samedi 31 mars 2012

Le Cerveau vert

Voici donc, dans le cadre d'une lecture commune de Planète-SF, ma chronique d'un livre de Frank Herbert et sans doute le dernier que je lirai pour le Défi que j'ai ouvert il y a plusieurs mois !
Résumé :
Le Brésil, dans un futur proche, travaille à la restructuration de son environnement. Afin d'éliminer les nuisibles - insectes et plantes qui détournent à leur avantage les ressources indispensables à l'être humain - les bandeirantes imitent l'exemple chinois et se battent au quotidien dans la Zone Rouge pour faire reculer la vie sauvage. La Chine, en pointe sur la question de la restructuration environnementale, dépêche l'un de ses experts sur place : pour conseiller les brésiliens ou pour d'autres raisons plus obscures ? Accompagné par une entomologiste irlandaise, il va prendre connaissance de la réalité du terrain : dans la jungle, il se passe quelque chose, comme si une intelligence dirigeait la vie sauvage et cherchait à reconquérir l'environnement sous contrôle humain...
Dans ce court roman, le Maître nous raconte une histoire de transformation écologique. Voilà qui n'est pas sans nous rappeler Dune et les efforts des Fremen qui veulent faire de leur désert un jardin. Mais comme dans Dune, le rêve tourne au cauchemar : l'ingénierie écologique n'est pas au point et le système dérape au bout de quelques années, pour tendre vers un nouvel équilibre sans doute pas aussi intéressant que ce qu'il était planifié au départ... Dans Dune, Pardot Kynes ne pouvait prévoir que l'intelligence de Paul puis de son Tyran de fils allait parachever son projet jusqu'à l'élimination de toute trace des grands vers des sables. Ici, les Chinois puis les Brésiliens font face à un danger bien plus palpable : dans un environnement "restructuré", les terres arables se changent peu à peu en désert - et les "nuisibles", en fait, ne le sont pas tant que ça. L'ubris des politiques et des experts met ici en péril la survie de populations entières, et la transformation écologique à grande échelle promet, au sens propre, l'Enfer sur Terre. Quant au "cerveau" éponyme, comment ne pas lui trouver un point commun avec Leto II, dans sa démesure pharaonique et son besoin presque désespéré pour des données utiles ?

Dans cette oeuvre, on perçoit quelques thèmes et quelques idées que le Maître allait, de toute évidence, reprendre plus tard et en les raffinant dans son Cycle majeur. Les trois protagonistes humains et le "cerveau" convergent tous les quatre vers une forme de post-humanité. On perçoit par ailleurs en arrière-plan un contexte assez travaillé. Le roman est cependant, à mon avis, entaché de défauts assez déplaisants. Un peu trop court mais avec un passage où l'auteur donne l'impression d'avoir "tiré au kilomètre" (la dérive sur la rivière), il se termine pour ainsi dire en queue de poisson sur une fin assez peu conclusive, encore obscurcie par des références religieuses que j'ai envie de qualifier de hors-sujet.

Un roman qu'il convient de comparer à La Ruche d'Hellstrom où le Maître, déjà, partageait avec nous son goût pour les intelligences post-humaines à base de coopération entre individus. Mais des insectes humains de la Ruche et de l'armée d'insectes contrôlée par le "cerveau", la chose est claire à mes yeux : c'est avec les premiers que le Maître se montre au sommet de son talent.

Voir aussi l'avis de Guillaume44 et celui de Valunivers.

mercredi 28 mars 2012

Le Challenge Anne McCaffrey

Je n'ai pas encore eu l'occasion de chroniquer ici de livres d'Anne McCaffrey, une grande dame des littératures de l'imaginaire, décédée il y a quelques mois de cela. J'ai pourtant eu, il y a plus de quinze ans, une période assez brève où j'ai descendu pas mal de ses livres de son cycle de la Ballade de Pern. En fait, j'ai découvert ces livres quelques mois après ma lecture des premiers tomes du Cycle de Dune, et si je ne peux dire qu'ils ont eu sur moi le même effet de saisissement que les livres du Maître, il est certain que je les ai lus dans le même état d'esprit et, très souvent, avec un ravissement comparable ou presque...

Je me suis donc montré aussitôt enthousiaste quand j'ai appris l'intention de Guillaume Stellaire d'organiser un Challenge Anne McCaffrey, merveilleux hommage pour une écrivaine qui en a emmené plus d'un dans des univers où la SF et la Fantasy se croisent et s'interpénètrent comme pour le plaisir de contredire toutes les étiquettes... Et je relaie donc avec bonheur cette annonce !

Le Challenge démarre le 31 Mars, il prend fin le 31 Août. Pour le reste du règlement, je vous invite à prendre connaissance de l'article de Guillaume dont j'ai mis le lien dans le paragraphe précédent. Dans les mois à venir, vous pouvez cependant vous attendre à croiser l'image réalisée par Ionah sur mon blog, au détour de chroniques de relectures...

mardi 27 mars 2012

La vérité se trouve au fond du microscope - Mars 2012

Ma rubrique de microscopie amateur est en retard ce mois-ci, mais comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, je vous propose aujourd'hui cette observation de coupe d'ovaire de lapine...
Je n'apprendrai à personne, j'espère, que l'ovaire est le nom donné à la gonade femelle. L'observation faite ici au grossissement minimal serait tout à fait reproductible chez l'être humain : ce que l'on observe est un follicule de de Graaf, c'est-à-dire, une région de l'ovaire mûre, prête à pondre un ovocyte.

L'ovaire contient, à la naissance, un nombre très grand de follicules immatures. Après l'acquisition de la maturité sexuelle (ce que l'on appelle aussi la puberté), les follicules se mettent à mûrir les uns après les autres (un en général par cycle menstruel chez la femme). Ce mûrissement se traduit par un gain en taille et un creusement des cellules folliculaires autour du futur ovocyte, dégageant une véritable cavité remplie de liquide. Le futur ovocyte est alors entouré d'une fine couche de cellules folliculaires qui donneront la corona radiata lorsqu'il sera expulsé du follicule ; il est encore relié à la nappe de cellules à la périphérie du follicule par un mince "pont" de cellules folliculaires. Lors de l'ovocytation (que l'on appelle parfois, d'une façon impropre, ovulation), la paroi de l'ovaire éclate et libère donc l'ovocyte à l'intérieur de la trompe de Fallope.

Le devenir de l'ovocyte est alors soit de rencontrer un spermatozoïde et de former une cellule-oeuf après fécondation, ou de mourir seul. Les menstruations se produisent dans ce deuxième cas quinze jours plus tard et marquent la fin de la vie du follicule.

lundi 26 mars 2012

Les goûts musicaux c'est pas évident - Mars 2012

Ce mois-ci, ma rubrique musicale est en retard - tout comme, à vrai dire, ma rubrique de microscopie. Mais je crois qu'il n'est pas trop tard pour bien faire et donc, en ce mois de Mars, je vous propose - à nouveau ! - d'écouter un peu de musique électronique...

Un morceau considéré parfois comme fondateur en trance music : Cafe del Mar par Energy 52, qui vous est ici proposé dans un mix d'une dizaine de minutes, plutôt apaisant, par Micheal Woods. Bon voyage...

dimanche 25 mars 2012

Hunger Games

J'avais entendu parler de loin du livre de Suzanne Collins, une oeuvre qui n'est pas sans évoquer le fameux Battle Royale (décliné en roman, film et manga). Comme la plupart des succès d'écriture actuels, une adaptation a vite été mise en train et le premier volet (l'oeuvre littéraire étant une trilogie) vient de sortir sur les écrans. Assez convaincu par une bande-annonce alléchante, je m'y suis donc rendu hier.
Résumé :
Une Amérique d'un futur proche qui, trois générations plus tôt, s'est déchirée dans une terrible guerre civile. Les douze districts se sont rebellés contre le Capitole mais le pouvoir central l'a emporté. Alors, depuis, les douze anciens districts rebelles doivent, chaque année, livrer chacun deux "tributs" : un garçon et une fille âgés d'entre douze et dix-huit ans. Les vingt-quatre doivent s'affronter à mort dans une arène, sous le regard de la télévision, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un, le vainqueur, à qui s'ouvre alors la porte vers la gloire, les honneurs, la richesse et la puissance... Katniss a seize ans. Elle vient du district 12. Elle se débat au quotidien pour chasser de quoi nourrir sa mère et sa petite soeur, Prim. Cette année, pourtant, sera différente : Prim est sélectionnée pour les Hunger Games ! Alors Katniss prend la lourde décision de se porter volontaire à sa place. Aux côtés de Peeta, le fils du boulanger, la voilà en route pour le Capitole où l'attendent la société du spectacle, l'entraînement et surtout, surtout, l'arène où elle va devoir tout faire pour survivre - y compris tuer...
Il y a là-dedans un intéressant mélange de mythe grec (le tribut d'Athènes à la Crète et la légende du Minotaure, quelqu'un ?) et de dénonciation de la télé-réalité. Cette arène où les jeunes tributs, pour ne pas dire "victimes sacrificielles", doivent s'affronter, n'est rien d'autre qu'un lieu factice où l'environnement est maîtrisé par les organisateurs des Hunger Games - et à ce titre, malgré leur caractère tragique, les péripéties qui frappent les malheureux participants sont dirigées par les maîtres du jeux et, au-delà, par leurs sponsors. Eh oui : comme dans n'importe quelle compétition sportive, les tributs peuvent être "sponsorisés" afin de recevoir de l'aide, à un moment ou à un autre de leur séjour dans l'arène... quelques rations de nourriture ou de médicaments pouvant venir à point nommé pour les aider à se tirer d'un mauvais pas. Et pour être "sponsorisé", mieux vaut être... télégénique. Katniss, amazone brute de décoffrage, va mettre un certain temps à le comprendre. Elle sera en cela aidée par son compagnon d'infortune, le fameux Peeta dont l'air benêt dissimule bien ses facultés d'adaptation et surtout une véritable grandeur d'âme.

Car ne nous voilons pas la face : il s'agit là d'un jeu dont le seul concept est répugnant, tout comme les jeux du cirque chers aux Romains. Loin, très loin de la tragédie grecque, laquelle permettait aux spectateurs de se défaire de leur ubris en observant les souffrances des personnages du théâtre, les Hunger Games satisfont au contraire les plus bas instincts, ceux qui font se réjouir de la souffrance et de la mort des autres. Il est facile, dans l'arène, de perdre son humanité... d'autant plus facile que certains des participants l'ont déjà perdue avant d'y entrer. Alors, pour survivre, il n'y a pas le choix : il faut se conformer aux règles... Et ceux qui s'allient entre eux sont conscients de ce qu'il ne s'agit que d'une transition, le temps d'éliminer d'autres concurrents plus dangereux - et que les comptes seront soldés plus tard. La force de Katniss et de Peeta c'est de parvenir à circonvenir ces règles malsaines. Les efforts des maîtres du jeu, qui distillent l'espoir avec un sadisme des plus stupéfiants, n'y feront rien.

Le film est une réussite graphique certaine. Aux tenues pastel et aux visages trop maquillés des citoyens décadents du Capitole s'opposent les costumes fonctionnels et les traits tirés des habitants des districts soumis. On retrouve bien une ambiance de "plateau-télé" avec ses sourires obligatoires, ses plaisanteries convenues et ses émotions artificielles. Un univers féroce et presque aussi hostile, en fait, que cette arène assistée par ordinateur où les tributs vont s'entretuer. Une quintessence de télé-poubelle, en fait, jusqu'à vous en écoeurer - si vous étiez, par le plus grand des hasard, friand de la déclinaison actuelle de ce type de spectacle. Je n'irai pas jusqu'à dire que ce film (à ne pas faire voir à n'importe qui), ou ce livre, font oeuvre de salubrité publique. Mais je pense que le film peut apporter du grain à moudre dans le cadre d'une réflexion sur le côté néfaste, malsain, de l'image télévisée.

Afin d'éviter, peut-être, qu'un jour pareille horreur n'arrive à nos descendants.

jeudi 22 mars 2012

Arlis des Forains

Je n'avais alors jamais rien lu de Mélanie Fazi, même si la couverture de ce livre avait attiré mon attention en librairie. Un jour il y a quelques semaines, j'ai été faire un tour chez Charybde (la petite soeur de Scylla) car il y avait là plusieurs auteurs, dont Lisa Tuttle et Mélanie Fazi. Je ne suis pas reparti les mains vides : un exemplaire signé de ce livre a rejoint ma PàL. Je viens de le dévorer en quelques heures et maintenant, place à ma chronique...
Résumé :
Arlis, à onze ans, vit dans une troupe de forains qui circule de ville en ville dans les Etats-Unis à une époque indéterminée. La troupe est sa vie, pour Arlis : pourtant, la femme qui veille sur lui depuis son plus jeune âge, Lindy, n'est pas sa mère. Tout ce qu'on lui a dit des conditions de sa découverte, c'est qu'il s'est retrouvé seul dans la cage de l'ours de la troupe. Un jour, celle-ci arrive dans la petite ville de Bailey Creek où Arlis n'est pas long à faire la connaissance de Faith qui, bien que fille de pasteur, se livre dans le secret d'un champ de blé à des rituels très peu chrétiens. Elle prétend pouvoir faire revenir les morts, à commencer par sa mère... Où finit la part du jeu de l'enfant et où commence le mystère qui pèse sur Arlis ?
Même si ce livre est court (trois cents pages en poche), la vitesse à laquelle je l'ai lu témoigne de l'intérêt que je lui ai porté. Son argument est court et même peut-être déjà vu : qui, dans son enfance, ne s'est jamais posé la question de savoir si ses origines étaient bien celles évoquées par les adultes ? Qui n'a jamais cherché à s'inventer ses propres rituels et - au-delà - sa propre spiritualité, parfois concurrente de celle imposée par les mêmes adultes ? Et pourtant, à partir d'un postulat si familier qu'il touche presque à l'intime, l'auteure tire une histoire originale, presque en faux-semblants, où l'on attendrait - presque - la survenue d'un monstre ou de phénomènes inquiétants et où, en fait, l'intrusion du fantastique dans le réel est moins effrayante que nostalgique. A la fin, c'est de circonstances très rationnelles que sourd l'angoisse, en fin de compte. Lorsque le jeu cesse d'en être un : Arlis va grandir, et le prix en sera l'apprentissage du définitif.

L'histoire est servie, ce qui ne gâche rien, par une écriture maîtrisée, un langage précis et puissant à la fois. L'auteure est parvenue à mettre dans la bouche d'Arlis - narrateur de cette histoire - un langage pas tout à fait enfantin mais en tout cas, pas celui d'un adulte, ce qui en renforce la crédibilité. C'est en fin de compte un roman que je mettrais sans hésiter entre les mains d'une personne réfractaire aux littératures de l'imaginaire, histoire de lui montrer que, oui, les écrivains qui s'intéressent à ce champ peuvent livrer des pièces qui touchent à l'universel. C'est aussi un roman qui m'invite à y revenir : pour faire référence à la dédicace faite par Mélanie Fazi, pour un premier contact, c'est une très bonne impression. Merci.

mercredi 21 mars 2012

May le Monde

De Michel Jeury, je n'ai jamais rien lu. Allez, soyons honnête : j'ai commencé il y a pas loin de deux ans Soleil chaud Poisson des Profondeurs, un soir, veille d'un jour où je me levais tôt. Le lendemain, je ne l'ai pas repris. Mon père m'ayant dit que celui-ci valait la peine que l'on s'y intéresse, j'ai décidé de lui laisser sa chance.
Résumé :
Un monde qui ressemble au nôtre mais qui est pourtant différent. Très différent. May est une petite fille qui sort de l'hôpital pour une permission chez son grand-père. Est-elle en rémission ? Est-elle mourante ? Tout ce qu'elle sait pour de bon, c'est qu'elle pense avoir eu ses prem's : les prémices du Changement qui pourra lui tomber dessus n'importe quand après sa puberté. Car dans le monde où vit May, il arrive que les adultes Changent : un beau jour, parfois sous l'effet d'un stress intense, ils deviennent... quelqu'un d'autre. Et il arrive que le Changement soit si fondamental que leur vie... devient une autre vie... et même, parfois, ils changent de monde. Alors, May rêve à un monde meilleur que le sien. Sans savoir qu'ailleurs dans l'Extension, des gens cherchent le Voyage - et que le monde que May imagine est peut-être leur destination finale...
On se sent aussitôt dans un autre monde à la lecture de ce livre, et pas qu'à cause des titres de chapitre, à base de "May - Monde 1 - 2022" par exemple. May le Monde, c'est avant tout un langage à part, venu d'ailleurs... ou plutôt construit avec un certain talent et une cohérence non moins certaine. Michel Jeury parvient à être à la fois exotique et transparent dans ses intentions de vocabulaire. Cela demande un petit temps d'adaptation et confère au livre une touche discrète d'inquiétante étrangeté, pas trop non plus si bien que l'on n'en vient pas jusqu'à l'exaspération : voilà un travail bien dosé qui établit aussi, à sa façon, certaines règles du jeu.

Mais quel jeu ?

May est atteinte d'une maladie grave. Même si, dans son monde semblable au nôtre et pourtant différent, la philosophie et la religion, façonnées par le Changement et la possibilité des Voyages entre les monde, ont donné lieu à des sciences nouvelles (l'égologie et la mondologie), la biologie reste valable et cruelle aux enfants malades et à leurs rêves. D'emblée, on perçoit la villégiature de May comme un véritable enfermement sans début bien délimité ni fin. De sa vie "d'avant", quelques rares indices qui ne semblent guère concluants. Par contre, ce "monde en réduction" où elle vit et rêve est soumis à une dégradation de plus en plus inquiétante. Le péril associé à la présence d'un prédateur, puis celui de contaminants biologiques et enfin celui de la raison d'Etat rappellent que May est en sursis.

A moins que...

Entre les différents moments où l'on explore avec May son univers familiers, moments de plus en plus inquiétants et même angoissants, on est confrontés à d'autres réalités. D'autres vies. D'autres mondes. Ceux où des gens doivent lutter contre un pouvoir oppressif. Et où le Changement lui-même est source de souffrances. De ces passages, qui sont somme toute les plus troublants du livre, Michel Jeury semble presque avare. Comme si, en fait, pour comprendre l'Extension il suffisait de se laisser tirer en avant par la main de May. Une main de démiurge.

Il y a là-dedans quelques allusions à des grands maîtres du fantastique et de la SF. Une citation de Borges avant la préface. Une très forte odeur de Dick dans ce concept de Changement - qui m'apparaît comme un autre nom donné à celui de "nature subjective du réel" (vous savez ce que j'en pense). Il y a aussi de l'uchronie, allez, dans cette histoire où Europa, en 1870, est maîtrisée par une triple alliance entre les équivalents de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne. C'est aussi un livre-univers, au sens premier du terme, avec son langage et ses concepts d'une extrême robustesse.

Mais en fin de compte, où au juste l'auteur nous emmène-t-il au terme de ce voyage aussi inquiétant que déroutant ?

Si vous avez une explication, je serais curieux d'en prendre connaissance...

dimanche 18 mars 2012

Béhémoth

Voici le deuxième tome de la saga steampunk et uchronique de Scott Westerfeld dont j'ai présenté ici le premier tome.
Résumé :
Le Léviathan a subi une étrange réparation : la greffe des moteurs clankers lui a permis de récupérer sa mobilité. A bord, Alek et ses hommes sont dans une position inconfortable : ils savent que leur statut est précaire. L'Autriche-Hongrie n'est pas encore en guerre contre la Grande-Bretagne mais ce n'est qu'une question de semaines et peut-être même de jours... Nul doute alors qu'ils seraient jetés aux fers en tant que prisonniers de guerre, l'aide qu'ils ont apportée à l'équipage britannique aussitôt oubliée. Pour Deryn, qui se cache toujours sous le nom de Dylan, la situation est tout aussi déplaisante : le prince Alek ne lui est pas indifférent et elle se rend compte qu'elle envisage de prendre avec ses devoirs des libertés de plus en plus grandes, confinant presque à la trahison. Tout le monde se dirige vers l'ancienne Constantinople, devenue Istanbul, où les Britanniques vont tenter de racheter la confiance du Sultan ottoman. Sur place, ils trouvent une ville rongée par des factions ennemies... et où l'Allemagne est en train de s'emparer de la réalité du pouvoir. La fièvre révolutionnaire permettra-t-elle au Léviathan d'échapper au canon de Tesla que les Allemands construisent à l'entrée du détroit des Dardanelles ?
Le premier tome de cette saga nous familiarisait avec ses concepts originaux : d'un côté, les civilisations "darwinistes" qui, grâce à la manipulation des "fils de vie" (l'ADN découvert dans cette histoire par Darwin) apprennent à générer des êtres vivants biofabriqués ; de l'autre, les cultures "clankers" orientées quant à elles vers le machinisme, qui considèrent les bioconstructions comme des monstruosités contre-nature. Cette dichotomie se superpose au jeu des alliances historiques bien connues dans le contexte de cette première guerre mondiale uchronique : Triple Entente (France, Grande-Bretagne et Russie) contre Puissances Centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie et Empire ottoman). Scott Westerfeld nous propose donc une uchronie à plusieurs niveaux : le premier, le plus évident, est bien entendu le niveau steampunk, lequel n'est pas présent qu'au simple état d'esthétique ; le deuxième, plus original, est celui de l'introduction du concept de guerre idéologique, là où la Première Guerre Mondiale telle que nous la connaissons était avant tout une guerre de nations - voire même une guerre de dynasties régnantes, venue solder les derniers comptes du Congrès de Vienne.

L'oeuvre assume son statut d'oeuvre jeune public avec le personnage central d'Alek, prince-héritier "caché" de l'Autriche-Hongrie, qui associe à un statut précaire certaines décisions plus ou moins dangereuses pour lui et les siens : à travers lui Scott Westerfeld propose un personnage auquel le jeune lecteur est appelé à s'identifier. Cependant, le rang de véritable héros lui est disputé par celui de Deryn, qui dissimule son sexe puis ensuite ses sentiments sous la couverture de Dylan, son homologue masculin. Dissimulation efficace dans l'ensemble - mais supercherie qui n'échappe en fin de compte pas aux regards affûtés de l'un des personnages capitaux. Deryn est, au sens propre de l'expression, un personnage "sous pression" : physique tout d'abord, car on lui confie une mission dangereuse, personnelle ensuite et surtout émotionnelle. Une pression qui commence à faire se fissurer sa coquille : de plus en plus souvent sa voix s'échappe vers les aigus et elle envisage de confier son secret au prince Alek. La romance qui s'annonce (peut-être ?) entre les deux personnages m'apparaît un peu comme un passage obligé dans le cadre d'un roman jeune public contemporain mais j'avoue que j'aimerais bien voir l'auteur nous mener en bateau. Le troisième tome, à paraître, en décidera.

Ce livre est comme le précédent illustré d'une façon qui n'est pas sans m'évoquer le style "Belle-Epoque". Les personnages y trouvent une véritable personnalité, l'illustrateur étant parvenu en particulier à très bien retranscrire l'ambivalence du comportement de Deryn sous la forme d'une ambiguïté dans ses traits physiques. C'est donc un beau livre, très agréable à lire, et qui devrait faire la joie de plus d'un jeune lecteur.

Livre lu en lecture commune sur le Cercle d'Atuan.

Voir aussi la chronique d'Endea.

vendredi 16 mars 2012

Le Défi Frank Herbert : ultime récapitulation

Comme annoncé par ailleurs, le Défi Frank Herbert est prolongé jusqu'au 15 Avril, et ce afin d'englober la lecture commune du Cerveau vert qui est planifiée pour le 31 Mars.

Saluons d'abord l'arrivée de mait parmi les concurrents. En raison du recul de la date de fin du Défi, je n'accepterai désormais plus d'inscriptions : il y aura donc dix-huit participants. Une récapitulation, histoire de savoir quels sont les favoris en cette fin de Défi, ne fera pas de mal...

Ce qui nous fait donc un total de 39 participations. A ce jeu, les chroniqueurs les plus assidus sont dans l'ordre Leto (13 participations), Ionah (8 participations), Seindfu (7 participations). Leto a pris une certaine avance en chroniquant l'ensemble des nouvelles du recueil Le Prophète des Sables. Connaissant Ionah, je me doute qu'il a encore plus d'un tour dans son sac et je pense bien que le Monkey va tenter de "sniper" le Duc. Qui, dans cette histoire, sera le Ferocias de l'autre (pour ceux qui ne comprendraient pas mon allusion, c'est par là) ? Pour le savoir, il va falloir attendre encore un peu... c'est-à-dire environ un mois !

lundi 12 mars 2012

John Carter

J'avoue n'avoir jamais lu les livres de Edgar Rice Burroughs, ma culture Archéo-SF laissant quelque peu à désirer. Tout au plus ai-je entendu la rumeur de son cycle martien... ainsi que le fait qu'il est, entre autres choses, l'inventeur du personnage de Tarzan.

Nul n'étant parfait, alléché par l'affiche, pas trop repoussé par la (petite) mention au-dessus du titre, (très) bien accompagné par un couple d'amis, je suis donc allé voir ce film en semaine dernière.
Résumé :
Sur Terre, John Carter est un ancien soldat confédéré, à présent un chercheur d'or, que l'armée "yankee" souhaite enrôler dans la lutte anti-indienne. Esprit indépendant, intéressé par le seul or, il s'échappe d'un cachot et, au cours de sa fuite, élimine un étrange personnage qui laisse échapper un médaillon lumineux en marmonnant de curieuses paroles. En cherchant à l'imiter, John Carter se trouve propulsé dans un désert où, à sa grande surprise, le moindre bond le projette à des dizaines de mètres de distance et où pullulent des géants verts à six membres ! A nouveau capturé, Carter apprend qu'il est maintenant sur Barsoom, la planète qu'il connaît sous le nom de Mars, un monde agonisant où une guerre terrifiante est en train de se livrer entre la ville paisible d'Hélium et la belliqueuse Zodanga. Le prince de Zodanga dispose d'une arme tirant son pouvoir destructeur du "neuvième rayon" : menaçant de tout écraser sur son chemin vers la domination de Barsoom, il exige que lui soit remise en mariage la princesse héritière d'Hélium. Mais pour elle, ce mariage serait pire que la mort... Aussi s'enfuit-elle, sans savoir que son chemin va du coup croiser celui de Carter. Saura-t-elle le convaincre d'embrasser la cause d'Hélium ?
Voilà une histoire qui, en dehors de son argument martien, fleure plus la fantasy que la SF - et mérite en fait, pour moi, son classement dans les deux catégories afin de ne pas utiliser une étiquette science-fantasy qui ferait peut-être bien ricaner Guillaume, le Traqueur Stellaire. C'est au fond une histoire de héros bien bourrin faisant face à des adversaires eux aussi bien bourrins, qu'il élimine à grands renforts de coups de sabre, de pains dans la face et de technologie pas trop technologique et pas mal magique. Dans ce contexte les tenues antiquisantes (comprendre : dénudées) de l'ensemble des protagonistes martiens évoquent moins un climat chaud qu'un exotisme plus ou moins cheap : on voudrait présenter Barsoom comme le dernier champ de bataille où la tyrannie, dont comme par hasard l'étendard est rouge, cherche à imposer sa domination à tout le reste du monde... mais ce que l'on n'est pas loin de voir, en fait, c'est un remake martien d'une célèbre série américaine se déroulant sur le littoral et dont le principal argument était le tour de poitrine de l'une de ses actrices.

Non, je déconne.

Il y a là-dedans de la bonne SF, à commencer par cette faction mystérieuse des Therns qui manipule tout le monde en sous-main, et dont les membres peuvent adopter l'apparence de n'importe lequel des protagonistes - un concept qui instille une sensation de danger imminent et qui n'est pas loin d'être dunien (les Danseurs-Visages, quelqu'un ?). Et puis Mars, pardon, Barsoom est d'une beauté aride qui est elle aussi assez dunienne. A voir ces rivières qui se perdent dans le désert, ces peuplades qui abandonnent leur descendance afin de sélectionner les plus forts, ces villes en ruine et ces nefs aériennes, on pense à Dune, tôt ou tard. Pas de prophéties dans John Carter, cependant. Mars est présentée comme une planète épuisée par ses peuples sous la néfaste influence des Therns. Qui sont-ils au juste ? Et qui servent-ils sinon l'entropie ? Là où Frank Herbert esquisse un système orienté vers les dangers de l'avenir, le schéma que l'on perçoit dans cette adaptation évoque plutôt une lutte contre le temps et l'entropie. L'aspect juvénile ou presque du héros, qui semble ne pas vieillir pendant ses années de retour sur Terre, viendrait confirmer cette impression : certaines aventures ne font pas vieillir, et l'on comprend que notre propre voyage sur Mars n'a été qu'une façon pour l'auteur d'y ramener John Carter. Voilà qui n'est pas sans évoquer Narnia - oups. J'aurais peut-être pas dû la faire, cette comparaison...

J'ignore si le parti-pris de faire intervenir un personnage au nom de Burroughs relève d'une intention de la part de celui-ci. Néanmoins, le procédé littéraire impliqué me paraît tout à fait intéressant : je crois bien qu'un jour ou l'autre je me pencherai sur ce Cycle de Mars, tiens... Qui sait, peut-être pour une prochaine édition du Summer Star Wars ?

Lire aussi l'avis de Guillaume.

dimanche 11 mars 2012

Don Quichotte Apocryphe

Histoire de conclure le Mois Don Quichotte (l'anniversaire de mon blog, c'était il y a un mois), pourquoi ne pas se plonger dans la continuation apocryphe de l'oeuvre de Cervantes ?

Résumé :
Don Quichotte, rentré chez lui, est soigné de sa folie par ses proches à force de chapelets, rosaires et autres dévotions, si bien qu'il mène une vie plus tranquille, à la grande satisfaction des notables de son village qui le pensent guéri. Mais le feu couve sous la cendre. Sancho n'a pas renoncé à l'idée d'acquérir un gouvernement. Par ailleurs, une rencontre fortuite excite la folie de Don Quichotte : le voilà reparti sur les routes, à la recherche de l'aventure, en compagnie de son écuyer errant. Ils partent pour Saragosse où Don Quichotte veut pouvoir participer aux joutes. Le chemin sera cependant long, et la folie du chevalier ne cesse d'augmenter, tout comme l'appétit de Sancho...
La fin du premier tome du Quichotte laissait le lecteur dans l'expectative : on y voyait un Don Quichotte ramené chez lui par la force mais pas du tout guéri, tout juste à peine soigné de son délire chevaleresque. L'auteur se ménageait de toute évidence la possibilité de reprendre son personnage - ce qu'il a fait en effet quelques années plus tard. Le public, cependant, a montré un véritable engouement pour une oeuvre considérée à l'heure actuelle comme l'une des plus importantes au monde. Un tel engouement ne pouvait qu'éveiller la convoitise : l'auteur lui-même a eu la surprise, un an avant de publier son deuxième tome, de voir sortir un... Quichotte apocryphe, écrit par un certain Avellaneda, auteur dont l'identité réelle reste mystérieuse même à l'heure actuelle. Si Cervantes, dans sa préface à sa deuxième partie, semble faire preuve d'une certaine bienveillance à l'égard d'Avellaneda - la notion de plagiat était alors bien plus floue qu'à l'heure actuelle - on se rend compte, à la lecture de la fin du deuxième tome, qu'elle regorge d'allusions à l'oeuvre apocryphe : allusions souvent piquantes, certains personnages de l'apocryphe étant réutilisés, certaines de ses scènes étant reprises pour être parfois moquées. De toute évidence, l'auteur a lu l'apocryphe, et cette lecture a influencé son écriture de la deuxième partie. C'est pourquoi je pense que lire cette oeuvre "parasite" permet d'acquérir des clés de compréhension pour le Quichotte de Cervantes...

La comparaison s'impose entre l'apocryphe et les deux tomes authentiques du Quichotte. Avellaneda semble avoir très bien compris les ressorts comiques du premier tome et il les réemploie non sans efficacité, non sans forcer le trait de la folie du personnage qui prend de plus en plus l'imaginaire pour le réel. Sancho, lui, se transforme en véritable bouffon, titre qu'il est presque sur le point d'acquérir à la fin du livre. On sent à ce parti-pris que ce n'est plus le même auteur qui est aux commandes des personnages : Cervantes, même s'il les malmenait, gardait pour eux un certain respect voire même de l'affection. La traduction, si elle est fort différente - la plus récente remonte à 1853 et elle n'a pas été ré-éditée pendant une très longue période - n'explique pas tout. En utilisant l'instrument imaginé par Cervantes, Avellaneda n'a pu composer la même musique.

Et pourtant, certaines circonstances dans ce livre ne sont pas sans évoquer celles du deuxième tome authentique. Certains thèmes - l'attitude des nobles, par exemple, qui se jouent des deux pauvres hères sans aucune honte - se retrouvent, transparents, aussi bien chez Cervantes qu'Avellaneda. Mieux que cela, on croit percevoir, à travers certains indices, que les deux auteurs... se connaissaient et se sont livrés bataille à travers leur interprétation des folies de Don Quichotte ! Est-ce que le personnage s'est retrouvé, quelque part, l'enjeu d'une rivalité littéraire qui prolongeait, peut-être, une rivalité humaine ? On ne le saura pas, et on se dira juste qu'à certaines époques, sans doute, certaines idées sont dans l'air...

lundi 5 mars 2012

J. Edgar

J'ai vu hier le biopic de Clint Eastwood sur J. Edgar Hoover, le premier directeur du FBI, une figure que l'on peut volontiers qualifier de controversée...
Résumé :
En 1919, le Ministre de la Justice des Etats-Unis échappe de peu à un attentat. En même temps, huit autres bombes explosent ailleurs dans le pays : sont visés des hommes politiques et des hommes d'affaires, emblèmes de la puissance économique des Etats-Unis. C'est que, deux ans après la Révolution d'Octobre, certains cherchent à l'exporter ailleurs dans le monde... et que leurs méthodes sont parfois sanglantes. Hoover, jeune collaborateur du Ministère de la Justice, sait que pour endiguer le "péril rouge" les méthodes habituelles ne suffisent pas. Il faut mettre sur pied un véritable bureau d'investigation, aux pouvoirs étendus, et recourant aux méthodes scientifiques aussi bien dans l'acquisition de l'information que dans son classement et sa conservation...
Le FBI en formation, tel qu'il est décrit dans ce film, apparaît comme un véritable Etat dans l'Etat. Les pouvoirs étendus de Hoover qui, pendant près de cinquante ans, a dirigé l'agence comme sa "chose" font de lui un des hommes les plus puissants des Etats-Unis entre les années vingt et les années soixante-dix, et contribuent à faire de ce pays un véritable Etat policier, une "démocrature" en quelque sorte (que je pense dénoncée, quelque part, dans La Ruche d'Hellstrom par le Maître en personne). Détenant un pouvoir de chantage sur à peu près n'importe quel membre du personnel politique, Hoover se présente ici comme l'ultime gardien de "l'esprit" des Etats-Unis - son défenseur contre l'idéologie communiste, puis contre le gangstérisme, puis enfin contre les mouvements de libération des Afro-américains. En d'autres termes, un gardien du consensus WASP - grâce à des méthodes feutrées qui évoquent presque celles du KGB. Nul doute qu'une personnalité comme celle de Hoover, que le film présente comme dirigé depuis son enfance par une mère abusive, aurait - sous d'autres régimes - donné de ses talents avec la même efficacité, au service d'une autre idéologie...

Hoover, homme de secrets, en cachait lui aussi. Le film insiste beaucoup sur la nature de sa relation avec son numéro deux, Clyde Tolson, et le fait que les deux hommes partagent repas, distractions et vacances laisse entendre - sachant qu'aucun des deux ne fréquente par ailleurs de femme - qu'ils partagent encore autre chose. J'ignore au juste ce qu'il se passait dans le "bureau privé" de Hoover et je ne souhaite pas le savoir. J'imagine cependant que l'homme qui a été capable, pendant cinquante ans, de tenir huit Présidents des Etats-Unis par je ne sais pas trop quels organes et d'assurer de la sorte sa propre perpétuation devait bien être capable de faire garder ses propres secrets à l'abri... En réalité, seules deux personnes possèdent sa confiance : outre son numéro deux, sa secrétaire personnelle - toujours la même depuis les années 20 ! - qui fera disparaître (selon sa volonté, semble-t-il) tous ses "dossiers confidentiels" après sa mort. "Dossiers confidentiels" sur lesquels Nixon aurait voulu mettre la main, toujours d'après le film.

C'est en fait le portrait d'un homme qui, malgré les changements d'époque et de continuité historique, reste persuadé d'avoir raison contre tous : la police doit être indépendante d'un contrôle politique. Sauf que ses propres choix d'ordre politique finissent par déteindre sur cette même police. A la fin de son mandat (de sa vie, en fait) il semble avoir manifesté de la méfiance à l'égard de Nixon, que le film n'est pas loin de présenter comme étranger aux "valeurs américaines". Le film, déjà ambigu dans sa présentation du personnage de Hoover (critique ou favorable ?) adopte ici une position difficile à interpréter. Une position aussi énigmatique, sans doute, que le personnage qu'il dépeint.

Lire aussi l'avis de Les Murmures.

dimanche 4 mars 2012

Toilettage du blog

J'ai pris hier mon courage à deux mains, saisi sans doute d'une crise de rangite aiguë, et j'ai terminé (enfin, je pense) un travail qui traînait depuis plusieurs mois... C'est-à-dire la mise en alignement justifié de tous les "anciens articles" - c'est-à-dire, ceux qui sont antérieurs à la Toussaint 2010, moment auquel j'ai commencé à utiliser la justification du texte sur mon blog. Ne me demandez pas ce qui m'a pris au juste, je ne le sais pas moi-même... Toujours est-il que le travail est à présent terminé... en théorie : si vous tombez, en lisant l'un de ces "anciens articles", sur un passage non justifié, n'hésitez pas à me le signaler.

J'en ai profité, par ailleurs, pour revoir mon système d'étiquettes. J'associe maintenant, et d'une façon systématique, à chacune de mes chroniques une étiquette pour le (les) auteur(s) à l'origine de l'oeuvre chroniquée. Chose qui m'amène à l'annonce principale qui nous intéresse ici : la page "Auteurs" est désormais fonctionnelle sur le blog. Je vous invite à vous y rendre et à tester la navigation par auteur ! Bien entendu, les pages d'index par titre (en SFF, BD/manga ou pour les Autres fictions) restent accessibles. Vous disposez (moi aussi, en fait) par conséquent d'un outil supplémentaire pour identifier telle ou telle chronique.

Lors de la constitution de cette page, la question s'est posée pour moi de savoir s'il n'était pas judicieux de réaliser un index des auteurs par genre... Outre le fait que cela aurait nécessité de faire trois pages au lieu d'une seule, cela m'a semblé peu pertinent : j'ai toujours considéré les oeuvres que je lis comme équivalentes a priori quelle qu'en soit la forme. Il me semble donc difficile d'envisager une subdivision des auteurs... Du reste, la notion d'étiquette étant parfois difficile à cerner, il aurait pu se produire que certains auteurs seraient apparus sur plusieurs pages distinctes. J'ai donc préféré simplifier par avance l'utilisation de l'index en ne réalisant qu'une seule page. Et pour en faciliter l'accès, j'ai utilisé un système d'ancres alphabétiques en HTML. En d'autres termes, si vous cliquez sur la lettre "Q", vous allez tomber tout de suite sur la liste des auteurs dont le nom (ou le pseudonyme !) commence par cette lettre. C'est-à-dire, sur une liste vide pour le moment... Mais rassurez-vous, cela marche aussi bien avec les autres lettres !

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne exploration.

samedi 3 mars 2012

L'Homme après l'Homme : une Anthropologie du Futur

Voici un livre dont j'avais eu connaissance, il y a longtemps (j'étais en Quatrième donc ça remonte à près de vingt ans), à travers un article dans Science et Vie Junior. Il y a quelques temps je suis tombé par hasard sur une illustration qui m'a rappelé ce livre : après quelques recherches, il m'a été possible de dénicher son titre exact - condition sine qua non pour une requête fructueuse, et une commande, sur un site de bouquinerie en ligne dont je tairai le nom. Je ne l'ai pas lu dans le détail, préférant m'attarder sur les illustrations (dont je gardais un souvenir très précis pour les plus spectaculaires d'entre elles) et sur certains textes.

L'auteur nous propose en fait d'explorer certaines hypothèses de l'évolution humaine future, à travers plusieurs postulats :
  • L'espèce humaine actuelle est condamnée à plus ou moins long terme, d'abord à cause du dérèglement climatique et de l'épuisement des ressources disponibles, mais aussi à cause d'un phénomène d'ordre géologique périodique en "temps long" : l'inversion du champ magnétique terrestre, qui se traduit par une brève période où les rayonnements solaires et cosmiques ne sont plus filtrés par la ceinture de Van Allen.
  • L'irruption de l'ingénierie génétique, puis d'une convergence accrue entre la biologie et la cybernétique permet, dans le futur proche, l'apparition de nouvelles espèces humaines - aquamorphes, spatiomorphes et cyborgs.
  • Les derniers êtres humains "à l'ancienne", ceux qui ont survécu à la disparition de la civilisation urbaine, se retrouvent soit dans des communautés pastorales soit en partance loin d'une Terre épuisée.
Postulats très pessimistes qui méritent, à mon sens, un classement de cet ouvrage dans le genre post-apocalyptique (coucou Tigger Lilly et Gromovar !) et à partir desquels l'auteur suit l'Histoire de l'évolution humaine sur Terre pendant cinq millions d'années. Presque rien, donc, à l'échelle des temps géologiques... Et pourtant, assez longtemps pour observer une diversification et une adaptation des branches de la famille humaine à de nouveaux habitats et de nouveaux modes de vie.

Si le genre Homo en lui-même disparaît assez vite, affaibli par la crise écologique puis éliminé en fin de compte par l'inversion du champ magnétique terrestre, lui succèdent aussitôt plusieurs nouveaux genres humains - issus des variétés produites par ingénierie génétique. C'est que les cyborgs, avant de s'éteindre comme les êtres humains à l'ancienne, ont eu le temps de remplacer la faune disparue par des variétés humaines adaptées aux nouveaux environnements. De nouvelles espèces humaines dont les individus ont pour seuls points communs les traits de leurs visages et leur absence de conscience d'eux-mêmes.

Lorsque, dans un futur plus éloigné - cinq millions d'années ! - les descendants des exilés reviennent sur Terre, ils découvrent de très lointains cousins qui n'ont, pas plus qu'eux, rien à voir avec leurs ancêtres communs. L'intelligence est désormais disparue sur Terre depuis une éternité, toute forme de civilisation oubliée au sens propre du terme. La planète-mère devient à nouveau le siège d'une civilisation dont les maîtres, à présent adaptés à des conditions environnementales différentes, entreprennent une exploitation assez hostile, laissant après eux un monde à nouveau dévasté - prélude à un nouveau commencement, peut-être ?

Un livre qui, malgré sa présentation assez orientée "jeune public", ne me semble pas tout à fait destiné à celui-ci. Les hypothèses évolutives restent tout de même assez science-fictives et peut-être même farfelues. La préface de Brian Aldiss montre bien, au passage, qu'il s'agit avant tout d'un livre de SF.

Dougal Dixon, l'auteur de ce livre, est paléontologue et géologue. Il a produit deux autres livres de biologie spéculative, After Man : a Zoology of the Future et The new Dinosaurs, que j'essaierai peut-être de me procurer à l'avenir.

vendredi 2 mars 2012

Kurt Beckett tome 1

J'ai rencontré les frères Datry au Salon de l'Imaginaire de Nogent-sur-Oise. Ils m'ont parlé de leur personnage, Kurt Beckett, un dur à cuire qui écume les régions un peu louches d'un espace en cours de colonisation... Voici le premier volet de ses aventures.
Résumé :
Qui est Kurt Beckett ? Rien d'autre qu'un justicier intergalactique free-lance, ex-flic, voyageant de bar en bar à bord d'une R5 spatiale pourave mais à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux. Il faut dire que depuis que sa femme l'a quitté, il n'a plus beaucoup d'attaches dans le monde... hormis les contrats qui lui sont proposés par des individus plus ou moins louches. Des contrats qui nécessitent qu'il paye de sa personne... Et voilà qu'une femme riche réclame de sa part qu'il aille rechercher quelque chose qui lui a été volé par les redoutables Amazones ! Comment va-t-elle s'y prendre pour le convaincre d'accepter ce qui s'apparente à une mission suicide ?
Commençons par le trait : tout en arêtes et en lignes droites, il m'évoque assez ce que l'on peut lire dans certains vieux numéros de Fluide Glacial. En revanche, quelques innovations dans la mise en mouvement des personnages et des cases m'apparaissent tout droit sorties du manga. Les frères Datry, de toute évidence, ont cherché à rendre hommage à la BD de leur (notre) adolescence tout en réutilisant des codes issus d'oeuvres différentes. Brouillage des lignes : voilà qui est de nature à me plaire. Sans en rajouter dans la prise de tête illisible, cette BD impose d'emblée sa personnalité : c'est plutôt bienvenu. L'emploi du noir et blanc rappelle lui aussi le manga et impose une ambiance "film noir" de bon aloi.

Continuons par l'intrigue : il faut reconnaître que c'est, peut-être, un peu plus convenu : Kurt Beckett est un mercenaire, un dur à cuire, on l'amène chez sa cliente, il se laisse convaincre, et il met au point une stratégie d'infiltration. Et puis les cases, entre une séquence baston et une séquence émotion, ne contiennent pas toujours beaucoup de dialogue. Néanmoins, cela reste pas mal amené, ainsi que tout à fait lisible. On se sent bien, et en terrain familier : après tout, L'Incal de Jodo lui-même ne démarre-t-il pas de la même façon ? Et puis cette idée de nation Amazone, "female only", hostile aux hommes, et totalitaire à l'évidence, a quelque chose de très intéressant. Quelque chose de pulp - qui fera peut-être bien grincer quelques dents... En bref ça se laisse lire et mieux que ça : on est intrigué. On se dit qu'on donnera sa chance au prochain épisode, et pas que parce qu'on souhaite savoir comment ça va se finir !

Concluons par des encouragements aux heureux créateurs de Kurt Beckett : le personnage, de toute évidence, mérite sa chance...

jeudi 1 mars 2012

La vidéo SF du mois - Mars 2012

Hormis le space-op', je m'intéresse volontiers à d'autres genres en SF. Depuis on va dire une trentaine d'années (ça tombe bien : ça correspond à mon âge), il est un genre en SF qui prend une place prépondérante. A tort ou à raison, il y a eu un moment (certains diront là : Challenger 1986) où le rêve spatial a été détrôné au profit d'un autre type de rêve, dans un autre type d'espace, celui des Mailles du Réseau, pour paraphraser le titre du roman (que je n'ai pas lu) de Bruce Sterling. Comme souvent, Hollywood s'est emparé quelques années plus tard du concept et nous a un peu (trop) abreuvés de films cyberpunk, dont l'un des plus connus du grand public est le célèbre Matrix.

Je dois dire que cette trilogie est un peu le type même du film de SF que j'adore détester. Je m'étais emmerdé comme c'était pas permis devant le premier volet : impossible de comprendre en quoi ces délires sur la nature du réel pouvaient parler à des personnes sensées... surtout lorsque ces mêmes personnes me disaient avec un petit sourire "mais qui sait, c'est peut-être vrai ?"... Mouais. Z'avez jamais entendu parler de fiction, sans doute ? Et il m'a suffi d'ouvrir quelques Dick pour comprendre que je n'accroche pas avec les délires quant à la nature subjective du réel. J'admets cependant que regardé au deuxième degré, on peut prendre Matrix pour le sympathique navet blockbuster qu'il aurait dû rester, au contraire de ce que les fans de ce divertissement verbeux et philosophico-fumant voudraient bien faire croire aux sceptiques. Quelques années plus tard, on a vu arriver sur les écrans la séquelle de ce que certains présenteraient presque comme le film de SF du siècle (mais lequel ? et pourquoi pas celui du millénaire tant qu'on y est ?). J'avoue que les bandes-annonces de Matrix : Reloaded m'avaient bien branché. Je n'ai donc pas manqué de le voir au cinéma. J'en étais sorti cette fois-ci emballé, d'abord parce que ça claquait bien, et puis parce que les créateurs de la chose donnaient l'impression de vouloir faire péter toute la mythologie qui tournait autour de leur délire. Autant dire que j'étais impatient de découvrir la fin de la série...

Et puis nous avons eu Matrix : Revolutions. Et puis... ben, en fait, il n'y a rien à dire, sinon que la loi des trilogies en SF m'est apparue vérifiée une fois de plus : à mon sens, le meilleur épisode, c'était le deuxième. Je terminerai cet article sur deux regrets. Le premier, c'est l'invraisemblable costume de Trinity quand elle est dans la Matrice (où donc a-t-elle trouvé tous ces sacs-poubelle ?). Et le deuxième, c'est encore la bande-annonce du troisième volet de la série, qui me semblait promettre une magnifique conclusion.