mercredi 30 novembre 2011

Anthologie des Utopiales 2011

J'ai lu avec bonheur l'Anthologie officielle des Utopiales 2011. Il est à noter que mon exemplaire est dédicacé par maints auteurs : les titres des nouvelles correspondantes seront écrits en lettres grasses. Par ailleurs, j'ai demandé à Thomas Day, dont j'avais lu (et gardé un très bon souvenir) il y a longtemps La Voie du Sabre et la séquelle L'Homme qui voulait tuer l'Empereur de bien vouloir me faire une dédicace sur ce livre, en mémoire de l'endroit où j'ai pu le rencontrer. Je le remercie beaucoup pour avoir bien voulu le faire !

Le Radeau du Titanic (James Morrow) : et si, au lieu d'évacuer les passagers du Titanic sur des embarcations de toute façon pas assez nombreuses, le commandement du bateau en perdition avait choisi une solution bien plus folle, à savoir constituer un gigantesque radeau où recueillir tout le monde ? Une uchronie très amusante, peut-être pas très vraisemblable mais qui se laisse lire et qui, surtout, ne manque pas d'être pleine d'espoir, en fait, malgré quelques allusions dérangeantes...

Le Train de la Réalité (fragment) (Roland C. Wagner) : dans la lignée de son Rêves de Gloire, qui a (et c'est mérité) remporté plusieurs prix dont le "grand prix" des Utopiales 2011, voici un retour autour d'un groupe de rock croisé à Biarritz lors de l'Eté insensé. Ainsi que l'auteur me l'a dédicacé : rock'n'roll will never die. Comme Rêves de Gloire, ce fragment d'uchronie est un morceau des plus toniques et carburant à l'acide. Si c'est permis de poser la question : Roland, tu vas nous donner d'autres fragments de buvard de cet univers à grignoter à l'avenir ? Parce qu'en fait, je crois que j'en redemande... A noter que l'auteur offrait, en plus de sa dédicace, un signet au nom de sa nouvelle : merci !

L'Invention du Hasard (Norbert Merjagnan) : les visiteurs de ce blog savent le goût prononcé que j'ai pour les oeuvres de Norbert Merjagnan et je suis donc très, très satisfait d'avoir sa dédicace ici et d'avoir surtout pu tant échanger avec lui lors du festival. Quoi qu'il en soit, il signe ici une nouvelle basée sur le concept d'échange des corps. Une surprise de découvrir une action qui démarre à Grenoble dans un futur proche (et je ne connais pas d'autre oeuvre de SF ayant visité la capitale des Alpes où j'ai vécu sept ans de ma vie). En fin de compte une nouvelle en forme de pied de nez de l'humain aux systèmes. C'est très réussi, bravo !

Lignes parallèles (Tim Powers) : deux soeurs jumelles, l'une qui domine l'autre, la première qui est morte, la deuxième qui est vivante. La première veut revenir et a pour cela besoin d'aide. Mais a-t-elle contacté la bonne personne ? J'ai trouvé ça un peu décevant.

K**l me, I'm famous ! (Eric Holstein) : de cet auteur j'ai déjà lu D'Or et d'Emeraude il y a quelques mois. Je n'en garde pas un souvenir très ébloui. Ici, c'est un univers très différent, où des femmes fatales (au sens premier du terme) pompent l'énergie vitale des artistes. Ils accèdent en contrepartie à la gloire musicale mais finissent par en mourir. Mouais. Je ne suis toujours pas ébloui.

Salvador (Lucius Shepard) : de cet auteur, je n'ai jamais rien lu, mais j'ai Le Dragon Griaule dans ma PàL (dédicacé aussi, en fait) dont Lhisbei a dit beaucoup de bien aujourd'hui même. Ici, Shepard nous emmène faire un tour au Salvador, dans une sale guerre de guérilla conduite par les Etats-Unis. Les forces spéciales disposent de stimulateurs, véritables drogues, promettant de conduire les soldats au bord de la folie et même au-delà... Un cocktail étonnant. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris mais c'est très intrigant et je crois que Le Dragon Griaule va mériter le détour.

Pragmata (David Calvo) : je crois que l'on ne pouvait pas conclure cette anthologie sur un autre texte que celui-ci. Impossible à raconter, d'une force comique assez rare, un argument tout à fait improbable et une conclusion en bras d'honneur qui flirte avec la fumisterie, j'ai trouvé ça excellent. Je pense bien que je vais y revenir...

Excellent petit bouquin, à ne pas manquer !

mardi 29 novembre 2011

Memoria

De Laurent Genefort, j'ai déjà eu l'occasion de lire avec beaucoup de bonheur ses romans sur Omale, cette sphère de Dyson extraterrestre où l'espèce humaine partage un espace vital avec deux autres espèces intelligentes. J'avais entendu dire - dans le numéro 58 de Bifrost - que cet univers est en réalité inclus dans un univers plus grand, la Panstructure. Cette lecture constitue donc pour moi les premiers pas hors d'Omale. Dans sa dédicace, l'auteur me disait, en substance, qu'après avoir arpenté Omale, j'avais fait "le plus gros du boulot". Nous allons voir ce qu'il convient d'en penser...
Résumé :
Il n'a pas de nom, car il l'a oublié. Ses seuls biens sont contenus dans une malette : une machine lui permettant de transférer sa conscience dans de nouveaux corps, et une collection de memorias, c'est-à-dire des extraits de souvenirs enlevés à de précédents hôtes... Car il est un tueur que les puissances de la Panstructure achètent pour exécuter les contrats les plus difficiles. Il bénéficie ainsi d'une étrange forme d'immortalité - même s'il ne saurait pas dire depuis combien de temps il passe d'hôte en hôte... Le "cauchemar noir", qui est - peut-être - la rémanence d'un transfert traumatisant, vient l'assaillir avec une régularité croissante et les memorias qui lui procurent un semblant de protection deviennent de moins en moins efficaces. Le temps du dernier transfert s'approcherait-il ? L'étrange machine vangke à laquelle il confie sa conscience aurait-elle son but propre ?
C'est là un roman assez court, suivi dans cette édition d'une nouvelle intitulée La Nuit des Pétales impliquant le même personnage mais en forme de préquelle. Je parlerai ici surtout du roman éponyme, une pièce de SF très convaincante et très efficace. Le tueur sans nom respecte un certain nombre de "règles de conduite" qui intriguent dès le début. On se demande quel est le point de départ de son histoire personnelle alors que l'on en est, de toute évidence, à la fin : il y a un sentiment d'urgence qui baigne cette oeuvre, urgence qui se concrétise à la fin. Quelques indices, éparpillés au fil de l'histoire - lors de ses temps de "repos", en fait - et ce fameux "cauchemar noir" de plus en plus fréquent font en sorte que le dévoilement du mystère n'apparaît pas du tout téléphoné. Il ne s'agit somme toute pas d'une forme d'immortalité mais plutôt d'une forme de dégradation intellectuelle et ce personnage dont je n'ai encore croisé aucun équivalent, à mon souvenir, est en réalité un vieillard épuisé, malgré les apparences contradictoires. Un vieillard qui a fini par oublier ce qu'il est. Dans cet univers, Laurent Genefort nous montre des humains augmentés mais, en fin de compte, ce narrateur n'en est pas un. Enfin, si. Enfin, non. Disons que c'est un observateur qui rôde à la frontière du camp, qui aimerait bien venir s'asseoir autour du feu, mais qui n'ose le faire sans y être invité...

Dans Omale, Genefort, à travers les Chiles et les Hodgqin, met en relief la nature de l'humain. Ici, et bien que cet univers ait une saveur différente puisqu'il est ouvert et non fermé par le carb d'Omale, il parvient, en confrontant son personnage à un certain nombre de cultures humaines, à nous guider dans la même réflexion. Et depuis l'extérieur, ce qui n'avait rien d'évident. Un récit qui, bien que court, n'est en rien mineur : c'est, comme je le dis parfois, une belle leçon de SF qui nous est proposée ici.

La nouvelle qui suit le roman Memoria se déroule dans le passé, par rapport au roman. Avec un bel à-propos, Genefort fait enfreindre l'une des règles de fonctionnement de son personnage de tueur et nous le montre au plus fragile, au plus menacé dans son existence, dans des circonstances qui avaient été pourtant prévues, d'une certaine façon, par le récit précédent. Un contrepoint qui permet de ne pas quitter trop vite ce personnage si convaincant. Bravo !

mercredi 23 novembre 2011

Les goûts musicaux c'est pas évident - Novembre 2011

Sale nouvelle, ce soir : Montserrat Figueras, la "voix de l'émotion", compagne à la ville de Jordi Savall, a tiré sa révérence une dernière fois.
 
J'ai découvert la voix extraordinaire de Montserrat Figueras quand j'avais onze ans. Je parlerai une prochaine fois de la pièce baroque où je l'ai entendue pour la première fois, une pièce qui a pour moi une saveur toute particulière, toute personnelle, et qui n'aurait donc pas sa place dans cette chronique. A la place, j'aimerais vous proposer autre chose... La voix de Montserrat Figueras pouvait prendre des formes et des personnalités peu communes. Elle pouvait s'illustrer dans des pièces d'une extrême gravité, telles ce Chant de la Sibylle, où sa puissance solitaire évoque rien de moins que la fin des temps.
 
Sa force ne se limitait cependant pas à la gravité solitaire. Il serait vain d'essayer de faire la liste de tous les visages de sa voix, aussi, j'aimerais conclure cette chronique brève, bien trop brève à l'égard du talent de Montserrat Figueras par une pièce peut-être bien peu appropriée pour ces circonstances douloureuses. La musique est morte, un peu, ce soir, mais j'aimerais me souvenir d'elle ainsi : Montserrat Figueras chantait avec modestie, en insérant sa voix dans celles des choeurs. En ce sens, sa voix qui savait se montrer si grave pouvait aussi être joie et même, osons-le, mutine...
 
Adieu, Montserrat Figueras. Et merci.

samedi 19 novembre 2011

Voyageur, Ω

La série Voyageur prend fin avec ce dernier volet où tous les fils d'intrigue sont rattachés les uns aux autres et où toutes les énigmes sont résolues. C'est l'occasion de retrouver une dernière fois les personnages récurrents, cette fois-ci sous le trait de Guarnido, le dessinateur de Blacksad.
Résumé :
Fish est mort dans l'arène, à Lutèce, ainsi que le destin le prescrivait. Déchiré, Lou emporte Issa, le maître gladiateur, vers le futur où il va devoir former les deux produits de l'ingénierie génétique de Louis Markovic : la fabrication de Vedder, le Voyageur, est en marche... A Paris, à l'époque actuelle, ce même Louis Markovic vient au monde : il est le fils de Lou/Vedder, et c'est aussi un orphelin de mère soumis aux tests ignobles de la cellule "voyageur", une officine barbouzarde nichée au coeur du pouvoir, déterminée à faire de lui le messie d'une époque nouvelle... Alors que la puissance des Etats s'effondre devant celle des multinationales et de la finance, le jeune Markovic, sauvé de la torture, va devoir être caché. Ceux qui l'ont adopté, pris à présent dans la nasse du destin, seront-ils les spectateurs de l'effondrement de leur monde - ou bien les acteurs de sa sauvegarde ?
L'intérêt de cette série, c'est l'existence de ces trois cycles (Futur, Présent, Passé) dont les intrigues permettent la compréhension globale de l'histoire. Après un cycle Passé en demi-teinte (car j'en vois mal, il faut bien le dire, la solidité globale), j'attendais beaucoup de cet épisode Ω qui était censé constituer une véritable clé de voûte pour l'ensemble de l'histoire. Première bonne surprise : le travail de Guarnido, un auteur dont j'ignorais le nom avant de découvrir Blacksad. C'est excellent : tout en restant fidèle aux choix graphiques des autres auteurs de la série, Garnido a su imposer sa patte à cet album qui gagne donc une véritable personnalité. Deuxième bonne surprise : on pouvait craindre que l'intrigue, chargée de faire converger tous les mystères de la série vers leur résolution, se révèle trop rapide et même ratée. Certes, c'est rapide. Mais ce n'est pas trop rapide : c'est tonique et il n'y a pas une case qui ne se justifie. Les auteurs parviennent de plus à introduire une réflexion philosophique : envoyer Vedder sur un autre monde et lui faire comprendre qu'il n'y a pas d'alternative, c'est nous faire saisir à nous que nous sommes bel et bien coincés sur notre planète et qu'il n'y en aura pas une autre quand nous aurons fini celle-là...

Ce n'est que dans les dernières pages que l'intérêt s'effrite un peu. Cette histoire de sauvetage in extremis, grâce à Juliane qui - comme on s'en doutait depuis pas mal d'albums - n'est autre que la fameuse Lili produite en même temps que Fish et Lou, n'a rien d'original. Vedder passe le relais et, d'une façon symbolique, l'épopée du Voyageur prend fin quelque part dans l'Antiquité, à l'époque des pyramides... Avec malgré tout une lueur d'espoir : alors que la guerre, dans le futur, a pris fin faute de munitions et peut-être même de combattants, il s'avère que Juliane/Lili n'a pas renoncé à garder un oeil sur les survivants. Et s'il y en a, c'est en soi une raison d'espérer.

Un album dont la partie centrale présente une véritable parenté avec notre époque actuelle, et qui représente - en fait - l'excellente conclusion que méritait toute cette série. Bravo !

vendredi 18 novembre 2011

Rédemption tome 1

Celui-là traîne dans ma PàL depuis la fin du Summer Star Wars Episode V. Je l'avais commencé dans les derniers jours du challenge, mais n'avançant pas assez vite à mon goût pour envisager de le terminer dans les clous, j'ai donc décidé de le laisser de côté pour y revenir plus tard. Je m'y suis donc remis la semaine dernière.
Résumé :
Jijo est une planète laissée en jachère par les Galactiques depuis le départ de ses précédents occupants, les Buyurs. Afin de faire disparaître toute trace de leur haute technologie, les Buyurs y ont laissé des assemblages biomécaniques, les araignées-mulc dont la fonction est d'éliminer ce qu'ils auraient oublié pendant leur occupation de la planète... Vingt millions d'années plus tard, il reste pourtant des souvenirs de leur passage. Les six races qui se sont installées sur Jijo (des Hoons, des Urs, des Qheuens, des g'Keks, des Traekis et des êtres humains) tombent parfois sur l'un ou l'autre d'entre eux. Il faut dire que leur occupation de Jijo est interdite : afin de limiter le crime commis contre une biosphère laissée en repos, ils cherchent pour la plupart la voie de la Rédemption : le lent glissement de la conscience vers la paix animale, qu'une septième race a déjà pu atteindre sur leur planète squattée. Leur paix est remise en question le jour où des Galactiques débarquent : le vaisseau, qui regorge de merveilles technologiques à présent disparues sur Jijo, semble pourtant être venu pour des raisons inavouables, car ses occupants (des êtres humains) sont intéressés à l'idée de trouver sur place des êtres vivants qu'ils pourraient élever jusqu'à la conscience - quitte à intervenir dans leur évolution pour ensuite revendiquer le droit d'être leurs guides...
Le Cycle de l'Elévation de David Brin repose sur un concept original, celui selon lequel des races extraterrestres peuvent découvrir, un jour ou l'autre, quelque part dans l'Univers, une espèce pouvant évoluer vers l'intelligence et la capacité à voyager dans l'espace. Les lois galactiques autorisent alors les découvreurs à revendiquer le statut de "patron" et à intervenir dans l'évolution de leur "client" afin de favoriser cette élévation. Dans la plupart des cas, la race "cliente" peut à terme devenir à son tour "patronne" et enrichir ainsi le clan de sa propre race "patronne". L'enjeu de la série est que ce processus n'admet que deux exceptions : celle des mystérieux Progéniteurs - les premiers êtres intelligents apparus dans l'Univers, des milliards d'années plus tôt, et qui ont fondé toutes les lignées de races "patronnes" - et celle des êtres humains, semble-t-il arrivés seuls à l'espace et qui ont été capables d'élever d'autres races intelligentes - chimpanzés mais aussi dauphins - avant même le premier contact extraterrestre. Une dichotomie qui perturbe la plupart des autres Galactiques - lesquels sont par conséquent hostiles au statut de l'humanité, laquelle n'est qu'une race mineure sur l'échiquier...

Ce livre est un très long volume d'exposition pour un sous-cycle se déroulant sans doute plusieurs années, voire siècles, après le premier contact entre l'espèce humaine et les Galactiques. On est ici dans un planet-op' très bien caractérisé où la notion de culpabilité (les squatters cherchent à limiter la pollution qu'ils imposent à leur monde d'exil) a fondé une religion commune à toutes les espèces présentes sur Jijo. La perturbation initiale provient, bien sûr, de l'arrivée d'êtres humains galactiques : un choc des cultures propice à l'apparition d'une intrigue qui pourrait bien être fascinante.

Et pourtant, que c'est lent, lent, lent... Et qu'il est difficile d'entrer dans cette histoire. Le récit est divisé en deux "livres" entre lesquels l'auteur impose des aller-retours (Le Livre de la Mer et Le Livre de la Pente) qui n'apparaissent guère pertinents, les informations étant éparpillées entre les deux sans que l'on comprenne l'intérêt de cette dichotomie. Alors oui, on trouve là-dedans quelques surprises. Les lecteurs attentifs des autres volets du Cycle de l'Elévation reconnaîtront le nom des Jophurs, une espèce Galactique très puissante présente sur Jijo sous un autre nom, ce qui permet à l'auteur d'esquisser un départ de réflexion fort intéressant. Mais pour quelques bonnes surprises, que de personnages peu utilisés, que de lieux à peine explorés...

Une belle déception, en fait !

mardi 15 novembre 2011

Thorgal tome 33

Pour ainsi dire pas de SF ou de Fantasy dans ce tome 33 de la série Thorgal déjà présentée ici. Par conséquent, je n'envoie pas ma chronique sur l'agrégateur Planète-SF.
Résumé :
Pour Jolan, qui a réussi à conquérir pour la mère du magicien Manthor son retour en Asgard, c'est l'heure du triomphe parmi ses quatre compétiteurs, alliés, amis... C'est aussi l'heure de réclamer sa liberté ! Manthor a une mission à leur confier : les gens du Sud, investis de leur foi en un dieu unique, ont commencé leur conquête en direction du Nord. Les dieux des Vikings, si querelleurs, ne risquent-ils pas d'être submergés ? Pour Thorgal, c'est un autre problème qui se pose : la route vers Bag-Dadh, où la confrérie des magiciens rouges retient son fils Aniel, passe par les mers gelées où seul ose s'aventurer le bateau-sabre des commerçants qu'il protège... Or, le chemin est semé de périls - et la cupidité humaine risque bien de ne pas être le pire de tous...
Au contraire de ce que pouvait laisser à penser le début de l'album, l'intrigue est surtout centrée sur Thorgal. Jolan, en effet, n'apparaît qu'au tout début et plus du tout après. On explore donc non plus le monde pseudo-mythologique (je ne doute pas que les scénaristes de la série ont pris leurs libertés avec la mythologie nordique traditionnelle) mais plutôt le monde historique de ce Haut-Moyen-Âge fantasmé. Une fois de plus, Thorgal est sur les routes, et cette fois-ci, on le voit partir vers l'Est et le Moyen-Orient, mais il est encore très loin de son but.

C'est ici que le bât blesse pour cet album dont l'utilité, dans le déroulement de la narration, et l'intérêt dans la série, n'apparaissent pas avec une franche clarté. Thorgal ne découvre pas grand-chose, pas plus que Jolan, et les indices éparpillés au détour de l'une des pages auraient très bien pu être insérés dans un épisode plus tonique et plus convaincant. La réussite graphique est toujours aussi parfaite - mais c'est bien la moindre des choses avec un dessinateur aussi chevronné que Rosinski. Le problème qui se pose est bel et bien celui du scénario, que j'ai envie de déclarer absent, et cet album apparaît en fait comme un volume où l'intrigue est mise en "pause". Le scénariste aurait-il séché, sur ce coup-là ?

J'ai souvent relevé la différence entre la BD européenne et le manga : dans le premier cas, on est censé recevoir tous les ans un album ciselé par un dessinateur assisté souvent d'un scénariste, alors que dans le deuxième, on voit arriver tous les trois mois le produit d'un travail stakhanoviste par une équipe dirigée par un scénariste. Sans aller jusqu'à demander aux cerveaux derrière Thorgal de nous faire du manga, ne serait-il pas sage de s'adjoindre les services d'une équipe sur la série centrale plutôt que de chercher à étendre la licence à travers des séries annexes de moindre intérêt ?

dimanche 13 novembre 2011

Utopiales 2011 : debriefing

L'édition 2011 des Utopiales de Nantes est la première où je me suis rendu - et j'espère bien pas la dernière... Pour une première expérience de festival de SF, je dois dire que je ne suis pas reparti déçu. Quelque peu poussé à cela par Endea, je vais me livrer à un debriefing à chaud alors que je pensais faire plusieurs articles différents... Mais après tout, pourquoi pas ? Je ne suis de toute façon pas encore couché...

Arrivé à Nantes le 11 Novembre en fin de matinée, j'ai commencé par faire le touriste en ville. Nantes est une ville que je ne connaissais en effet pas du tout et je ne pouvais pas ne pas l'explorer un minimum. Je ferai voir ailleurs les photos faites en bon touriste car ça ne correspondrait pas trop à ma ligne éditoriale ici. Je me contenterai de dire que j'ai pris plusieurs rendez-vous avec la Loire, que j'ai vue à Nantes aussi large que le Rhône à Valence, une chose inhabituelle pour un Ardéchois parce que pour un Ardéchois, la Loire, c'est ça :
La source de la Loire au pied du Gerbier de Jonc.
Et non pas ça :
La Loire à Nantes (bras Sud, c'est-à-dire Pirmil).
Vendredi 11 Novembre :
En fin d'après-midi, Lhisbei me sonne les cloches sur Facebook : tout le monde a déjà pris un coup aux Utopiales alors que moi, je tweete depuis l'hôtel... Faut dire que j'avais marché tout l'après-midi et que je me reposais un peu avant de ressortir pour faire un tour sur l'île de Nantes... Mais c'est tout de même un peu gêné que j'arrive le soir au rendez-vous devant le restaurant vu que j'ai fait cavalier seul. Pas de problème : on ne me reproche pas d'avoir séché la première journée. J'ai le privilège de pouvoir enfin mettre des têtes sur certains blogs : Guillaume44, Gromovar, Lorkhan, Endea déjà citée... D'autres, je les avais déjà rencontrés à la soirée inaugurale de l'exposition Science (et) Fiction : Tigger Lilly et les Lhisbei. J'en oublie sans nul doute plein et je les prie de bien vouloir m'excuser : ils ne sont en rien peu signifiants à mes yeux, mais c'est juste que j'ai un mal fou à retenir les noms des gens. Je salue aussi Loïc et Morgan, les deux complices de Guillaume44, et bien entendu - last but not least - Astrid, la compagne dudit Guillaume44. Qui bénéficie d'une autorisation permanente et définitive à me dire que je suis trop chiant si elle le pense.

Excellente soirée passée en compagnie directe d'une pizza Peppone et de Gromovar, que je cite après la pizza parce que dans les articles scientifiques, le type cité en dernier auteur c'est en général celui qui est le plus important (c'est en tout cas ce que m'avait dit mon directeur de recherches quand j'ai fait mon DEA). Or donc, j'ai eu avec Gromovar et nos voisins (Guillaume44 et Morgan) une intéressante conversation autour de la situation actuelle de l'Europe (et du monde, en fait). Gromovar, très loin de faire son Gromovar, a été du genre exquis. La pizza aussi.

Samedi 12 Novembre :
Après avoir été mettre le pied du bon côté de la Loire (c'est-à-dire, au Sud), puis avoir pris le bras Pirmil en photo (en direction de l'Ardèche bien sûr, l'autre côté compte moins), je suis allé me présenter devant la Cité des Congrès où se tient le festival. Direction la librairie des Utopiales afin d'acheter l'Anthologie officielle. Bon, je n'ai pas acheté que ça...
Ajouts à la PàL.
Entrent donc dans ma pile, en plus de l'Anthologie des Utopiales 2011, les livres suivants : L'Histrion d'Ayerdhal, L'enjomineur 1792 de Pierre Bordage, Le Dragon Griaule de Lucius Shepard, La Volonté du Dragon de Lionel Davoust, Memoria de Laurent Genefort, Oussama de Norman Spinrad, L'Enfant-Mémoire de Danielle Martinigol et Alain Grousset, ainsi que le tome Ω de la BD Voyageur. En lettres grasses, les livres que j'ai pu faire dédicacer. Notez que je n'ai pas acheté tout ceci d'un coup... J'y suis retourné à plusieurs reprises. Même si la première récolte fut la plus volumineuse.

Après avoir bien discuté avec Tigger Lilly et Endea rencontrées dans la bibliothèque, nous sommes allés squatter le bar de Mme Spock où devait se tenir un événement important pour les blogueurs, à savoir, la remise du Prix des Blogueurs 2011 ! A présent, ce n'est un secret pour plus personne : Cleer de L. L. Kloetzer est apparu au jury (composé de Efelle, Ferocias, Gromovar, Guillaume44, Lhisbei et moi-même) comme le meilleur des quatre nominés (les autres étant, je le rappelle, Treis : Altitude zéro de Norbert Merjagnan, Rêves de Gloire de Roland C. Wagner et Planète à louer de Yoss). Les tractations furent difficiles et impliquèrent de savantes manipulations sur lesquelles on ne s'étendra pas... Pour Cleer, nous avons donc remis un trophée en verre gravé authentique évoquant plus pour certains une ambiance de film d'horreur à scream queen que celle, plus décontractée, d'une lecture au coin du feu. On retiendra donc du prix des blogueurs qu'il est hors-normes.

Après avoir fait la connaissance de Norbert Merjagnan et eu avec lui une longue conversation, me voici embarqué en compagnie de Guillaume44 et d'autres pour le workshop des auteurs de Iron Sky. "We come in peace" : ils arrivent en Avril 2012 et le film serait diffusé en France. Pour une performance improbable, il semble que ça va en être une : choix esthétiques genre steampunk et argument narratif con à souhait, ça promet d'être du lourd. Je ne peux pas manquer ça. Il fut ensuite temps d'aller traîner encore dans le salon pour faire quelques dédicaces (je me suis fait une spécialité de halpaguer les auteurs au coin d'une table) et de discuter avec Laurent Genefort, Pierre Bordage et Danielle Martinigol. Au sujet de cette dernière, j'ai été un peu gêné de lui parler de la détestation que j'ai vouée à Sens interdit, livre que je n'avais pas du tout aimé. Notre conversation a été fort cordiale et enrichissante. J'ai eu beaucoup de plaisir, aussi, en discutant avec Laurent Genefort (qui s'apprête à nous ramener sur Omale, si j'ai bien compris !) et Pierre Bordage (la fin de La Fraternité du Panca, c'est pour très bientôt). Un peu plus tard, j'ai croisé Carole Ecoffet au sortir d'une table ronde. J'ai pris le temps de la présenter à Guillaume44 puis, dans la foulée, de me faire dédicacer l'Anthologie des Utopiales par Roland C. Wagner, lequel est toujours aussi sympathique. Ce fut l'occasion, aussi, d'échanger quelques mots avec Sylvie Denis dont j'avais lu (et apprécié) cet Eté La Saison des Singes : là aussi, semble-t-il qu'une suite est annoncée. Tant mieux.

Après un petit tour à l'hôtel histoire de déposer mes lourds achats et de me délasser un moment, je suis retourné à la Cité des Congrès où Guillaume44 rassemblait quelques personnes pour une deuxième soirée au restaurant. Rendez-vous était pris à 19 h 30 mais, en raison de la remise du prix européen, il y eut quelque retard. Cela m'a permis de croiser nul autre qu'Elessar, passé aux Utopiales ce jour-là et qui m'a reconnu à ma cocarde... Un peu plus tard, à des cris et des applaudissements, j'ai compris que le prix du meilleur roman de SF était tombé. C'était pour Rêves de Gloire déjà cité plus haut : bravo à Wagner pour la performance uchronique, laquelle méritait, en effet, d'être saluée d'un prix. Entretemps, j'ai eu l'occasion de croiser à nouveau Norbert Merjagnan, accompagné cette fois-ci de sa famille...

Guillaume44 nous a ensuite conduits dans une crêperie bretonne dans une rue ancienne. Enfin, quand je dis "dans"... Nous avons mangé en terrasse, grâce à la douceur du climat océanique. Pas mal de rires dans cette soirée plus intimiste, en particulier à cause de l'escalier montant vers les... latrines du restaurant (j'ai comparé ledit escalier à celui de l'Auberge rouge de Peyrebeille, rapport à sa hauteur un peu piégeuse) et le distributeur de brosses à dents (?) se trouvant dans lesdites latrines. 

Dimanche 13 Novembre :
Cela sentait la fin, dès le matin, mais c'était pas grave. Arrivé un quart d'heure avant l'ouverture des portes, j'ai patienté pendant que le public arrivait. Tigger Lilly avait apprécié mon sac en toile avec le QRCode conduisant vers mon blog : c'est donc aujourd'hui que quelqu'un l'a flashé pour la première fois. Je pense avoir donc un nouveau lecteur, que je salue par avance... Qu'il n'hésite pas à se signaler ! J'en ai profité pour lui remettre une des cartes de visite faite pour mon blog, ainsi qu'aux trois autres personnes qui suivaient notre échange. Mention spéciale au jeune cosplayeur qui n'a pas voulu enlever son masque à profil de chat : je ne sais pas s'il viendra un jour sur ce blog, mais j'ai pas compris quel personnage il avait choisi...

Un nouveau tour dans la librairie, où j'ai choisi Oussama de Norman Spinrad en espérant croiser l'auteur pour me le faire dédicacer. La chance m'a souri : dix minutes plus tard, c'était fait. J'ai bafouillé en anglais que j'aimais beaucoup ses livres et j'ai eu ma dédicace... Un peu plus tard, je suis allé voir l'adaptation en dessin animé du Seigneur des Anneaux (celle de 1978), qui s'interrompt à la bataille du gouffre de Helm. Le dessin est daté, l'animation surprenante - surtout compte-tenu de ce qui se faisait à l'époque, déjà - mais c'est un bon moment, dont j'avais entendu parler pour la première fois quand je venais de lire l'oeuvre de Tolkien. Quelques rires, dans la salle, ont salué certaines scènes de cette oeuvre plutôt fidèle au livre : sans doute étaient-ils liés aux choix graphiques et/ou d'animation, parfois surprenants, mais dont l'un au moins (la scène où les Hobbits se cachent du Nazgûl dans la forêt) me semble avoir été repris dans le film sorti en 2001...

J'ai alors passé un moment dans le bar de Mme Spock, puis je suis parti, non sans avoir à nouveau discuté avec Norbert Merjagnan que je n'ai donc pas arrêté de croiser. Cette fois-ci, nous avons échangé autour du talent de la SF pour nous montrer, à travers des histoires d'extraterrestres, d'ordinateurs et de post-humains, ce que c'est que la "simple" humanité... 

Il ne me restait alors plus que deux heures à tuer avant de reprendre le train. Je suis allé aux Machines de l'Île dont j'ai visité la galerie (sans doute faudrait-il y retourner) puis ai pris le chemin de la gare. Parti de Nantes à 16 h, je suis arrivé un peu avant 20 h, fatigué, mais content...

L'intérêt de cette manifestation, outre ce qu'elle peut apporter aux amateurs de SF, je crois que c'est encore le contact humain. J'en veux pour preuve, en plus bien entendu des conversations avec les auteurs, les innombrables SMS et autres tweets que nous avons échangés entre blogueurs à différents moments. Nous partageons notre goût pour la SF en communauté : ça, c'est agréable...

jeudi 10 novembre 2011

Utopiales 2011 : la préparation

L'édition 2011 du Festival international de SF de Nantes, les Utopiales, est ouvert depuis hier. Par la faveur d'un long week-end (demain, c'est le 11 Novembre) j'ai réalisé en Septembre dernier que je pouvais sans problème y participer. La rencontre entre blogueurs en marge de la soirée inaugurale de l'exposition Science (et) Fiction m'avait convaincu de l'intérêt de tels événements : après des années passées à vivre la SF comme un plaisir solitaire, n'était-il pas temps pour moi de rencontrer d'autres allumés amateurs ? Et l'expérience m'ayant plu, je n'avais pas l'intention de laisser passer d'autres occasions.

Les Utopiales : un nom qui, à lui seul, fait rêver. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir entendu ou rencontré avant mon entrée dans la blogosphère. Je n'ai pas non plus la fibre des événements : ce n'est un secret pour personne que ce n'est pas toujours facile, pour moi, d'aller vers des situations inhabituelles. Néanmoins, les explications des blogoconfrères m'ont vite convaincu de l'intérêt de ce festival. J'ai donc décidé de franchir le pas : une décision pas anodine car, depuis que je travaille - et depuis toujours en fait - c'est la première fois que je voyage seul pour un motif privé voire même (allez, osons-le !) de détente oisive. Au passage, Nantes est une ville que je ne connais pas du tout. J'ai été jadis en Bretagne (en 1989) mais nous n'avions pas visité cette ville qui abrite pourtant l'un des châteaux des Ducs éponymes. Outre les rencontres entre blogueurs et la découverte du festival, je m'apprête par conséquent à faire le touriste. Et j'ai la ferme intention d'arpenter un peu les bords de la Loire, le fleuve qui prend sa source en Ardèche et qui arrose aussi Roanne, ma ville natale...

Il ne me reste plus qu'à boucler mon sac et à passer une bonne nuit avant le départ, demain matin !

La vérité se trouve au fond du microscope - Novembre 2011

Pour cette nouvelle édition de ma rubrique de microscopie, voici (une fois n'est pas coutume) rien de moins qu'une préparation personnelle, à tous les sens du terme...
Il s'agit d'une préparation de cellules d'épithélium buccal humain. La cellule que vous observez, c'est l'une des miennes, prélevée au bout d'un coton-tige et colorée au bleu de méthylène. Grossissement d'observation : quatre cents fois, le grossissement maximal disponible sur mon microscope...

La tache foncée, au centre de la cellule, n'est autre que son noyau. Le reste en est le cytoplasme. L'ensemble est délimité par une membrane plasmique un peu floue : n'oubliez pas qu'une cellule, malgré sa finesse, reste encore un volume...

mercredi 9 novembre 2011

Naalia de Sanar

Récolté chez Scylla il y a quelques semaines, ce livre m'avait attiré l'oeil surtout à cause de la carte du monde sur laquelle il s'ouvre, titrée "carte politique de l'Occitanie". Les visiteurs attentifs de mon blog savent l'intérêt que je porte au pays de langue d'oc (donc, l'occitanie, la vraie, celle du monde réel). Je me suis dit qu'un peu de Fantasy ne pouvait me faire de mal. J'aime bien, de temps en temps, les plaisirs quelque peu régressifs. Et puis, l'histoire ne semblait pas inintéressante...
Résumé :
Le XIIIème siècle d'un monde obscur. L'Empire est la puissance dominante de l'Occitanie, un continent abritant une riche variété de climats, de peuples et de cultures... Mais l'Empire est décadent : à l'Est, le Séquençaire, maître des tribus barbares Do'hongs, s'apprête à se lancer à sa conquête. Pour cela, il met la main sur les portes qui s'ouvrent vers d'autres mondes et lui permettront de faire voyager ses armées d'un point à l'autre de l'Occitanie sans que l'empereur Galmar Ier puisse s'y opposer... Naalia de Sanar est une jeune femme de la petite noblesse occitanienne, exilée volontaire dans le grand Nord où elle est la dame de compagnie dans une maisonnée isolée. Le jour où des soudards à la solde du Séquençaire tuent ses maîtres et la violent, son destin est bouleversé. Un étrange voyageur la sauve et lui remet un enfant, guère plus qu'un nourrisson, qu'elle va devoir protéger car sur lui repose le destin du monde... C'est pour Naalia un périlleux voyage qui commence, à travers les terres sauvages de l'Occitanie, vers Almore où se trouve sa propre famille. Parviendra-t-elle à sauver Silgan que les sbires du Séquençaire semblent prêts à pourchasser jusqu'au bout du monde ? Et pourquoi le Prince des Steppes s'intéresse-t-il tant à cet enfant ?
Vous me direz que présenté comme ça, il n'y a rien de nouveau là-dedans. Et il se trouve que vous avez tout à fait raison. Dans cette histoire de quête, ou de sauvetage, il n'y a aucun argument neuf - et pour être plus précis, aucun argument qui n'ait été lu déjà moins de dix fois. Naalia rencontre des gens qui l'aident (ou pas). Naalia tombe amoureuse. Naalia est pourchassée. Naalia est confrontée à des mystères. Naalia se bat contre des barbares à coup d'épée. Naalia rentre chez elle.

L'auteur a imaginé qu'il pourrait pimenter ce schéma usé jusqu'à la semelle en introduisant dedans une dose de fantastique (à moins que ce ne soit de la SF : la quatrième de couverture laissait à penser qu'il y avait là-dedans un mariage entre les deux). Or donc, Naalia fait un séjour sur un autre monde après avoir passé une porte magique. Naalia rencontre un monstre qui brûle mais en fait c'est genre un hologramme parce qu'on peut passer à travers sans se brûler. Naalia manque de crever à cause d'une chaîne de montagnes qui s'élargit toute seule. Naalia fait sans le vouloir un échange de corps avec sa copine alors qu'elles dorment à bord de l'épave d'un vaisseau extraterrestre. Naalia boute l'Anglois hors de France un parasite psychique qui s'était niché dans le tombeau du prophète d'une ville sainte.

Hmouais...

Naalia de Sanar, dont le nom comporte quand même plusieurs lettres communes avec l'adjectif niaise, ne serait-elle pas un tout petit peu pénible à suivre ? Non je dis ça, c'est juste rapport à la grosse dizaine de jours dont j'ai eu besoin pour descendre le livre éponyme... Histoire de ne pas être par trop négatif, parce que ça ne serait pas gentil, je signalerai le travail de cartographie très soigné fait par l'auteur. On en a besoin, au passage, pour comprendre l'itinéraire de Naalia. On se doute qu'il y a derrière tout ceci un abondant travail (qu'il convient de saluer) ainsi qu'un contexte sans nul doute fort intéressant. Il semble que ce livre n'est sans doute qu'un tome d'exposition pour un cycle qui s'ouvre ensuite. Belle performance mais comment dire, je crois que la suite, ça sera sans moi.

Parce que, quatre cent quarante-huit pages pour un tome d'exposition, c'est un peu cher payé...

mercredi 2 novembre 2011

The Artist

Petite entorse à mon régime habituel avec un film où il n'y a pas la moindre trace de SF, F ou F' : j'ai vu avant-hier soir The Artist. Pour la petite histoire, je l'ai vu dans une salle de village dont le système de projection fait un clac-clac-clac permanent constituant à lui seul un hommage aux premières heures du cinéma...
Résumé :
The Artist, c'est George Valentin : un acteur du cinéma muet dont la popularité, en 1927, est au zénith. Peppy Miller, elle, est encore une simple figurante qui croise par hasard son idole à la sortie d'une première... Or, pour le cinéma encore tout jeune, c'est la fin d'une ère : la technologie permettant de produire des films parlants est en train d'apparaître, et avec la possibilité d'insérer des dialogues, c'est tout un art du cinéma qui va changer... George Valentin, qui considère les films parlants comme "pas sérieux", ne risque-t-il pas d'être oublié du public à mesure que monte l'étoile de Peppy Miller, l'un des "nouveaux visages" du cinéma ?
On présente ce film comme un hommage au cinéma muet. De mon côté, après avoir quand j'étais gosse ri plus souvent qu'à mon tour avec les Charlie Chaplin et autres Laurel et Hardy muets dans les deux cas, j'ai beaucoup apprécié de retrouver ici des codes à présent oubliés par le cinéma "bruit et fureur". En fait, entre le cinéma muet et n'importe quel Avatar, je crois que l'on peut dire qu'il y a tout un monde : celui qui sépare deux formes d'art s'exprimant, par hasard, sur le même support mais n'ayant presque rien à voir. Un peu comme si l'on voulait comparer l'art de Léonard de Vinci avec celui, par exemple, de Matisse... Le cinéma muet, ne disposant pas du vecteur de la voix, nécessitait l'insertion de quelques rares panneaux écrits pour pallier à l'absence de dialogues - et surtout, requérait de ses acteurs un véritable effort dans la construction de leurs expressions. L'image était alors presque seule pour faire le travail, à peine soutenue par une musique d'accompagnement jouée à l'orchestre. Ces contraintes sont très bien respectées dans ce film, les quelques rares sons autres que ceux de l'orchestre étant pour la plupart concentrés à la fin. Car The Artist est en effet un hommage au cinéma muet - mais ce n'est pour autant pas un film muet.

L'argument de ce film n'a rien d'extraordinaire et rappelle un peu Les Feux de la Rampe de Chaplin, la rivalité artistique entre l'homme du cinéma d'avant et la femme du cinéma d'aujourd'hui en plus. Une rivalité qui perturbe la rencontre entre l'homme et la femme tout court, mais pas au point d'empêcher un happy end un peu attendu. L'intérêt du film, c'est avant tout la déchéance du personnage de George Valentin, qui n'a pas voulu comprendre que le monde a changé. Une histoire en forme d'illustration pour l'assertion qui voudrait que "le public a toujours raison". C'est oublier que les goûts du public se construisent et s'éduquent... voire se manipulent. Bien qu'amateur de cinéma parlant, je dois reconnaître que les acteurs contemporains ne semblent pas capables de la même concentration et de la même expressivité que les acteurs du cinéma muet... L'hommage est ici aussi très net, les prestations des deux acteurs principaux semblant épuisantes.

Je pense que l'on ne peut parler de ce film sans évoquer, aussi, l'ambiance dans la salle. Certes il s'agissait d'un public a priori un peu particulier, les salles de village ne drainant pas n'importe qui, mais néanmoins, c'est une expérience à part entière que de regarder un film dans une ambiance où les seuls sons d'origine humaine sont ceux qui proviennent des spectateurs. Beaucoup de rires, quelques murmures, qui ponctuent un film muet mais pas silencieux. Huit décennies plus tard, cet hommage montre que le cinéma muet n'est pas mort, mais tout juste endormi. Au public de faire l'effort d'en réveiller les trésors.

En attendant d'assister à la prochaine évolution du cinéma, peut-être par l'irruption d'un sens nouveau ? L'avenir le dira.

mardi 1 novembre 2011

La vidéo SF du mois - Novembre 2011

J'ai déjà eu l'occasion de parler ici d'Alexandro Jodorowsky, l'homme qui a voulu adapter Dune et qui n'a pu le faire. Ceux qui sont au courant de mes propres lunes connaissent mes sentiments à tout le moins très mitigés à l'égard de ce projet, pas assez herbertien à mon goût. Sans aller cependant jusqu'à me réjouir de cet échec, je dois dire que celui-ci a eu comme intéressante répercussion la création, avec Moebius aux pinceaux, d'un univers de BD où Jodo a pu recycler certains de ses travaux préparatoires sur son projet dunien. Les idées ne meurent jamais dans la tête des artistes, et c'est sans doute la raison pour laquelle les dictatures les haïssent tant ; toujours est-il que Jodo, ainsi, nous a gratifiés d'un univers de space-op' tentaculaire enrichi au fil des années (trente ans au moins déjà) : l'Incaliverse était né !

Le dessin de Moebius a ceci de merveilleux qu'il tolère fort bien l'adaptation animée, comme en témoigne cette oeuvre présentée ici-même en Septembre 2010. J'avoue que l'éventualité d'une adaptation animée de l'Incal me fascine et c'est pourquoi cette bande-annonce (?) ou simple délire (?) m'allèche : y a-t-il une raison meilleure pour en faire la vidéo SF de ce mois ?