rôle. Une fois, c'est acceptable, mais deux fois, et à chaque fois pour un personnage jouant un rôle capital, c'est plus gênant et cela fait penser à un procédé. Il est dommage, aussi, que les méchants de l'histoire fassent dans le "cumul des mandats". Les barbouzes sont des fanatiques ET travaillent avec la mafia locale. Le psychiatre responsable de l'internement de Lisbeth est un charlatan carriériste ET un pervers sexuel. A l'autre extrémité du spectre, les gentils cumulent eux aussi les mandats. La nouvelle copine de Mikael Blomkvist est un flic intègre ET une femme libre ET une culturiste capable de venir à bout de n'importe quel mec. C'est oublier que, dans la vie, rien ni personne n'est en noir ou en blanc et qu'en réalité, nous sommes tous en nuances de gris. Et Lisbeth, ah ! Lisbeth... Qui est somme toute l'argument et l'enjeu de ces deux livres, mais qui est pourtant d'une très étrange ambiguïté. Ses motivations, bien entendu, sont on ne peut plus correctes. Mais ses méthodes ne le sont pas toujours, quant à elles. Surtout à la fin. Qu'il soit bien clair que je n'ai aucun a priori contre les personnages amoraux. Mais je trouve un peu gonflé de laisser gagner un procès en moralité à un personnage amoral.

La série des Millenium est donc un peu étrange. Il est difficile de la laisser tomber lorsque l'on est dedans mais on se demande, une fois que la dernière page en est tournée, pourquoi au juste on est resté captivé ainsi... Est-ce parce que Stieg Larsson est parvenu, à partir d'éléments sans rapports apparents, à construire une fiction entraînante malgré tout ? Est-ce parce que le propos reste néanmoins assez novateur à notre époque ? Difficile de dire. Il y a donc bel et bien, quelque part, un "phénomène" Millenium.
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vendredi 7 mai 2010

La Nébuleuse d'Andromède

Si l'âge d'or de la SF telle qu'on la connaît de nos jours est, sans conteste, lié au contexte sociopolitique des Etats-Unis des années 30 à 50, on ne devrait pas négliger pour autant l'apport d'autres pays et d'autres époques. Voire même, disons-le sans fard : d'autres cultures. Ivan Efremov est un homme de sciences (paléontologue et géologue) soviétique. Il a écrit un certain nombre de romans de fiction dont une partie constitue un "cycle" où il esquisse - comme l'ont fait Isaac Asimov mais aussi Robert Heinlein - une "Histoire du Futur". Décédé au milieu des années 1970, il n'a pas connu les moments finaux de l'Univon Soviétique et sa littérature, par conséquent, constitue un véritable témoignage de l'état d'esprit des auteurs populaires de l'Est dans les années 1960. La Nébuleuse d'Andromède, paru en 1957, est l'ouverture de ce "cycle".
Résumé :
Dans un passé indéterminé, la faillite terminale du capitalisme a déclenché la phase finale d'un âge de ténèbres. Dans les décombres du désastre écologique, la civilisation a dû s'orienter vers l'ultime recours, à savoir, l'instauration d'une société communiste. Quelques siècles, ou millénaires plus tard, la Terre est à nouveau habitable et l'être humain a connu, enfin, une évolution intellectuelle et psychologique permettant de dire que l'espèce humaine est désormais adulte. Une société des loisirs est née, où les biens et le travail sont partagés sans discrimination. L'exploration spatiale et la science constituent l'un des principaux centres d'intérêt : depuis quelques siècles, la Terre fait en effet partie du Grand Anneau, un réseau de communications interstellaires établi entre différentes espèces intelligentes qui échangent ainsi leurs découvertes scientifiques. Certains êtres humains, les plus aventureux, montent à bord des vaisseaux que la Terre envoie vers les étoiles, dans des expéditions vers des mondes lointains et magnifiques. La dernière expédition en date est celle de la Tantra, dont l'équipage sait que tous les vaisseaux ne rentrent pas sur Terre : le souvenir de l'expédition vers Véga, celle de la Voile, perdue sur le chemin du retour, est dans toutes les mémoires. La Tantra ne va pourtant pas si loin : elle est chargée d'établir la première ambassade humaine sur la planète Zirda, l'une des voisines les plus proches de la Terre parmi les civilisations amies du Grand Anneau... Pendant ce temps, sur Terre, les spécialistes décryptent un message venu de l'espace depuis une nouvelle civilisation extraterrestre : ces êtres partagent avec l'espèce humaine une proximité si forte que les émotions charriées par leurs messages sont intelligibles... Mais ils sont loin, trop loin pour être encore accessibles par les vaisseaux de la Terre. Plus que jamais, le public attend la venue de l'ère des mouvements instantanés dans l'espace, qui ouvrira pour de bon la porte des étoiles à l'espèce humaine. Mais l'espace, la Terre et même l'âme humaine recèlent des dangers méconnus - dont certains, peut-être, viennent des âges barbares de l'Humanité...
L'ambition d'Ivan Efremov est de décrire une société communiste compréhensible et convaincante. L'histoire racontée se divise un peu en deux fils narratifs différents : d'une part, les péripéties de l'équipage de la Tantra (parce que tout ne va pas se passer comme prévu) en particulier lorsque leur vaisseau se trouve en perdition dans un système stellaire "noir" ; et d'autre part, la quête philosophique et scientifique vers la compréhension de civilisations très différentes (extraterrestres, bien sûr, mais aussi celles du passé perdu de l'espèce humaine).

L'oeuvre n'a pourtant rien d'un hymne de propagande pour le système soviétique de la fin des années 1950. La critique n'est alors pas encore possible mais, à mots couverts, l'auteur énonce sa pensée avec clarté : l'Union Soviétique n'est pas l'embryon de la société communiste des temps futurs. Elle n'en est pas même une préfiguration. Ivan Efremov écrit en effet que les quelques sociétés non-capitalistes apparues pendant les années de chaos furent elles aussi emportées par l'Histoire. En d'autres termes, il signifie son désaccord avec l'ère stalinienne et la période de critiques plus ou moins convaincues qui l'ont suivie. Car Ivan Efremov est un humaniste, et La Nébuleuse d'Andromède est une oeuvre positiviste ! Le futur lui apparaît bouché, mais après le futur immédiat viennent les lendemains qui chantent. Lecteur de Jules Verne, amateur d'histoires d'explorateurs, Ivan Efremov est somme toute optimiste quant à l'avenir lointain. Dans son univers, et pour ses personnages, la solution de l'énigme est en réalité moins importante que la résolution de l'énigme - car dans la recherche de la résolution, l'être humain progresse lui-même... A ce titre, la fin du livre peut apparaître frustrante - car on ne saura presque rien du mystérieux vaisseau découvert sur la planète noire... sinon qu'il vient sans doute de la nébuleuse d'Andromède - alors qu'en fait, elle incite à entrer dans l'état d'esprit des êtres du futur dont nous avons lu les aventures.

Les deux suites de La Nébuleuse d'Andromède, à savoir une nouvelle (Cor Serpentis, ou La Flamme au Coeur du Serpent pour le titre français) et un roman (L'Heure du Taureau) sont pour ainsi dire introuvables en France et j'ai eu quelques difficultés à trouver un texte anglais pour le premier ainsi qu'un exemplaire de la seule édition française du deuxième. C'est un scandale que les oeuvres d'un auteur aussi important (La Nébuleuse d'Andromède a rencontré un succès critique et populaire considérable en Union Soviétique) soient si peu disponibles en français. J'escompte bien, après avoir relu Cor Serpentis et m'être remis à L'Heure du Taureau, apporter ma brique dans l'édifice de la redécouverte d'Ivan Efremov. Slava Efremovou !Share/Bookmarkhttp://www.wikio.fr Voter !

jeudi 6 mai 2010

Ce blog est désormais carbone-neutre

carbon neutral coupons and shopping with kaufDA.de Voilà un titre qui respire un peu la SF, mais pourtant, ce n'est pas du tout de SF dont il s'agit.

Saviez-vous que les blogs consomment de l'énergie ? Eh oui : on a tendance à l'oublier, mais les serveurs informatiques sont des machines thermiques devant consommer de l'électricité pour fonctionner. Les blogs étant disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, la consommation électrique d'un blog n'est pas négligeable.

La tonne équivalent pétrole (TEP) constitue l'une des unités de mesure des besoins énergétiques. L'électricité que nous consommons semble être une énergie non-polluante : c'est oublier que, dans certains cas, il a fallu la produire à partir de combustibles fossiles. Par exemple du charbon. En d'autres termes, chaque kilowatt-heure consommé représente - lui aussi - une certaine quantité de dioxyde de carbone, gaz à effet de serre, émis dans l'atmosphère. Ce qui contribue au réchauffement climatique bien réel - n'en déplaise à un ancien ministre de l'Education Nationale.

Le projet Carbon Neutral propose de recenser les blos "amis" et de planter un arbre pour chacun d'entre eux. La logique est la suivante : les arbres, capables de réaliser l'autotrophie au carbone, stockent du dioxyde de carbone pour réaliser leur croissance. Les responsables du projet ont calculé qu'un arbre "équilibre", au fil de sa croissance, les émissions de carbone d'un seul blog. En d'autres termes, si l'on plante un arbre, on éponge la pollution liée au blog.

La pratique des "puits de carbone" est critiquable pour bien des raisons car elle ne tient pas compte d'autres polluants atmosphériques ou non (les composants électroniques recèlent des matériaux très polluants), mais aussi parce que le carbone stocké dans la cellulose de l'arbre finira bien, tôt ou tard, par se retrouver dans l'air (lorsque le bois de l'arbre sera brûlé, par exemple). Néanmoins, le reboisement est loin d'être une pratique critiquable, quant à lui. Et c'est à ce titre que la Grande Bibliothèque soutient cette initiative.Share/Bookmarkhttp://www.wikio.fr Voter !

mercredi 5 mai 2010

Kick-Ass

Le genre "film de super-héros" fait-il partie de la SF ? J'ai envie de dire que oui. Par définition, le super-héros est un type aux talents pas ordinaires, que l'on ne rencontre pas dans la vie de tous les jours. Après, lesdits talents peuvent être liés à des gadgets ou à des pouvoirs paranormaux, mais peu importe : le personnage se trouve, d'une façon ou d'une autre, sur la frontière (voire même parfois au-delà) entre l'humain et le surhumain... Mais que dire, alors, d'un film où le personnage principal joue au super-héros, et finit par en devenir un à force de réaliser des exploits ? Ben oui, c'est aussi de la SF, mais pour des raisons si tordues que ça doit être bien d'autres choses en même temps.

Résumé :
Dave est un teenager aussi normal que peut l'être un adolescent américain de son âge vivant à notre époque. Obsédé par les seins de sa prof de lettres, sources de fantasmes érotiques inépuisables. Incapable de parler aux filles, celles de son âge. Foireux devant les caïds qui le rackettent. Et l'esprit pourri par les comics de super-héros. Mais ce brave benêt a bon fond : il aimerait bien que les gens veillent les uns sur les autres, tout comme les super-héros de ses chers comics veillent sur des villes décadentes où ils défendent la veuve et l'orphelin. Il décide un jour de franchir le pas et devient Kick-Ass, le premier super-héros du monde réel, chargé de défendre le bon droit dissimulé derrière son costume (une combinaison de plongée vert et jaune) à l'aide de ses armes redoutables (une puis deux matraques, avec un taser pour les coups durs). Sa première mission manque de très mal se terminer mais ne le détourne pas de sa vocation : quelques mois d'hôpital plus tard, il parvient à empêcher une agression sous le regard de plusieurs témoins. C'est le début de la célébrité pour Kick-Ass... Mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il existe d'autres super-héros en ville. Un duo bien allumé constitué d'un ancien policier allié à sa fille âgée de onze ans, Big Daddy et Hit Girl, poursuit une vendetta personnelle et très discrète contre le parrain de la mafia locale, en massacrant ses hommes de main et en lui soustrayant des valises d'argent sale. Croyant tenir avec Kick-Ass le responsable de ses derniers échecs, le chef de la pègre n'a plus qu'une idée en tête : s'en débarrasser le plus vite possible...

Disons-le tout de suite, Kick-Ass ne fait pas dans la dentelle. Certaines scènes sont d'une rare violence. Surtout lorsque l'on considère le fait que c'est une petite fille qui est responsable de la plupart du déluge d'hémoglobine. La violence est très graphique (du genre : tu la sens ta jambe en moins ? dis, tu la sens ?) ce qui, d'une façon assez paradoxale, contribue à la décrédibiliser : plus on en voit et plus ça devient du comique gore. Car Kick-Ass est avant tout un film hilarant. Cela ne se prend pas au sérieux un seul instant et on rit du début jusqu'à la fin des ennuis de Dave qui parvient à se jeter dans des situations impossibles plus vite que la merde attire les mouches.

Le bon de l'affaire est que le film propose une véritable variété de personnages autour de Dave/Kick-Ass. Il y a tout d'abord le duo Big Daddy/Hit Girl : plus déjantés qu'eux, tu meurs, et leur relation d'affection toute entière orientée vers leur projet de vengeance est d'une cinglerie telle qu'on ne peut qu'en rire : le papa, tout de même, a transformé sa petite fille en véritable machine à tuer, lui offre des couteaux papillons pour son anniversaire et leur chaleureux logis est un véritable arsenal, que même dans une caserne il n'y a pas autant de munitions au mètre carré. Il y a aussi le gros méchant, parrain du crime organisé, spécialiste des arts martiaux, soutenu par une armée de tueurs à sang froid, allié à un flic corrompu et pourvu d'un fils tout aussi tordu que lui. Et Dave, dans cette histoire, parvient néanmoins à tirer son épingle du jeu et à exister, car c'est bel et bien lui le héros : c'est là toute la réussite du film, qui, en se concentrant un peu trop sur le personnage très charismatique de Hit Girl, par exemple, n'aurait jamais été qu'un navet comme on en voit trop.

Kick-Ass, c'est un film qui répond à de nombreux critères du film de super-héros. C'est de la SF déjantée. C'est une comédie gore. C'est violent, délirant, survolté, parfois émouvant, toujours ironique et con à souhait. En quelques mots, c'est un film jubilatoire, et à ce titre indispensable. Il paraît qu'une suite est prévue : c'est sûr que j'irai, dans l'espoir que ça soit encore mieux. Mais ça sera difficile.

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