jeudi 31 mai 2012

La vérité se trouve au fond du microscope - Mai 2012

En cette fin de mois de Mai, voici le retour de ma rubrique de microscopie, elle aussi en retard, avec une particularité : ayant égaré mon appareil photo numérique, je ne suis pas en mesure de réaliser moi-même l'image que j'avais l'intention de présenter aujourd'hui. Je me vois donc dans l'obligation de rechercher un document de secours sur Wikimedia commons. L'auteur de cette image est Netha Hussain que je remercie donc d'avoir mis cette image à disposition selon la licence Creative Commons.
Une veine est un vaisseau sanguin chargé de ramener le sang au coeur. A ce titre, la majeure partie des veines du corps humain contiennent du sang riche en dioxyde de carbone, ce qui explique pourquoi pas mal de gens pensent que les veines ne contiennent jamais de sang riche en dioxygène. Bien entendu, c'est faux : les veines pulmonaires, qui transportent le sang depuis les poumons vers le coeur, sont au contraire chargées de sang riche en dioxygène.

Une veine se distingue d'une artère (un vaisseau chargé de transporter le sang sortant du coeur et allant vers un organe, si vous avez bien suivi) par sa rigidité. Les artères transportent du sang mis sous pression par l'activité cardiaque alors qu'avec l'éloignement au coeur, les veines transportent du sang sous une pression inférieure. Elles sont donc plus souples que les artères et peuvent contenir des valves qui favorisent le retour sanguin...

mercredi 30 mai 2012

Les goûts musicaux c'est pas évident - Mai 2012

D'une façon assez tardive, en ce mois de Mai, voici ma chronique musicale avec un titre issu d'un jeu vidéo dunien... Un élément de la bande son de Emperor : Battle for Dune, le dernier sorti de la franchise ouverte par le génial Dune 2.

Et donc, sur Arrakis, la guerre commence...
Bande son Atréides : The War begins.

jeudi 24 mai 2012

Flashback

Lors de la rencontre avec Georges Panchard, il a été question à un moment de ce livre du célèbre Dan Simmons (Les Cantos d'Hypérion et la dilogie Ilium/Olympos, entre autres). Je ne l'avais pas encore lu mais je prévoyais d'ores et déjà de me pencher dessus... C'est à présent chose faite.
Résumé :
Nick Bottom est une épave, un ex-flic viré de la police à cause de son addiction au flashback, une drogue permettant de revivre à l'identique les souvenirs de son choix. La plupart des Américains se changent peu à peu en épaves, eux aussi : en 2035, les Etats-Unis se disloquent tout comme le monde et de plus en plus de gens préfèrent leurs souvenirs à la dégradation qui les entoure : au Sud, le Nuevo Mexico a entrepris la reconquista et lorgne sur la Californie ; au Nord, le Canada subit peu à peu le sort des pays d'Europe et sombre aux mains du Califat Global. Nick Bottom est un jour convoqué par un magnat japonais, l'un des réels détenteurs du pouvoir dans son univers défaillant : six ans plus tôt, il a déjà enquêté sur le mystérieux assassinat de son fils et, l'enquête n'ayant toujours pas abouti, Nakamura veut qu'il résolve l'énigme, à l'aide du flashback s'il le faut... A la clé, une somme considérable, qui lui permettra de passer le reste de ses jours ou presque dans un flashodrome, à revivre à jamais les moments de bonheur qu'il a vécus avant le décès de sa femme Dara. Nick ne le sait pas encore, mais cette proposition qu'il ne peut refuser pourrait bien l'amener à changer son monde...
En 2001, au début du cycle des années gâchées dont nous commençons, peut-être, à nous extraire, j'ai entendu parler pour la première fois du "choc des civilisations" de Sam Huntington. L'expression avait alors acquis une nouvelle actualité ainsi qu'un certain parfum de soufre. Ici, Dan Simmons imagine un futur où le "choc des civilisations" est en train d'avoir lieu. Dans cette année 2035, l'Occident est en train de faire défaut, ruiné par la crise économique, un temps dépassé par le come-back de la Russie de Poutine, mais depuis quelques temps à la remorque du Japon en pleine involution vers le shogunat. L'adversaire principal, pour ne pas dire l'ennemi, c'est pourtant ce fameux "Califat Global" centré sur Téhéran et qui dispose, dans ce futur peu reluisant, d'un colossal arsenal nucléaire. Pendant que les G.I.'s, devenus des mercenaires à la solde du Japon et de l'Inde, meurent sur les champs de bataille d'une Chine que Simmons décrit au détour d'une page comme déchirée entre les seigneurs de la guerre, les wetbacks ont passé le Rio Grande. Par millions. En fait, ce qu'il subsiste des Etats-Unis "d'avant", c'est la République du Texas redevenue indépendante et qui trie avec soin les réfugiés venus des autres Etats de l'Union décomposée.

Une hypothèse science-fictive ne vaut a priori ni plus, ni moins qu'une autre - dans la mesure où elle permet à l'auteur d'écrire un bon livre : songez à Rêve de Fer, de Norman Spinrad... Il convient donc de lire Flashback en laissant sa chance à cette hypothèse pour se demander, ensuite, si ce livre est un bon livre. On se rend compte, après lecture, que Flashback est un véritable page-turner, tout à fait conforme à ce que l'on connaît par ailleurs du talent de Dan Simmons pour associer des idées fort différentes : Shakespeare, cyberpunk, et bien sûr culture américaine avec les citations de moult films hollywoodiens (j'ignorais, au passage, que Mad Max est australien) et l'inévitable road-movie sur des autoroutes morcelées. Non, deux road-movies, en fait. Une culture américaine qui périclite dans le flashback, cette drogue qui constitue l'épine dorsale du roman jusque dans son titre... Des éléments, des événements, qui semblent tout droit sortis du passé des Cantos d'Hypérion... Un livre qui surprend. Jusqu'au bout.

A la sortie de cette lecture, si je suis assez satisfait, je reste quelque peu dubitatif. Cet acharnement des Américains à imaginer la ruine de leurs chères institutions m'apparaît presque pathologique : j'y vois le travers d'une culture jeune qui n'a jamais connu de bouleversement politique majeur depuis 1776, la Guerre de Sécession n'ayant été - du point de vue politique et juridique - qu'une opération de police... Alors que dans le même temps notre pays, la France, a connu quant à lui pas moins de dix régimes (si je compte bien) et deux occupations étrangères... Le flashback, drogue en vogue dans le futur délabré d'un pays qui n'a pas d'Histoire : c'est osé. A ce titre, la fin du livre, ambiguë et inquiétante, n'est pas sans faire questionner sur la nature du réel - avec une efficacité bien plus grande que les artifices de Dick. Et tant pis pour les considérations d'ordre socio-politiques émaillant Flashback : somme toute, on peut les prendre pour ce que je pense qu'elles sont, à savoir, des hypothèses science-fictives...

Lire aussi les avis de Guillaume et de Gromovar.

lundi 21 mai 2012

Le Trône de Fer tome 1

De Georges R. R. Martin j'ai déjà lu Le Volcryn, il y a quelques mois de cela. Cet auteur est connu surtout pour sa fameuse série fantasy Le Trône de Fer dont tout le monde parle (l'ami Gromovar, dont le blog vient de fêter son cinquième anniversaire, la qualifie d'Everest !). Et donc, après plusieurs mois où mes lectures ont été plutôt tranquilles et peu abondantes, je me suis laissé tenter par le premier tome de l'intégrale qui me faisait de l'oeil dans ma PàL. Histoire de démontrer que je ne crains pas les séries tentaculaires. J'ai cependant choisi de chroniquer chacun des livres un par un... d'où le choix de cette image en guise d'illustration !
Résumé :
A Winterfell, Eddard Stark est le seigneur du château. Il gouverne la province la plus nordique du Royaume des Sept Couronnes, celle où se trouve la seule frontière du continent, le Mur érigé des millénaires plus tôt et qui garde les terres humaines contre le froid et le mal qui les ont envahies dans un passé si ancien qu'il est devenu presque mythique. Lord Stark est l'ami du Roi, Robert Baratheon, qui a pu jadis évincer l'ancienne dynastie des Targaryen. Or, le Roi se présente à Winterfell : il requiert de son vieil ami qu'il devienne sa Main, pour remplacer Jon Arryn, mort dans des circonstances mystérieuses. Eddard répugne à quitter sa froide province pour la chaude mais dangereuse ville de Port-Réal, où la famille de la Reine, les Lannister, place peu à peu ses pions afin de parachever sa conquête du pouvoir... Pourtant, le Destin va le contraindre à diviser sa famille. La famille Stark pourra-t-elle survivre aux machinations des Lannister alors que sur le continent oriental, les derniers descendants de la famille Targaryen sont sur le points de s'allier avec un redoutable clan nomade, espérant ainsi revenir en force pour solder les comptes de la guerre civile ?
La fantasy est parfois (souvent ?) présentée comme un genre littéraire où les auteurs abusent d'un bestiaire fabuleux et de magie pour dissimuler des intrigues défaillantes voire insuffisantes. Tout le monde n'est pas J. R. R. Tolkien, en la matière, qui a su produire un imaginaire plutôt cohérent qui, pourtant, ne prend pas le pas sur une intrigue logique même si assez linéaire et, reconnaissons-le, banale... Ici, on est jetés dans un monde qui n'est pas le nôtre. La géographie de cette planète, illustrée par une carte finale, confirme ce que les évocations historiques laissent assez tôt supposer : on est ailleurs, au sens propre du terme. On est dans un monde où il y a (eu ?) des créatures fantastiques et de la magie, mais depuis très longtemps (des siècles voire des milliers d'années), il n'y a plus que de simples êtres humains et des légendes. Seules preuves tangibles de ce que, jadis, le monde avait un autre visage : la présence des "barrals", ces arbres taillés par un peuple non-humain à présent éteint... et surtout le fameux Mur au-delà duquel sont relégués des monstres. Il n'est pas anodin qu'après avoir fait visiter l'au-delà de ce Mur dans une préface, l'auteur s'en éloigne aussitôt... Le sujet de ce livre, ce n'est pas la dimension fantastique inhérente à la fantasy mais c'est bel et bien une intrigue plus politique.

Raconter une histoire dans un contexte féodal en se concentrant sur les personnages d'aristocrates, c'est une façon de parler en effet de politique. Depuis des milliers d'années, les gens de ce monde vivent en effet dans un système féodal qui tend peu à peu vers l'unité. Le Royaume des Sept Couronnes est en effet l'association (précaire ?) d'anciens royaumes à présent devenus provinces. Le Trône de Fer en est le siège du pouvoir. Un pouvoir qui est très disputé : la précédente dynastie royale, presque exterminée, cherche à reconquérir ce qu'elle considère comme sa propriété... alors que dans l'ombre la famille des Lannister complote peut-être la déchéance du Roi Baratheon. Les relations délicates entre les cinq grandes familles décident alors de la politique du Royaume, le plus souvent par l'intrigue.

Dans cet univers familier mais hostile, une figure se dégage, au-dessus des autres, bien qu'il soit manifeste qu'elle n'est pas le personnage principal : il s'agit d'Eddard Stark, lequel m'a très vite fait penser au Duc Leto dans Dune. La parenté entre les deux personnages ne se limite pas à leur rang aristocratique : tous deux représentent une certaine idée de l'honneur et de la loyauté, Eddard Stark semblant à même d'attirer la fidélité de la même façon que le Duc. Quant à leurs ennemis, les Harkonnen pour l'un et les Lannister pour l'autre, ils semblent partager une même façon de dissimuler sous l'or leur pourriture intérieure - sans pour autant parvenir à empêcher leur odeur de se répandre autour d'eux.

Inutile de dire que je pense me lancer dans la suite dans fort peu de temps...

dimanche 20 mai 2012

Dossier A tome 12

Dossier A, la série manga fondée sur le mythe atlante, vient de connaître une nouvelle parution à travers ce douzième tome.
Résumé :
Iriya, qui a manqué de peu l'élimination, récupère peu à peu de ses émotions dans une tombe berbère au Maroc et réapprend à se déplacer sans canne. Et ça tombe bien, car une nouvelle piste l'envoie de l'autre côté de l'Atlantique, à la recherche des traces laissées par le prétendu "journal de Schliemann". Une piste qui met sur son chemin deux nouveaux personnages, un prêtre alcoolique et un vieil homme qui s'est fait une spécialité de grimper sur les pyramides mayas... Le prêtre montre que le Vatican, peut-être, cherche à s'opposer à l'organisation du "vieux de la montagne". L'autre, après bien des années à chercher l'Atlantide au Yucatan, a compris que c'est tout compte fait de l'autre côté de l'océan que se trouve la civilisation perdue... Aux Îles Canaries, connues depuis la plus ancienne Antiquité, riches des traces d'une civilisation métissée mais pourtant secrètes. La quête atlante s'approche-t-elle de son terme ?
Le titre de cet album laisse imaginer que pour la première fois, Iriya pourrait localiser l'Atlantide. Comme souvent avec cette série, au terme de la lecture cet espoir est déçu :  même si la quête progresse, on sort de l'album sans trop de certitudes, hormis bien sûr celle qui permet d'écarter une bonne fois pour toutes l'hypothèse américaine. Les auteurs nous pointent du doigt les Îles Canaries et, vu que le manga touche bientôt à sa fin, il est permis de penser - à moins d'une surprise de dernière minute - que l'Atlantide se trouve là-bas. Un emplacement qui, même s'il n'est pas méditerranéen, permettrait d'expliquer les indices trouvés sur les rives de la Méditerranée par Iriya tout au long de la série. Reste à résoudre une énigme de taille : les dates ! Pour un archéologue (et un antiquaire), Iriya me semble en effet se préoccuper assez peu de datation.

C'est là que l'on rejoint mon cheval de bataille dans cette histoire : le héros de cette aventure, tout archéologue qu'il est (même déconsidéré par la profession suite à un planté magistral dans son passé), ne se préoccupe jamais de synthétiser ses découvertes. Il fonctionne au petit bonheur de ses aventures, au feeling, à la cool en fait, alors qu'il a des assassins à ses trousses. En face de lui, depuis quelques épisodes, on lui oppose un archéologue établi avec lequel Iriya possède une relation d'attirance-répulsion (Iriya faisant l'attirance et l'autre la répulsion...). Tout est fait, dans le schéma développé par les auteurs, pour que ce personnage nous apparaisse comme antipathique : il est cassant, imbu de sa personne et il n'hésite pas à envoyer Iriya sur des fausses pistes pour "tester" ses capacités d'archéologue. Pourtant, des deux, c'est lui qui dispose de la rigueur nécessaire à la quête entreprise. A faire avancer Iriya par une succession de coups de sort (pour ne pas dire dei ex machina successifs) on donne une bien mauvaise image de l'archéologie et de la science en général.

On appelle ça la licence fictionnelle, diront certains... Ce détail étant écarté, il n'empêche que l'album remplit le contrat sans trop de difficultés. L'intrigue est assez palpitante et l'on attend volontiers de voir où la méthode à la cool d'Iriya va l'emmener la prochaine fois. Et surtout, quel fil directeur il va pouvoir tirer de tout son fouillis d'indices...

jeudi 17 mai 2012

Moonrise Kingdom

La bande-annonce de ce film, repérée il y a quelques semaines, m'avait laissé à penser qu'il s'agit d'une oeuvre tout à fait décalée, voire même peut-être déjantée... Je m'y suis donc précipité le jour même de la sortie.
Résumé :
Une île au large des côtes de la Nouvelle-Angleterre, à la fin de l'Eté 1965. Au camp Ivanhoé, un scout s'est fait la malle : le jeune Sam, très peu populaire dans la petite troupe des scouts kaki dirigée par Ward, a préparé sa fugue avec le plus grand soin. A l'autre bout de l'île, Suzy, jeune fille "à problèmes" qui déteste sa famille, a fait ses valises et s'enfuit dans la nature. Ce que personne ne sait, c'est que les deux jeunes adolescents se connaissent et s'échangent depuis près d'un an une correspondance passionnée. Alors que s'annonce la tempête du siècle, qui, de Ward, du policier Sharp, de la petite troupe de scouts et des services sociaux, pourra remettre la main sur Sam et Suzy en premier ?
Comme souvent avec les films qui me convainquent, il y a ici une image très particulière, en tons chauds et et francs qui m'évoquent tout à fait les films des années 60. Soit l'équipe s'est arrangée pour imiter la façon dont les films étaient tournés à l'époque, soit elle a utilisé du matériel vieux d'une cinquantaine d'années - mais dans tout les cas, l'effet y est : on s'y croit. Et pas que parce que le choix de la décoration apparaît tout droit sorti des folles sixties - avec pour commencer le fameux électrophone qui serait presque un personnage à part entière dans ce film, avec son timbre lui aussi chaud et plein... C'est que l'histoire que l'on nous raconte ici est celle d'un monde où le Summer of Love est encore en germe. Les deux protagonistes sont encore bien jeunes pour que l'on imagine les voir y participer deux ans plus tard - mais pourtant, il y a dans leur aventure transgressive comme une composante prophétique, laquelle n'est pas sans convaincre, en fin de compte, les personnages ordinaires de se rallier à leur cause et à les aider à s'échapper une fois de plus.

Parlons un peu de ces deux protagonistes... Et d'abord de Suzy, "troubled child" avec laquelle ses parents si ordinaires ont tant de problèmes. Une jeune fille chez qui l'approche de l'âge adulte exacerbe une colère dirigée contre toutes les conventions. Suzy, c'est d'abord une façon de regarder les choses et le monde : sa première rencontre avec Sam, relatée en flashback, frappe à cause de l'intensité du regard qu'elle porte sur lui. Quant à sa première rencontre avec le spectateur, elle frappe encore : Suzy se promène presque tout le temps avec une paire de jumelles. Colère et regard : Suzy, gauchère, a envie, souvent, de tout envoyer promener. A commencer par ses parents qui ne la comprennent pas. En face d'elle, à l'intérieur de ses jumelles - c'est-à-dire, dans le monde réel, celui qui est à naître - il y a Sam, garçon à l'expression un peu étrange, indissociable de sa tenue de scout (bien qu'il ait démissionné avant le début du film) et tout à fait capable de concevoir un plan que les adultes eux-mêmes ne pourraient pas comprendre sans aide. Sam est lui aussi un "troubled child" : il est orphelin mais personne ne le sait, sa famille d'accueil le rejette et les services sociaux envisagent de l'envoyer dans un centre de redressement où il serait appelé à subir des électrochocs - voire peut-être même une lobotomie. Quoi de plus naturel, dans ces conditions, que ces deux-là se soient trouvés ?

Les conventions sociales (celles de l'époque et, en abyme, celles de la nôtre) sont ici sous le feu de la critique. Somme toute Sam et Suzy ne font rien de mal puisqu'ils se contentent de se planifier quelques jours de vacances en amoureux. Quelques jours achetés par quelques menus larcins. Et pourtant, c'est une impressionnante mission de recherche qui est lancée à leurs trousses. Mission de recherche où les scouts de la troupe, qui dans un premier temps sont hostiles à Sam et à son instabilité psychologique réelle ou supposée, n'hésitent pas à se munir d'armes improvisées - ou non. Mission de recherche dont l'enjeu n'est en fait pas de récupérer deux fugueurs mais bel et bien de les empêcher... de faire quoi, en fait ? De perturber la tranquillité d'une île où rien ne se passe ? La venue de la tempête vient sanctionner l'échec de la ligue des pères (et mères !) tranquilles : le vent qui se lève, c'est celui du monde à venir. Un monde plus semblable à celui décrit par les livres de Suzy (magnifiques couvertures de romans de SF jamais écrits, au passage : j'aurais adoré pouvoir lire The Girl from Jupiter d'Isaac Clarke !) qu'à celui qui les entoure. Telle est l'histoire qui nous est racontée dans Moonrise Kingdom, titre énigmatique dont le secret n'est dévoilé qu'à la toute fin : quelques jours de vacances peuvent suffire à changer une vie. Ou deux. Ou plus encore.

Lire aussi l'avis de Calenwen.

dimanche 13 mai 2012

L'Histrion

J'ai déjà eu l'occasion de chroniquer ici des oeuvres d'Ayerdhal, à commencer par le fameux Mytale et plusieurs autres pièces du "Cycle de l'Homéocratie". Dans ce roman, l'auteur nous propose un space-opera qui ne semble pourtant pas s'inscrire dans ce même univers assez pacifié...
Résumé :
El s'appelle Aimelin(e). El est sexomorphe :  homme ou femme dans son corps, selon sa volonté ; ni tout à fait l'un ou l'autre dans sa tête. El est l'Histrion, c'est-à-dire la pièce maîtresse du jeu d'échecs cosmique conçu par Genesis, l'intelligence artificielle qui a déjà connu au moins une période où l'humanité s'est auto-détruite. Or, il semble que l'heure soit revenue du suicide pour l'espèce humaine. L'Empire et la Confed sont au bord de la guerre et les factions tirent les lignes de démarcation entre les deux camps avant la conflagration terminale... Aimelin(e) peut-el contraindre l'espace humain à évoluer enfin, quitte à bouleverser les anciennes habitudes ? Pour cela, encore faudrait-il qu'el souhaite jouer le rôle que d'autres veulent lui voir jouer...
Jouons cartes sur table, par respect pour un auteur qui m'a plutôt convaincu jusqu'à présent : ce livre ne m'a pas du tout convenu. En fait, je me suis rendu compte que je n'étais pas capable d'en venir à bout. C'est rare. Il m'en reste environ cent cinquante pages et je n'ai aucune envie de continuer une lutte qui dure depuis des semaines.

Cela partait pourtant bien. Une préface qui ne dit pas son nom en hommage à Frank Herbert et à ses personnages féminins ("Pas facile d'oublier Odrade", nous dit Ayerdhal). Une construction dont chacun des chapitres est ouvert par un épigraphe écrit de la main de Genesis. L'influence du Maître se sent dans ce livre, plus encore peut-être que sur d'autres du même auteur, et j'ai même envie de dire qu'avec ses intrigues à tiroir et ses rouages à l'intérieur des rouages, L'Histrion est un livre herbertien. Mais de ce type herbertien que je qualifie de "non sableux" - entendez, non dunien.

Tant de factions s'affrontent pour contrôler le destin de cette humanité future, dans un demi-million d'années si j'ai bien suivi, que l'on ne peut que penser à cet univers herbertien d'après la Dispersion. Le Taj Rama, groupe d'amazones homosexuelles, évoque bien entendu le fameux Bene Gesserit. Les Nautes sont-ils une citation de la Guilde Spatiale ? Pourtant, à bien y réfléchir, l'univers de L'Histrion n'a pas grand-chose à voir avec celui des ultimes séquelles à Dune. C'est un univers où la puissance de l'Etat n'a pas encore fait défaut et où une organisation "supra-étatique", le Daym, constitue un noyau de l'unité future voulue par Genesis, là où le Maître imagine quelque chose de nouveau, à savoir l'instauration d'une véritable "souveraineté partagée" entre des factions tirant leur légitimité de leur suprématie économique ou intellectuelle - la notion de territoire devenant dès lors on ne peut plus floue. Tant de factions, dans ce livre, que l'on finit par s'y perdre. Il est difficile, bien difficile de savoir qui est quoi et qui est allié avec qui. On vole d'un monde à l'autre, d'un personnage à l'autre, et l'on finit par ne s'attacher à rien ni personne. Au bout de cent pages, le palimpseste mental qui se forme à la lecture se caractérise par un abondant volume de notes rayées... Mauvais signe.

C'est là que le personnage d'Aimelin(e) vient donner le coup de grâce au lecteur que je suis. Individualiste, ne songeant qu'à vivre sa vie, à être libre et ne se sentant aucune responsabilité à l'égard de l'espèce, son plaisir (son rôle ?) semble être de clamer aussitôt le contraire de tout ce qu'on lui dit. Un(e) véritable tête à claques. Un effet sans doute recherché (puisqu'il/elle est dans cette histoire pour jouer le rôle du sable dans les engrenages) mais que j'ai trouvé crispant : impossible pour moi de m'identifier ni de près ni de loin à ce personnage et donc, d'avoir un intérêt pour son destin. Il/elle me fait penser à ces gens qui bêlent sans cesse "liberté" pour justification de leur égoïsme : confier la construction d'une société plus mûre à pareil personnage, c'est fort, il fallait y penser... ou oser. Quelle déception.

Et donc, j'arrête les frais.

Ne manquez pas l'avis bien plus positif de chris.

samedi 12 mai 2012

Rencontre avec Georges Panchard

Ce jour, plusieurs blogueurs, dont j'étais, étions conviés par son éditeur à une rencontre avec Georges Panchard, auteur de Forteresse et Heptagone dont j'ai parlé en Avril dernier. Muni donc de mes exemplaires de ces livres, je pris ce matin le chemin vers le restaurant de la rue Wilson à Paris où nous avions rendez-vous... Etaient annoncés nuls autres que les Lhisbei, Tigger Lilly et Leto (qui n'est pas encore blogueur mais ça ne saurait tarder si j'ai bien conduit mon lobbying). Leto et moi nous étions donné rendez-vous à l'avance (une heure avant le début "officiel" de la rencontre) afin de pouvoir nous entretenir de DAR (entre autres choses). Les Lhisbei arrivèrent à l'heure dite, suivis aussitôt par les trois représentants de l'éditeur puis Lilly. L'auteur, que tout le monde attendait avec impatience, ne fut pas long à se présenter ensuite et, autour d'un apéritif à base de jus de fruits, nous avons pu commencer à discuter. Georges Panchard a révélé très vite un humour très pince-sans-rire mais aussi une belle faculté à développer les idées du contexte de ses romans...

J'ai retenu de cet échange d'idées que l'univers de "corporate-fiction" inventé par Georges Panchard est un univers très politique. Pas une politique-fiction, car il a insisté sur le fait qu'il ne prétendait pas prédire l'avenir, mais plutôt une fiction dont le ressort est le politique. Un univers politique où les Etats ont fait défaut, non au sens économique, mais en ce sens qu'ils ont échoué soit par manquement, soit par excès ; un univers où le totalitarisme commence dans la contrainte exercée sur les corps, à commencer par ceux des post-américains bouffis de l'UABS, qui doivent se déplacer assistés par des youpalas électriques... De toute évidence méfiant à l'égard des solutions étatiques, l'auteur a expliqué certains de ses choix d'intrigue - et à commencer par le rôle assez important joué, dans son univers, par l'organisation japonaise Eien dont les membres contrôlent la vie sociale de leur pays tout en vivant reclus à l'intérieur d'une simulation informatique de l'Epoque d'Edo... La discussion à bâtons rompus, qui a duré pas moins de deux heures, a été suivie d'un fort bon repas trop vite fini.

L'heure était venue, en milieu d'après-midi, de nous séparer. Les Lhisbei, Leto et moi-même avons décidé de prolonger la rencontre en nous dirigeant vers la librairie Scylla où nous avons croisé par hasard Nébal, que je rencontrais donc pour la première fois, et par hasard encore un jeune lecteur ayant lu et beaucoup aimé Heptagone, et que nous avons du coup aiguillé sur Forteresse en essayant de ne pas lui gâcher le plaisir de la découverte... Car un blogueur (ou une blogueuse) lâché(e) dans une librairie en présence d'innocents lecteurs leur est un danger pour deux raisons :
  • Soit il (elle) risque de vous raconter la fin du livre que vous êtes en train de lire, ou que vous allez lire.
  • Soit il (elle) va vous donner envie d'acheter le magasin.

Une journée donc fort réussie, riche en rencontres et en retrouvailles du début jusqu'à la fin. Merci aux organisateurs de la rencontre avec Georges Panchard (qui possède un site personnel que je vous invite à visiter). Bonsoir à toutes les personnes que j'ai vues ce jour et qui se reconnaîtront si elles viennent ici, et à bientôt !

Ne manquez pas le compte-rendu de Lhisbei et celui de Tigger Lilly...

vendredi 11 mai 2012

Festival SF de Lyon - les conférences

Le Festival SF de Lyon a été l'occasion, outre de nombreuses projections et un Salon adossé à un vide-grenier, de trois conférences à l'Ukronium 1828, salle de jeux à la décoration steampunk en plein coeur du septième arrondissement. J'avais été y faire un tour l'avant-veille des conférences... L'occasion de prendre quelques photos sur place et de tâter l'ambiance.

C'est un lieu chaleureux où l'on peut y croiser des mordus de jeux de table en tous genre - mais surtout orientés jeux de rôle. A ce titre, les amateurs pourront y trouver des manuels, des boîtes de jeux et les inévitables figurines que l'on peut même peindre sur place. La décoration steampunk  est très réussie et parvient même à impliquer une ambiance : lorsque l'on quitte la partie magasin, on entre dans une arrière-salle évoquant l'époque victorienne, remplie de tables où les joueurs peuvent s'installer à leur guise. Ce lustre, qui se trouve dans la partie magasin, avec en arrière-plan un néon aux allures de sabre-laser, donne à la fois une touche rétro mais aussi très futuriste...

Rien d'étonnant alors à ce que l'endroit puisse attirer des publics variés : les post-adolescents attardés (les gens comme moi, donc) y croiseront en bonne intelligence des plus jeunes. Ici, le tenancier des lieux avait permis à deux gones de se livrer à une partie de Warhammer 40k sur le plateau de jeu exposé dans le magasin. J'ai suivi un peu la partie et j'en ai gardé l'impression (mais peut-être que Guillaume Stellaire va m'envoyer une escouade de Space-Marines pour me châtier de l'avoir écrit) qu'il s'agit somme toute d'un jeu de petits chevaux amélioré... N'empêche que ça m'a donné envie d'en faire une partie un jour, tiens !

Le Samedi après-midi, trois conférences ont eu lieu dans l'arrière-salle de l'Ukronium. Une reporter d'ActuSF était présente et a filmé les intervenants. Je n'ai pu assister aux deux premières conférences pour cause d'Histoire sans Fin (honte à moi ?)...

Etaient donc au menu :
  1. Le Rétrofuturisme, avec Raphaël Colson.
  2. Philip K. Dick et son univers, avec Etienne Barillier et Laurent Queyssi.
  3. Dune, l'inadaptable adapté ? avec  Markus Leicht et... moi-même.
Sur le site d'ActuSF, vous trouverez pour chaque conférence le reportage vidéo fait par Marie (merci à elle !) et je ne résiste pas au plaisir de mettre des liens-écran sur cet article pour vous faciliter le visionnage de la conférence dunienne réalisée avec Markus...

J'ai de mon côté orienté ma présentation autour de quatre axes : Dune est une oeuvre  inadaptable en raison de la richesse des thèmes qu'elle véhicule. On y retrouve une dimension de roman d'apprentissage, un contexte significatif et pourtant peu détaillé, un faux mysticisme et surtout une représentation d'une post-humanité en devenir. J'ai conclu ma présentation en parlant bien sûr de DAR, la ressource dunienne francophone de référence, qui va bientôt ouvrir son blog !


Lequel Markus a détecté une erreur dans mon discours : bravo à lui, et désolé pour m'être mélangé les pinceaux sur cette date...
Bravo à l'organisation, et encore merci pour tout : j'espère que l'on pourra se voir encore l'année prochaine...

jeudi 10 mai 2012

Wolfsmund tome 1

J'ignorais que l'Histoire médiévale européenne puisse être une source d'inspiration pour les mangakas... Eh bien, cette série semble en être la preuve.
Résumé :
Au XIVème siècle, l'embryon de la Suisse n'est encore qu'une Confédération de trois cantons (Schwyz, Uri et Unterwald) et l'Autriche des Habsbourg n'a pas encore accepté son indépendance... Alors, les trois cantons sont envahis et soumis à une répression féroce pour mettre fin à leur désir de liberté. Les chefs rebelles, et leurs familles, sont punis de mort par décollation. Certains choisissent la fuite... D'autres veulent continuer la lutte... Mais dans tous les cas, ils doivent passer au Sud, vers l'Italie du Nord, là où les Habsbourg sont sans pouvoir. Et sur leur chemin se trouve la forteresse de Wolfsmund qui contrôle le col du Saint-Gothard, dont le responsable, Wolfram, dissimule sous son air espiègle une monstrueuse cruauté. Pour les voyageurs sans passeport, ou qui tentent de contourner son péage, le cauchemar ne fait que commencer...
L'histoire plus ou moins mythologique de Guillaume Tell est bien connue et ce n'est pas un hasard si ce personnage du folklore suisse vient faire un passage en guest-star dans ce manga. L'auteur a pris soin, de toute évidence, de faire des recherches et de traiter son sujet avec un réalisme graphique. Les costumes, les armes, les armures et les décors médiévaux sont très soignés (peut-être un peu trop, comme à Pierrefonds ?) : on s'y croit, et l'on est vite plongé dans une ambiance glauque et trash qui évoque avec puissance un âge barbare.

L'auteur prend soin, aussi, de nous dérouter en nous donnant à rencontrer son personnage principal - n'osant dire héros ! - pas tout de suite, et par les yeux de ses premières victimes. Wolfram appartient à cette famille de personnages qui mettent leur intelligence au service d'une obéissance fanatique aux ordres, à la hiérarchie et à la forme des lois. Un peu comme un Javert, peut-être... L'intelligence de Wolfram est à plusieurs reprises qualifiée de démoniaque par ses adversaires mais, pour le moment, je ne vois aucune raison de donner une étiquette fantastique à cette oeuvre. Au contraire, il s'agit d'une fiction inspirée d'un contexte historique. Un Moyen-Âge européen fantasmé par un japonais comme, peut-être, des européens fantasment l'Epoque de Heian. Avec ses monstres.

Aux monstres doivent s'opposer des héros. Je dois dire qu'aucune figure ne semble, pour le moment, pouvoir s'affronter à cet étrange Wolfram (d'ailleurs, pourquoi ses cheveux changent-ils de couleur à un moment ?) sauf, peut-être, le fils de Guillaume Tell (celui qui portait la pomme sur sa tête et a cinq ans de plus dans ce manga) qui est, pour le moment, le seul qui ait pu s'échapper des griffes du sadique maître de Wolfsmund. On sort donc intrigué de cette histoire : il est probable que je m'intéresserai à la suite, rien que pour savoir si Wolfram va rencontrer un rival - voire un opposant...

mardi 8 mai 2012

The Arms Peddler tome 2

Voici ma chronique de lecture du tome 2 de la série post-ap' The Arms Peddler dont j'ai déjà parlé ici.

Résumé :
Sona est dans une fâcheuse posture. En s'évadant des cages où est retenu le peuple de Caradia sur le point d'être vendu au marché aux esclaves, il s'est retrouvé dans les quartiers privés de la princesse captive et a surpris son entrevue avec les nécromanciens à qui elle va bientôt être livrée. Lorsqu'elle le découvre après le départ des nécromanciens, elle lui ordonne de l'aider à s'évader. A l'extérieur, le général caradien venu racheter la princesse Airi a découvert que le baron qui contrôle la ville a déjà fait affaire avec les nécromanciens : il comprend qu'il va devoir se battre pour ramener la princesse avec lui... Garami, qui a vendu Sona, va maintenant vendre des armes à la petite troupe des Caradiens. Aurait-elle une autre livraison à faire dans la ville des marchands d'esclaves ? Va-t-elle récupérer Sona ?
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la marchande d'armes ne ménageait pas son "apprenti" dans le premier épisode : elle passait son temps à le rabrouer, à lui cogner dessus et enfin à le vendre sur un marché aux esclaves où il a failli se faire violer. Pas (encore ?) de place pour une quelconque forme de complicité entre les deux protagonistes que sont Garami, l'espèce d'ange de la mort glaçant de détachement, et Sona, le mioche maladroit mais déterminé à survivre et à se venger. Au terme de son aventure traumatisante, le garçon n'a guère le temps de s'énerver contre Garami : ne lui rappelle-t-elle pas leur pacte faustien en lui jetant l'une de ces pièces d'or qui lui permettront, peut-être, de combler sa dette envers elle ? C'est que, dans cet univers atroce où n'importe qui peut à chaque instant être trahi ou tué d'une façon abjecte, Sona possède une faiblesse : il a des principes. Trop, peut-être, pour ne pas être mené en bateau par tout le monde. Et pourtant, il est clair et net que c'est lui, le véritable héros de cette histoire. Garami, malgré tous ses talents, reste un personnage énigmatique auquel on ne sait pas comment s'identifier - si tant est qu'elle en donne envie...

Après un tome d'exposition où les auteurs parvenaient à nous situer dans une ambiance de western post-apocalyptique, on se retrouve ici dans une scène de bataille dantesque. Il s'agit d'un épisode plein de "bruit et de fureur" où Garami révèle qu'elle ne rechigne pas, de temps en temps, à se changer en tueuse à gages. Et avec l'impressionnant arsenal qu'elle transporte à bord de son chariot (lequel possède une intéressante particularité...) on comprend qu'il vaut mieux ne pas avoir sa tête mise sous contrat chez Garami. Le personnage garde donc encore tout son mystère, même si les dernières pages laissent à penser que l'on va en savoir un peu plus dans le prochain épisode (c'est pour quand ?).

Avec ce deuxième volet, The Arms Peddler se confirme comme une série adulte à suivre avec attention. Reste à voir comment, et quand, les auteurs feront éclater les schémas de leur création...

lundi 7 mai 2012

Ceux qui osent

J'ai déjà parlé ici des deux précédents volets de cette série uchronique de Pierre Bordage : Ceux qui sauront et Ceux qui rêvent. On nous parle ici d'un univers où, au XXIème siècle, la France - et en fait la majeure partie du monde - vit encore sous l'Ancien Régime. La Troisième République a été remplacée par une monarchie de droit divin qui a imposé son pouvoir dans le sang et l'ignorance des "cous-noirs", les paysans et ouvriers misérables. Jean, un jeune "cou-noir" instruit dans une école clandestine, et Clara, fille de l'aristocratie, sont attachés l'un à l'autre par des sentiments que leurs différences de classe interdisent. Après moult péripéties, les voilà réfugiés en Arcanecout - une fédération à l'Ouest des anciens Etats-Unis, que les royaumes européens ont jadis démembré au profit de leurs familles régnantes...

Résumé :
L'Arcanecout, seule nation démocratique sur Terre depuis l'abdication de sa souveraine, est encerclé. Sur le Pacifique, les flottes européennes exercent un blocus impénétrable et bombardent San Francisco pour abattre le moral de sa population civile. Dans les Rocheuses, la guerre de positions dans le blizzard est d'une cruauté inouïe. Jean et Clara sont à présent séparés : le premier a été envoyé sur le front montagnard tandis que la seconde se morfond à l'attendre... Leur ingéniosité va-t-elle suffire à sauver l'Arcanecout ?
Il est rare que je sois déçu par une lecture, étant plutôt bon public. Sans avoir pour autant l'envie de descendre ce livre, je dois dire qu'il ne m'a guère plu, m'étant apparu très en dessous des deux précédents - et je ne parle même pas de ce dont Pierre Bordage est capable d'ordinaire. L'idée de faire communiquer Jean et Clara par lettres à cause de leur séparation n'est pas mauvaise et permet de varier les points de vue d'une façon originale. En dehors de ceci, les péripéties des deux héros ne font que se répondre d'une façon plutôt convenue. Jean et Clara sont seuls et n'en peuvent plus d'être séparés. Jean et Clara s'écrivent. Jean et Clara sont capturés. Jean et Clara cherchent à survivre. Jean et Clara cherchent à sauver l'Arcanecout. Le tout n'étant pas toujours pris dans cet ordre. A la fin, Jean et Clara se retrouvent et on est bien content pour eux. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

L'art de l'uchronie est consommé lorsqu'il y a mise en abyme. Or donc, on apprend ici que l'Arcanecout est une véritable Tour de Babel où l'on retrouve toute la crème des libéroïdes - pardon, des rebelles de tout poil, des Rouges (non, pas les communistes) échappés de leurs réserves américaines jusqu'aux Russes (à vodka, bien sûr). Pendant que la coalition des sadiques royaumes européens et américains prend tout son temps pour se livrer à une véritable guerre d'extermination en Arcanecout, une révolte simultanée va éclater partout ailleurs sur la planète. Hmmmm... Peut-être s'agit-il d'une citation du "Printemps arabe". J'ai trouvé amusant, par contre, de voir qu'à la fin de ce livre la France vit désormais sous une Quatrième République ayant rétabli l'instruction pour tout le monde... Il va falloir en former, des profs, pour instruire tous les jeunes "cous noirs". Mise en abyme, peut-être, mais peu réaliste - et surtout peu accessible au jeune lecteur, je pense.

A mon sens, il s'agit là d'un livre qui ne devrait intéresser que les inconditionnels de la série. Ou ceux de Bordage.

jeudi 3 mai 2012

L'Histoire sans Fin

Après avoir Samedi dernier revu la première adaptation filmée du livre de Michael Ende, je me suis dit qu'il était temps de chroniquer enfin ce livre que j'ai lu, puis relu, à des époques fort différentes de mon existence. En version française d'abord quand j'avais onze ans. Puis en version originale, un beau livre offert par une ancienne professeure d'allemand, présentant quelques particularités - à commencer par des illustrations magnifiques, mais aussi écrit avec deux encres de couleur différente, une rouge et une verte, en fonction du monde où se situe l'action décrite... Je vous en aurais bien fait une photo pour démonstration mais je n'ai pas été capable de le détecter dans mon grenier. Faudra que je le recherche. A la place, je vous invite à cliquer sur ce lien où quelqu'un qui a eu la même idée que moi présente une photo du livre ouvert... Et place à la chronique !
Résumé :
Bastien Balthazar Bux a onze ans. Orphelin de mère, élève très moyen, il est un peu enveloppé, mauvais en gymnastique et poltron sur les bords. Un jour, harcelé par des camarades de classe, il se réfugie dans la librairie de monsieur Koreander, où presque sans le vouloir il vole un livre précieux intitulé L'Histoire sans Fin. Pour Bastien, c'est le début d'une étrange aventure : dissimulé dans le grenier de son école, déterminé à ne plus se montrer avant d'avoir fini ce livre mystérieux, il découvre Fantasia, un monde rongé par le Néant, dont la petite Impératrice ne peut plus assurer la sauvegarde et envoie un jeune peau-verte, Atréju, à la recherche du remède qui pourra les sauver, elle et son immense empire... Mais Bastien, peu à peu, se rend compte que le sauveur cherché par Atréju n'est autre que lui-même et que le livre qu'il lit contient sa propre histoire... Quel sera le prix à payer s'il guérit la petite Impératrice ? Pourra-t-il un jour quitter Fantasia et revenir à sa véritable existence ?
J'ai eu l'occasion de dire que le premier film adapté depuis ce livre ne reprenait en fait que la première partie de l'oeuvre originale, à savoir, la fameuse quête d'Atréju. Première partie qui correspond à peu près à un gros tiers du livre, et qui comporte quelques péripéties absentes du film. L'ensemble des scènes-pivot se situant dans les marécages de la mélancolie est quelque peu différent et permet à l'auteur de démontrer le pouvoir de l'Auryn, cette amulette en double ouroboros qui est à la fois l'emblème et la clé de Fantasia. Le pathétique de la mort d'Artax, le cheval d'Atréju, est atténué ici. En revanche, la rencontre avec Fuchur (Falkor dans le film) est très différente puisqu'Atréju scelle son amitié avec lui en le sauvant d'un monstre - une situation renversée par rapport au film. Le passage concernant l'Oracle du Sud, lui aussi, présente quelques différences et surtout, prépare la deuxième partie du livre : la scène du miroir magique où Atréju distingue l'image de Bastien, et où donc ce dernier lit sa propre description dans le livre, est bien plus compréhensible que celle du film, et peut-être aussi plus troublante. En faisant d'Atréju le seul être vivant à Fantasia qui ait vu le visage du "sauveur", il en fait un acteur majeur de la suite de l'histoire, celle où Bastien cherche à s'imposer comme héros véritable de ce monde où il a été transporté, plus ou moins contraint et forcé.

Mais venons-en à cette fameuse deuxième partie où Bastien se retrouve perdu dans un monde où il dispose néanmoins d'un pouvoir extraordinaire, celui de donner à ses souhaits la consistance du réel. Cette fois-ci, Atréju est un peu relégué au deuxième plan, et Bastien fait l'expérience de sentiments très humains en ce monde très inhumain. D'abord, il se défait de son ancienne apparence qu'il déteste : le voilà devenu beau et fort. Ensuite, il lui faut des amis : revoilà donc Atréju et Fuchur. Peu à peu, les désirs de Bastien deviennent moins anodins et il exprime de plus en plus une volonté de puissance qui l'amène au bord du désastre. De la même façon que le Néant absorbait les êtres de Fantasia pour les transformer en mensonges dans le monde réel, voilà que pour alimenter ses désirs de plus en plus sinistres Bastien détruit ses propres souvenirs. Or, quand il n'en aura plus, il ne lui sera plus possible de retrouver le chemin de son propre monde. La leçon de Michael Ende possède ici une grande valeur : ce sont les souvenirs qui fondent l'identité. Ce sont les rêves qui forgent l'adulte que l'enfant cherche à devenir. Et pour savoir ce que l'on désire pour de vrai, il existe plusieurs chemins dont tous ne sont pas très directs.

Cette deuxième partie, si elle comporte somme toute moins de scènes d'action, n'en est pourtant pas moins prenante et angoissante que la première. Elle conforte Bastien dans son rôle de véritable héros, bien plus faillible et donc bien plus humain, à tous les sens du terme, qu'Atréju lui-même. Ce dernier, en fait, n'est rien d'autre que son avatar dans Fantasia, l'image de lui-même tel qu'il souhaiterait l'être, une image que Bastien va tenter de copier, puis de dépasser, puis de détruire lorsqu'il comprendra qu'il doit vivre tel qu'il l'est : Michael Ende livre ici une belle métaphore du passage à la maturité. Avec tout ce qu'il a vécu lorsqu'il parvient à revenir dans son propre monde, Bastien a grandi (comme son père ne manque pas de le comprendre à la fin), et le jeune lecteur avec lui, bien plus en tout cas que ces élèves qui déclarent à l'envi "je suis mature" (en retenant le gros "MERDE" conclusif auquel ils ont pensé très fort, parce qu'ils se doutent que ça ne leur permettrait pas d'atteindre mieux l'effet recherché). La maturité ne se proclame pas : c'est un état qui est reconnu. Par les autres. Ceux vers qui Michael Ende nous montre donc le chemin, "von A bis Z" : merci.

mercredi 2 mai 2012

L'Histoire sans Fin

J'avais vu ce film au cinéma lors de sa sortie. J'ai le souvenir qu'au moins deux fois, ensuite, les écoles primaires où j'ai usé mes fonds de culotte nous avaient emmené le voir (en général avant Noël). Puis je l'avais enregistré sur cassette vidéo lors d'un passage à la télévision. Devenu adulte, quand j'ai pu me procurer le DVD, je l'ai fait... Autant dire que c'est un film que je connais par coeur, d'autant plus que j'ai poussé le vice en lisant le livre de Michael Ende à l'âge de onze ans... Tiens ! Faudra que j'en parle à l'occasion (et de mémoire, ça fait deux fois que je me le promets : on verra ça pour cet Eté).

Les amis du Festival SF de Lyon ayant décidé de le programmer lors d'une séance jeune public, je ne pouvais pas manquer, vingt-cinq ans après environ, d'aller revoir ce film. Et d'en tirer quelques réflexions peu philosophiques et plutôt saugrenues...

Résumé :
Bastien n'a pas de chance : à dix ans, il est orphelin de mère, son père est distant, les devoirs surveillés de maths le terrorisent et ses camarades de classe le rackettent quand ils ne lui font pas visiter l'intérieur d'une poubelle... Un jour vient où il se réfugie, pour leur échapper, dans la boutique de monsieur Koreander, un libraire aux allures de vieux sorcier, occupé à lire un livre étrange. Pour Bastien, qui fuit souvent le monde réel dans ses livres, L'Histoire sans Fin apparaît comme un véritable aimant et, un peu incité par monsieur Koreander, il n'est pas long à voler le livre... qu'il s'empresse de lire dans le grenier de son école, en séchant les cours par dessus le marché. Il découvre alors l'histoire captivante de Fantasia, un monde en danger, où le Néant menace d'engloutir toute forme de vie et dont l'Impératrice, elle-même malade, envoie le jeune Atréju à la recherche d'un remède... Au fil des pages, pourtant, il semble que l'intrigue du livre se mette à répondre aux interventions de Bastien : jusqu'à quel point L'Histoire sans Fin contient-elle le secret de son propre destin ?
L'Histoire sans Fin, le film, c'est d'abord un dépaysement, avec un bestiaire et des personnages de fantasy assez crédibles pour émerveiller encore quelques décennies plus tard... La photographie de certains lieux (la Tour d'Ivoire par exemple) dégage une véritable magie, même si la représentation apparaît assez passée, maintenant, faisant un effet de "tableau peint" toujours aussi beau mais un peu défraîchi. C'est un fait que vingt ans avant Le Seigneur des Anneaux, le cinéma pouvait déjà produire de véritables fresques fantastico-médiévales. C'est toujours un vrai bonheur de revoir la face d'étron ahuri de Morla, de voler au-dessus des nuages avec Falkor et de trembler (bon, plus trop maintenant quand même) devant la dentition impressionnante de Gmork. Ne parlons même pas de la musique de début et de fin par Limahl, air so eighties au véritable potentiel de bombe mentale pour hacker de cerveau, que rien qu'en écouter la première mesure vingt ans après suffit à te la remettre dans la tête pendant deux heures (ceci étant un défi à cliquer sur le lien qui précède).

Dans ce film, qui est en fait une adaptation assez fidèle de la première moitié du livre de Michael Ende, le personnage principal est sans conteste Atréju, le jeune héros de la quête pour le salut de Fantasia, dont le charisme éclipse Bastien. Il est vrai que pour le jeune public, il doit être plus tentant de s'identifier au premier qu'au deuxième : au contraire de Bastien, Atréju est courageux, robuste, et il se fait sans cesse des amis. Bastien, lui, passe son temps à s'enfuir, à se planquer, à crier de frayeur ou à envisager de renoncer à la première difficulté. Pourtant, le lecteur du livre de Michael Ende n'est pas sans savoir que le véritable héros de cette histoire est en fait un anti-héros : tout l'enjeu du livre est, pour Bastien, de mettre un peu plus d'Atréju en lui. D'abord en prenant connaissance de son histoire. Puis, dans la deuxième partie du livre, en le rejoignant à Fantasia. Le film n'adaptant que la première partie (la deuxième ayant été adaptée dans un deuxième film plus tardif), il était nécessaire que le personnage de Bastien apparaisse quelque peu en retrait.

Quelques indices, éparpillés tout au long du film, permettent au public attentif de comprendre la réalité du message, et en particulier toutes les scènes se jouant dans les fameux "marécages de la mélancolie", où Artax, le cheval d'Atréju, va être englouti à jamais dans la vase. La même vase où Atréju va se vautrer pas moins de cinq ou six fois de suite sous les éternuements de Morla : les scénaristes ne cherchaient-ils qu'une atténuation par le comique de la tragique scène qui précédait ? Scène qui fait d'ailleurs pleurer Bastien (et, sans nul doute, un nombre incalculable de jeunes spectateurs) ? C'est qu'en réalité, le véritable héros de cette aventure, c'est bel et bien Bastien, et qu'Atréju n'est jamais que son avatar. Bastien qui est, en fin de compte, le seul véritable sauveur de Fantasia. Et qui se paye même le luxe, après avoir appris à conduire ses rêves jusqu'au bout, de venir se venger - avec plus ou moins de gentillesse - de ses anciens tortionnaires : preuve ultime, s'il en fallait une, qu'être humain, ce n'est pas être parfait.

Semble-t-il qu'un remake soit prévu pour 2014. Déjà, j'en peux plus d'attendre...

mardi 1 mai 2012

Gandahar : Les Années Lumière

Dans le cadre d'une vidéo SF du mois, j'ai eu l'occasion de parler de René Laloux, qui s'est illustré à travers plusieurs films d'animation de SF. Après l'extraordinaire Les Maîtres du Temps, une adaptation de L'Orphelin de Perdide par Stefan Wul (le regretté Moebius en assurait le dessin), Laloux nous a offert une adaptation d'un roman de Jean-Pierre Andrevon, à savoir, Les Hommes-machines contre Gandahar. Le roman d'Andrevon a connu depuis maintes suites, formant un véritable Cycle de Gandahar dont plusieurs éléments sont à destination du jeune public. Dans le cadre du Festival SF de Lyon, j'ai pu voir enfin au cinéma ce film que je connais depuis l'enfance.
Résumé :
Gandahar, c'est un royaume paisible, établi sur une planète accueillante. La reine Ambisextra, qu'assiste un Conseil Féminin, veille sur le destin d'une nation tranquille ayant oublié l'art de la guerre, grâce à ses légions d'oiseaux-miroirs, des volatiles qui transmettent à Jasper, la capitale, toutes les images des incidents qui viendraient troubler la sérénité du royaume. Une menace pèse pourtant sur Gandahar : sur le rivage de l'Océan Excentrique, une force inconnue élimine les oiseaux-miroirs. La reine dépêche Sylvin Lanvère, un des Servants, afin de savoir quel est l'ennemi qui en veut à la paix de Gandahar. Quelques péripéties vont alors mettre Sylvin sur le chemin des hommes-machines : des mécaniques animées par une seule volonté, celle de pétrifier les Gandahariens, qu'ils font disparaître ensuite à travers une porte maléfique ! Sylvin, par chance, va rencontrer bien des alliés sur sa route...
Comme il l'avait déjà fait dans son adaptation des Maîtres du Temps, Laloux s'est permis de modifier un peu le schéma du livre d'Andrevon. Et je dois dire qu'à nouveau, cette modification n'est pas sans augmenter la puissance de l'oeuvre. Là où Andrevon se contentait de faire du Métamorphe sénile un "simple" dictateur fasciné par les cultures humaines militaristes et porté sur les défilés militaires (au pas de l'oie ?), Laloux transforme l'antagoniste en véritable ennemi pour Sylvin. Dans le dessin animé, le Métamorphe devenu sénile ne considère pas Gandahar comme une terre à coloniser. Au contraire, ce sont les Gandahariens qui l'intéressent - ou plutôt, leur force vitale. Des Gandahariens que ses hommes-machines viennent récolter pour son compte, afin de soutenir ses forces déclinantes. Ici, l'alliance que Sylvin forme avec le Métamorphe plus jeune joue donc un rôle d'autant plus crucial : ce ne sont pas de grands principes qui poussent le monstre à demander sa propre élimination dans le futur lointain où il deviendra sénile, c'est plutôt une envie de s'épargner la déchéance.

René Laloux, connu par ailleurs pour dénoncer la dictature de la "normalisation" et ses capacités de déshumanisation, complète ici sa panoplie politique par une fable écologique. Aux paysages bucoliques de Gandahar s'opposent alors les cieux verdâtres et pollués d'une planète industrialisée jusqu'à l'excès par la folie d'un Métamorphe prêt à tout pour survivre au-delà de son temps. A plusieurs niveaux, le combat de Sylvin ne se limite pas à sauver Gandahar dans le présent, car c'est dans le futur que "Gandahar a été détruit" - ou plutôt, que les habitants de Gandahar se sont vus transformés, après utilisation, en déchets d'une civilisation industrielle devenue folle. Image saisissante de cadavres fossilisés, rejetés en masse par le Métamorphe du futur comme autant de déchets, dont la puissance évocatrice ne sera jamais un cliché. En ce sens, le Métamorphe est un monstre bien plus terrifiant que celui qui apparaissait dans Les Maîtres du Temps : celui-ci se contentait de transformer les individus en sbires interchangeables. Monstre d'autant plus terrifiant que ses motivations initiales apparaissent tout à fait humaines : "je n'ai pas vieilli", comme il l'affirme à Sylvin lors de leur dernière conversation. C'est en fait toute la séquence "future" de ce film qui en fait l'intérêt, par opposition à un Gandahar trop beau, trop propre, trop parfait, et qui ne l'est en fait pas du tout puisque les Transformés, indispensables alliés de Sylvin dans sa lutte contre le Métamorphe âgé, en sont exclus et relégués dans un désert...

Même si je lui préfère Les Maîtres du Temps, et ce pour des raisons toutes personnelles, le Gandahar de René Laloux m'apparaît sans problème comme une oeuvre cruciale et lisible à plusieurs niveaux. Bien sûr, l'animation a un peu vieilli, et l'on pourra ironiser sur le fait que ce film, anti-militariste, anti-pensée unique et tout ce que l'on veut, a été réalisé en partie en Corée du Nord. On pourra aussi lui reprocher de ne pas beaucoup montrer la nuance de gris des Gandahariens "ordinaires". Il n'empêche que le propos en est à la fois progressiste et optimiste : c'est donc une oeuvre précieuse, à faire regarder sans restriction aux nihilistes de tout poil. Jusqu'à ce qu'ils rédigent leur autocritique.

La vidéo SF du mois - Mai 2012

Il y a tout juste deux ans, cette rubrique venait d'être ouverte sur mon blog et elle vous emmenait faire une petite exploration de Rama, ce gigantesque vaisseau extraterrestre imaginé par Arthur C. Clarke. L'oeuvre (presque) éponyme où apparaît l'objet Rama n'a pas (encore ?) été adaptée au cinéma, pourtant, elle semble inspirer nombre de créateurs... J'en veux pour preuve cette petite animation rejouant certaines scènes du livre ! Bon voyage... Et bonne Fête du Travail !