lundi 31 octobre 2011

Bifrost numéro 64

Cela fait plusieurs jours que je me suis procuré, dans le cadre d'une récolte lyonnaise, le numéro 64 de la revue Bifrost. Au menu de cette édition :
  • Trois nouvelles dans la catégorie Interstyles.
    • Le Malak de Peter Watts. Un récit orienté hard-science, où l'on suit l'éveil de la conscience et peut-être même (osons-le) de l'âme d'un drone de l'armée américaine. C'est un récit pas mal foutu même si la fin a le parfum désuet du réchauffé, pardon, du déjà-vu. Enfin, je n'hésiterai pas à y revenir à l'occasion.
    • Un Port de Pêche de Xavier Mauméjan. Il s'agit d'un court planet-op' se déroulant sur une planète océanique. On pense un peu à Canisse à l'évocation de l'écologie hostile de cette planète Pontia, et puis non : c'est là une pièce de plus grande envergure. Je me demande si l'auteur va réutiliser l'univers de space-op' dans lequel sa nouvelle est plongée (au sens mathématique du terme). Cela me confirme que Mauméjan est un auteur à suivre.
    • Faire des Algues de Jérôme Noirez. Quelque part, le terminus d'une ligne de chemin de fer se trouve dans une autre réalité, la Lisière : une enclave de quarante-six kilomètres de diamètre. Le narrateur s'y rend dans le cadre d'un festival de littérature, en compagnie de son horripilante filleule. Or, le passage par le Pertuis n'est pas de tout repos... C'est là une histoire assez déroutante, un peu inquiétante (mais c'est sans nul doute voulu), et surtout un peu gâchée par une fin pas très conclusive. On imagine qu'il y a dans cette nouvelle des éléments autobiographiques. A noter que le dossier de ce numéro de Bifrost est consacré à Noirez, un auteur dont je n'avais jamais entendu parler (n'hésitez pas à me lapider si c'est un tort : mea culpa, mea maxima culpa).
  • Dans la catégorie Carnets de bord :
    • La rubrique Ballades sur l'Arc et ses près de quarante-cinq pages de critiques. Je ne l'ai pas survolée avec autant d'inattention que les fois précédentes.
    • La rubrique Au Travers du Prisme et son épais dossier sur Jérôme Noirez. Je retiens surtout les trente-et-une pages où l'on peut lire la transcription de l'entretien conduit par Richard Comballot. Passé l'exercice (quelque peu obligatoire...) qui consiste à interroger l'entretenu sur son enfance, on découvre une personnalité... plutôt étrange. Ne voulant pas faire un feu d'artifice des formules qui m'ont choqué frappé dans cet entretien, parce que ça ne rimerait pas à grand-chose, je me contenterai de dire que de mon côté, ceux dont je me méfie, ce sont les gens qui proclament détester les donneurs de leçons... Parce que j'estime qu'il existe une différence nette entre "ouverture d'esprit" et "liberté d'esprit". Notez bien que cet entretien ne me dissuade pas du tout d'aller voir de plus près de quoi il retourne. Bien au contraire.
    • La rubrique Scientifiction, toujours tenue par Roland Lehoucq, lequel nous éclaire cette fois-ci sur les rayons de la mort. Je suis sorti un peu déçu de cette lecture, je ne sais pas trop pourquoi. Mais je suis quand même assez rassuré : j'ai cru comprendre que le rayon de la mort, ce n'est pas pour demain.
    • Et pour finir la rubrique Infodéfonce et Vracanews, dont je retiens le chapitre Nouveautés, qui me sera fort utile dans le cadre des lectures préparatrices à la prochaine édition du Prix des Blogueurs Planète-SF... Voici donc les titres que j'inscris sur mon bloc-notes : Création de Johan Heliot et Le Dragon Griaule de Lucius Shepard.
 Un assez bon cru en ce mois d'Octobre. A dans trois mois pour la prochaine !

Ne manquez pas les chroniques de Tigger Lilly et d'Efelle...

samedi 29 octobre 2011

Spirou et Fantasio tome 52

Ces derniers jours est sorti dans la série des Spirou le dernier album en date...
Résumé :
Après la décontamination biologique du château de Champignac, Spirou et Fantasio s'apprêtent à prendre un repos bien mérité. Un sommeil un peu plus long que la normale, un réveil sous la lumière des étoiles... et voilà qu'ils découvrent qu'ils sont sur la Lune ! Zorglub est derrière cette étonnante surprise : le génial condisciple du Comte a rien moins que construit une base sur la face cachée de la Lune. Mais la surprise en cache une autre : afin de trouver les fonds nécessaires à son gigantesque projet, Zorglub a dû s'allier à diverses multinationales - si bien que son laboratoire spatial est adossé à un parc d'attractions lunaire, à destination d'une clientèle fortunée... Entre les risques d'éruption solaire, la découverte d'un environnement mal connu, les caprices des clients riches et la rigidité du service d'ordre, le séjour lunaire de Spirou ne risque-t-il pas de se changer en cauchemar ?
Il s'agit d'une suite assez directe du précédent épisode dont la dernière image suggérait que près de quarante albums plus tard, Zorglub n'avait pas renoncé à la Lune. On en obtient donc ici confirmation. La conquête spatiale est toujours l'un des moteurs de l'ambition du savant fou et pourtant si attachant. Parce qu'attachant, il l'est - surtout lorsqu'il sombre à nouveau dans ses anciens travers et se met à utiliser sa zorglonde pour imposer sa volonté à tout le monde. Et il est à noter qu'il amorce ici un retour à son ancienne personnalité - celle imaginée par Franquin dans Z comme Zorglub, et qui était si fascinante que l'auteur avait dû lui permettre de s'exprimer dans un nouvel album avant de l'éliminer (d'une façon transitoire ?) dans un final pathétique, craignant peut-être que le "dictateur électronique" ne s'impose comme un méchant par trop récurrent. Après avoir donc subi les affres de la guérison (sous les pinceaux du même Franquin) puis ceux de la rédemption (grâce à Fournier), Zorglub est devenu un personnage "invité" dans la série Spirou - pas tout à fait un membre de la famille, mais néanmoins un ami proche. Le nouveau duo qui se trouve aux manettes a semble-t-il décidé de lui rendre ses crocs. Voilà qui promet de beaux affrontements à venir, la difficulté pour les bédéastes consistant à ne pas nous jouer une réinterprétation des anciens albums de Franquin...

A côté de ceci, l'album est assez orienté jeune public même si quelques citations et autres clins d'oeil s'adressent à un lectorat plus mûr. La transformation de Spip donne l'occasion à Fantasio de laisser entendre qu'il a vu Alien. Le chien de guerre, ancien mercenaire, qui dirige la sécurité de la base lunaire semble avoir un riche passé fictif. Un sourire, aussi, lorsque Spirou est approché par une cliente affublée de belles lunettes : une scène où l'on perçoit que Spirou, le personnage, fait ici le choix de coller à son rôle de héros jeune public.

De cet album assez réussi, j'aimerais signaler pour conclure la comparaison qui s'impose entre la couverture où apparaît Zorglub et l'illustration des pages de garde. Tout le destin du "dictateur électronique" est résumé dans cette situation hilarante qui n'est pas sans rappeler une scène bien connue du Dictateur de Charlie Chaplin...

jeudi 27 octobre 2011

La Ruche d'Hellstrom

Premier livre lu de ma part dans le cadre du Défi Frank Herbert, un roman assez court datant de 1972 et publié en France en 1977.
Résumé :
Hellstrom, c'est un entomologiste et un cinéaste renommé dans le domaine du film animalier : sa spécialité, c'est l'insecte sous toutes ses formes et en particulier celles qui sont eusociales. Ainsi est-il connu dans le public ordinaire. Ailleurs, là où le reste de la Terre est désigné - par ceux qui savent parler - par le terme "Extérieur", il est le "guide". Et "ailleurs", c'est la Ruche : pas moins de cinquante mille ouvriers dont la plupart n'ont pas de conscience d'eux-mêmes. Une société secrète, au sens propre, qui ferait frémir d'horreur le commun des mortels, et qui tient à distance les intrus jusqu'au jour où elle pourra essaimer - le jour où elle sera en mesure d'imposer sa volonté au reste de l'espèce humaine... A Washington, l'Agence mène enquête sur les surprenantes activités d'Hellstrom, redoutant que sa ferme dans l'Oregon soit l'abri d'activités subversives. L'Agence percera-t-elle à temps les murs de la Ruche ?
Le thème de l'eusociété humaine est assez répandu en SF. Il a été illustré (à peu près à la même époque !) dans un album de la série Luc Orient, d'une façon très différente. Là où les insectes humains du Sixième Continent cherchent à vivre surtout cachés, sans objectif de conquête, la Ruche imaginée par Frank Herbert est bien plus inquiétante car elle est à vocation totalisante. Hellstrom sait que si la Ruche parvient à survivre, à terme les humains "sauvages" seront peu à peu repoussés hors des territoires qu'elle colonisera - jusqu'au jour où ils n'existeront plus. On retrouve ici un concept qui apparaît déjà dans Dune mais que le Maître allait de plus en plus exploiter dans son oeuvre postérieure : celui de l'élan vital qui se confond avec la volonté de masse de l'espèce. Le langage de Hellstrom trahit sa pensée profonde : si l'espèce humaine hors de la Ruche est "sauvage", c'est bien que la Ruche elle-même est "non-sauvage" - et donc, avancée, voire même civilisée. Ainsi les anciens Grecs - et leurs piteux imitateurs, les Romains - traçaient-ils un trait entre eux-mêmes et les barbares, c'est-à-dire ceux qui ne parlaient pas leur langue : ce n'est pas un hasard si la langue de l'extérieur est inintelligible aux ouvriers ordinaires de la Ruche.

Cette même Ruche est en fait un personnage à part entière dans ce livre. On perçoit que les actes des ouvriers s'inscrivent dans une volonté globale. La Ruche a envie d'essaimer, car la pression démographique devient de plus en plus forte, mais pour cela, il lui faut encore se protéger contre ceux de l'Extérieur - et cette envie d'essaimage devient irrépressible au moment même où un adversaire très dangereux commence à s'intéresser à elle. Le choix de lui opposer un service secret équivalent au KGB me semble fort pertinent, d'autant plus qu'il est justifié par l'existence du KGB lui-même : seul un Etat policier peut s'opposer à un autre Etat policier. Mais ce n'est en fin de compte pas le KGB que l'Agence va devoir affronter : c'est autre chose, et quelque chose de bien plus redoutable, en fin de compte. L'Agence, quelque part, se retrouve dans la position de la Guilde à la fin de Dune :
Elle aurait pu réussir, connaître son jour de gloire et mourir. [...] Au lieu de cela, elle prolonge son existence d'instant en instant, espérant que les mers qu'elle parcourt pourront produire un hôte nouveau quand l'ancien mourra.
Dans la course de vitesse au terme de laquelle se trouve la découverte, par la Ruche, de l'arme absolue permettant de lier les mains à l'humanité "sauvage", l'Agence va être distancée. Quelque part, la Ruche est donc toujours la maîtresse du jeu - même si le Maître prend soin, dans ses dernières lignes, de laisser la situation incertaine, et même bien plus incertaine qu'à la fin de Dune.

D'autres thèmes très herbertiens - la chimie des phéromones, indispensable à la cohésion de cette eusociété, le recyclage de la matière organique y compris humaine, lui aussi nécessaire au fonctionnement de la Ruche, le rôle de la reproduction comme contrôleur social - pullulent dans ce livre, apparaissant au détour d'une page et s'imposant d'eux-mêmes sans qu'il soit besoin de s'en inquiéter. Une petite dizaine d'années après Dune, le Maître avait donc déjà constitué son système de pensée si original. Je suis curieux de savoir, en lisant d'autres oeuvres plus anciennes, à partir de quel moment on verra émerger ses thèmes les plus caractéristiques...

dimanche 23 octobre 2011

Antarès tome 4

J'ai déjà parlé ici de Leo et de son univers des Mondes d'Aldébaran, une série de BD dont les chroniques ne dépareraient pas dans un Summer Star Wars (et d'ailleurs, il me semble que certains autres participants à la fête ne s'en sont pas privés). J'ai eu l'occasion, en Février dernier, de dire le mal que j'ai pensé du premier tome de la série spin-off Les Survivants, que j'ai perçu comme une façon de maintenir l'intérêt du lectorat (et donc, sa capacité à ouvrir son porte-monnaie) tout en ralentissant la publication d'Antarès, lequel cycle est censé conclure l'ensemble de l'arc principal de la série... J'étais pas content après Leo en Février dernier. Cela ne m'a pas empêché de me jeter "comme la misère sur le pauvre monde" (copyright ma mémé) sur ce quatrième volet de la série Antarès dès que je l'ai pu...
Résumé :
Un désastre vient de frapper Kim. Déjà en fâcheuse posture sur une planète hostile, voilà qu'un mystérieux rayon émanant d'Antarès-4, la planète voisine, vient de lui arracher Lynn, sa fille aux yeux à pupille verticale... Nul doute, cette fois-ci, qu'une intelligence est à l'oeuvre dans le système d'Antarès. L'expédition se débat de plus contre du matériel endommagé qui a besoin d'une réparation d'urgence - arrêt qui sera l'occasion d'une découverte extraordinaire dans une grotte... et d'un nouveau tribut payé en sang humain à la dangereuse biosphère d'Antarès-5... Alors que pour Kim et ses amis la colonisation d'Antarès prend un goût de plus en plus amer, au camp de base, de graves événements ont lieu. La secte qui contrôle une partie du projet va tenter un véritable coup d'Etat. L'exploration d'Antarès-4, et l'éventuel contact avec une civilisation extraterrestre, seront-ils placés sous le contrôle de Jedediah, son gourou ?
Cet album est pour moi un véritable soulagement. Le goût amer éprouvé à la lecture d'Anomalies quantiques est vite dissipé par les peintures rupestres mises au jour par le groupe de Kim. Un nouveau mystère semble s'introduire dans la série : ce Lascaux extraterrestre est-il le fait d'êtres humains, comme le suggèrent les mains en négatif qui accompagnent le bestiaire d'Antarès ? Et si oui, quelle bizarrerie de l'évolution peut-elle expliquer cette convergence biologique ? Nul doute que Kim - tout comme nous, en fait - a son idée sur la question. Le seul regret, c'est encore que dans l'urgence de la survie sur Antarès-5, la découverte passe presque à l'as, mais sa puissance symbolique est telle qu'elle ne manque pas d'éclairer l'ensemble de l'album. Autre indice d'importance : le décès du jeune Erwan, dans cette même grotte, renforce l'idée selon laquelle des êtres humains ont vécu dans les parages. Quel est donc l'idée que Leo a derrière la tête ?

Le reste de l'album correspond très bien au schéma classique de la série. Grosses bêtes, fanatisme religieux et/ou capitaliste et lutte contre un environnement étranger voire même hostile. On est en terrain connu même si le bestiaire d'Antarès est lui-même inhabituel dans la série. Autant celui d'Aldébaran et de Bételgeuse étaient encore assez familiers, les plantes et les animaux d'Antarès ont des formes encore plus étranges. On observe le retour du "cauchemar volant", cet affreux prédateur qui évoque une toile cirée, que l'on avait déjà entrevu dans le premier volet. Leo réussit donc à nous convaincre, par ses simples choix graphiques, de toute l'étrangeté d'Antarès, le monde sans doute le plus hostile qu'il ait dessiné jusqu'alors - et pourtant, un monde où l'être humain semble avoir vécu sans technologie avancée. Voilà l'un des paradoxes qui lui restent à lever dans la fin du cycle.

Laquelle fin, au passage, et au vu des éléments qui restent à rassembler, ne va sans doute pas être facile à réaliser. Lui suffira-t-il d'un album ? Ou bien envisage-t-il, comme il me semble l'avoir lu quelque part, prolonger Antarès au-delà du cinquième ? C'est à voir. J'espère en tout cas que la fin du cycle sera conclusive.

Lire aussi l'avis de Guillaume Stellaire.

vendredi 21 octobre 2011

Blacksad tome 4

Voici ma chronique du quatrième tome (et dernier en date) de la série animalo-policière Blacksad.
Résumé :
Cette fois-ci, c'est dans la patrie du jazz que Blacksad est appelé par Weekly, son informateur, acolyte plus ou moins malodorant. Au cours d'un reportage sur le fondateur d'un label musical, en effet, le journaliste se rend compte que tout ne va pas bien dans une ville où le racisme a la prégnance de l'habitude. Blacksad est recruté : sa mission est de remettre la main sur Sebastian Fletcher, un prodige du piano, héroïnomane et disparu depuis plusieurs mois. Lui-même amateur de jazz, Blacksad va découvrir jusqu'à quel point la couleur du blues est le noir - et que son amertume est celle de l'extrême pauvreté...
C'est un album dont la couverture m'a fait de l'oeil depuis les rayonnages des librairies bien avant que je ne m'intéresse à la série. On le sait, les chats n'aiment pas l'eau, et Blacksad apparaît ici dans une posture très fâcheuse. La scène évoquée en couverture, sans vouloir trop la gâcher, est aussi puissante que bien construite - et je dois reconnaître, tout lecteur chevronné que je suis, que je me suis fait du souci pour Blacksad pendant sa noyade. L'intrusion d'un deus ex macchina, voire d'une forme de mythologie ("les chats ont neuf vies") pourrait déplaire - mais cela m'est apparu, en fait, comme un clin d'oeil des auteurs au lecteur. Il conviendrait de ne pas oublier que malgré toute l'humanité qui transpire de la série, les personnages à têtes d'animaux signent (non pas l'oeuvre jeune public mais bel et bien) une BD qui peut s'inscrire presque dans de la Fantasy.

Ce qui me frappe dans Blacksad, c'est encore la richesse et la variété de l'ensemble des choix narratifs. Pas une enquête (pour le moment ?) qui apparaît comme une redite par rapport aux précédentes. A chaque fois, c'est l'un des travers de la société américaine contemporaine (parce que les années 1950, c'est presque aujourd'hui) qui se voit exploré. Le racisme, déjà évoqué deux fois (dont une dans le deuxième album qui lui est consacré tout entier) apparaît ici sous un jour différent. Après les monstruosités d'un groupuscule "white supremacist" d'extrême-droite, c'est au racisme "habituel" que Blacksad se frotte. Celui d'un monde où les blancs et les "coloured" doivent utiliser des toilettes séparées (comme si la pisse et la merde ne se mélangeaient pas dans les égoûts... ni n'avaient d'ailleurs la même qualité à émission...). Celui d'un monde où il est normal que des pauvres soient noirs et drogués. Ou les noirs pauvres et drogués. Ou les drogués pauvres et noirs. Un monde où, surtout, il est permis de faire des profits sur la souffrance d'une population empoisonnés dès lors que l'on a les moyens de corrompre les juges.

Un monde assez contemporain, vous dis-je. Excellent tableau d'une société bien pourrie. Avec sa tête de chat bagarreur, Blacksad nous parle d'humanité : c'est définitif. Et c'est réussi.

jeudi 20 octobre 2011

Les goûts musicaux c'est pas évident - Octobre 2011

En 2001, c'est-à-dire au tout début du cycle des années terribles dans lequel nous sommes empêtrés, les Daft Punk ont sorti un album très original. Discovery a ceci de particulier qu'il est aussi la bande-son d'un film d'animation dessiné par nul autre que Leiji Matsumoto, le dessinateur d'Albator. Il paraît que les Daft Punk, eux-mêmes fans des oeuvres de Matsumoto, lui ont demandé de bien vouloir monter un projet commun avec eux. Je ne sais pas dans quelle mesure il faut considérer Interstella 5555, le film issu de cette coopération, comme un énorme vidéo-clip ou bien plutôt comme une oeuvre distincte du disque, lequel ne serait alors qu'une bande-son... Force est de constater que le disque et le film peuvent s'apprécier chacun pour soi-même. L'histoire a un fond de space-op' (comme très souvent chez Matsumoto) : un groupe de musiciens extraterrestres à la peau bleue, les Crescendolls, est enlevé par le sinistre Comte de Darkwood. Celui-ci a conçu en effet une machine alimentée par les disques d'or des musiciens qu'il produit : le 5555ème lui permettra d'accomplir son objectif, à savoir, la domination de l'Univers tout entier - or, il ne lui en manque plus qu'un... Les Crescendolls pourront-ils échapper aux noirs dessins du Comte ?

De ce disque, plusieurs titres valent le détour. Je ne parlerai pas de l'assommant One more time, première plage, premier single, que d'après moi on a beaucoup trop entendu et qui casse les oreilles plus que la baraque. Par contre, je retiens volontiers ce Veridis Quo sans paroles dont l'ostinato d'orgue de barbarie colle tout à fait à l'ambiance de la scène correspondante du film d'animation. La montée progressive de la tension s'accompagne d'une progression dans le rythme et la puissance de la musique. Il s'agit là, selon moi, d'une magnifique leçon de musique électronique délivrée par les Daft Punk.

Contexte : s'être arrachés aux mains du Comte ne suffit pas : ce sont toujours de faux souvenirs qui occupent la mémoire des Crescendolls. Au cours de leur errance, ils découvrent par hasard le château familial de leur tortionnaire et se doutent qu'ils y découvriront sans doute le moyen de récupérer leur identité véritable... Le château semble désert. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que de Darkwood est sur le point d'accomplir un rituel magique d'une très haute importance pour ses projets... Les sympathiques musiciens extraterrestres ne risquent-ils pas, sans l'avoir voulu, d'être à l'origine du triomphe de leur tortionnaire ?

mercredi 19 octobre 2011

Les trois Mousquetaires

Cela manque sans nul doute à ma culture, mais je n'ai jamais lu Les trois Mousquetaires de Dumas. Bien que j'en connaisse - en gros - l'intrigue, à commencer par le fait qu'ils n'étaient pas trois mais quatre en réalité, je dois dire que je connais mieux l'oeuvre à travers ses adaptations cinématographiques (ou animées). Ce que je sais, en revanche, c'est qu'Alexandre Dumas n'avait pas de scrupules à ne pas respecter à la lettre la vérité historique (citation : "il est permis de violer l'Histoire, à condition de lui faire un enfant"). En particulier, le parti-pris politique selon lequel Richelieu n'était qu'un intrigant déterminé à s'emparer du pouvoir par tous les moyens rend très mal justice à l'oeuvre d'un homme d'Etat qui a su comment parachever le difficile redressement de la France amorcé par Henri IV quelques décennies plus tôt... Je suis donc allé voir cette adaptation l'esprit assez ouvert, alléché par une bande-annonce dans le mode "bruit et fureur".

Résumé :
L'Europe, dans cette première moitié du XVIIème siècle, est une poudrière. La France, dirigée par Louis XIII, roi inexpérimenté, plus intéressé par la mode vestimentaire et par les jeux que par ses devoirs de souverain, est sous la coupe du très puissant Cardinal de Richelieu, véritable maître du pays et l'un des plus puissants hommes d'Europe, grâce à son réseau d'espions. En face de lui, le Duc de Buckingham complote à l'abaissement de la France, pour le compte du roi Jacques Ier d'Angleterre. Les trois mousquetaires du roi de France, Athos, Porthos et Aramis, envoyés à Venise pour voler les plans d'une invention oubliée de Léonard de Vinci, sont doublés par Milady, agent double, voire triple ou même quadruple. Athos lui vouera désormais une haine farouche... En Gascogne, le jeune d'Artagnan - dont le père a été mousquetaire - prend la route pour Paris. Son désir est de suivre la route où son père s'est illustré avant lui. Mais d'Artagnan, s'il est déjà un excellent escrimeur, doit encore apprendre l'art de la diplomatie... Arrivé tant bien que mal à Paris, voilà qu'il va sans le vouloir défier en duel Athos, Porthos et Aramis revenus bredouilles et désabusés de Venise. Ensemble, pourront-ils empêcher le Cardinal de mettre en oeuvre son odieux complot contre Anne d'Autriche, la reine que Louis XIII aime tant, et qui est la seule du couple à montrer du bon sens dans cette époque périlleuse pour la France et l'Europe ?
Je crois que toute l'intrigue de ce film peut tenir dans ce bref résumé : Louis XIII, un roi faible, peut compter sur ses fidèles serviteurs pour déjouer les complots de son premier ministre. J'ai déjà dit ce qu'il en était du fondement historique de ce postulat et je ne m'étendrai pas plus dessus. Le film est en réalité un film d'action, voire même ce que l'on appelle un "jeu vidéo", où cela pète un peu dans tous les sens et à n'importe quel moment. Odieux Connard, pourvoyeur ès hilarants spoilers, m'a semble-t-il très bien résumé la chose d'une formule lapidaire : "dedans, Athos est un ninja".

C'pas faux.

Quelques surprises, avec ce surprenant scaphandre porté par ledit Athos au début du film pour mieux surprendre les gardes d'un palais vénitien, mais aussi avec cet étonnant aéronef à air chaud (non, en fait, une flotte toute entière), avec des choix esthétiques proto-steampunk (dis, Lord Orkhan Von Deck, ça existe, ce truc-là ? En tout cas, j'inaugure le libellé sur mon blog...). Mais somme toute la suspension d'incrédulité marche pas trop mal. Entre une intrigue tournant à cent à l'heure et ces bizarreries assez goûteuses, on accepte assez bien les bouffonneries d'un Louis XIII à l'air benêt (donc, il joue bien le rôle convenu) et les regards vicieux d'un Duc de Buckingham so purple. Après tout, la pourpre n'était-elle pas la couleur des empereurs romains avant d'être celle des évêques ?

Un divertissement sympathique, à prendre pour ce qu'il est, à savoir un divertissement. Que je ne regarderai sans doute pas plus d'une fois sauf s'il passe à la télé (faudrait alors que j'aie une télé sous la main, ce qui n'a rien d'évident car je m'en passe fort bien au quotidien depuis 1997). Quant à ceux qui pleureront sur le thème "l'oeuvre de Dumas est trop pas bien adaptée", je me permettrai, une fois n'est pas coutume, de leur rire au nez avant de leur dire : "il est permis de violer Dumas si l'on en fait un film après"...

Lire aussi l'avis éclairé de Les Murmures.

mardi 18 octobre 2011

Young Samurai : the Way of the Sword

Celui-là traîne dans ma PàL depuis des mois (date d'achat : Décembre 2010). Je ne sais plus comment j'ai pu être amené à m'y intéresser. En cette période propice à des lectures variées, j'ai décidé de lui faire son sort.
Résumé :
1612, au Japon. Jack est le fils orphelin d'un pilote anglais. Alors que le Pays du Soleil Levant rencontre les premiers européens, certains refusent la présence des gaïjins sur le sol sacré. Autant dire que pour Jack, vivre depuis un an dans un pays étranger dont il a dû apprendre la langue en urgence n'a rien d'une sinécure. Il a été adopté par Masamoto, le chef d'une école de samouraïs. En effet, le naufrage du bateau de son père a été manigancé par OEil de Dragon, le dangereux chef d'un clan de ninjas, ennemi de Masamoto dont il a tué le fils quelques années plus tôt. Jack subit donc le sévère entraînement des samouraïs, meilleure protection dont il puisse disposer contre OEil de Dragon... Hélas pour lui, le sentiment xénophobe monte y compris parmi les élèves de l'école. Afin de se défendre, il va devoir envisager de passer l'épreuve des Trois Cercles au terme de laquelle il aura la chance d'apprendre la technique de Masamoto, les Deux Ciels, dont on raconte qu'elle rend invincible...
Ce livre s'adresse d'une façon très claire au jeune public. D'abord à cause de l'âge du héros (entre treize et quatorze ans) et ensuite à cause du thème choisi (un personnage perdu dans un monde inconnu, dont il ne maîtrise pas les codes). Prétexte à la découverte du Japon féodal et des arts martiaux dont l'auteur, semble-t-il, est féru si l'on en croit sa notice biographique. L'ensemble ne manque pas d'intérêt malgré une intrigue au parfum de déjà vu. On se doute que Jack, malgré les multiples difficultés liées à son statut de gaïjin, va peu à peu se hisser sinon tout en haut, du moins sur les premières marches, comme n'importe quel Karate Kid qui se respecte, en fait...

Ce livre appartient à un cycle, dont il est le deuxième tome. Pas de problèmes de compréhension grâce aux rappels non incessants mais plutôt pertinents, si bien qu'il apparaît assez autonome dans la série. Malgré un démarrage un peu lent dans les premières pages, le reste se lit fort bien, et assez vite. On ne s'ennuie pas dès lors que l'on accepte les histoires d'arts martiaux - mais avec mon goût très prononcé pour les films de sabre, le risque était minimal...

A noter que la série est traduite en français. N'hésitez pas à vous faire votre propre idée, par conséquent.

lundi 17 octobre 2011

"De Dune à Rakis" : newsletter numéro 11

Le forum De Dune à Rakis (DAR) a diffusé une nouvelle newsletter, onzième édition. Voici les points marquants :
  • Les réseaux sociaux s'invitent (enfin ?) sur le forum, avec l'apparition du bouton +1 de Google. La prochaine étape : le bouton "j'aime" de Facebook, ou le "tweet" de Twitter ? Ne boudons pas : ces innovations devraient permettre de faciliter la diffusion des contenus de DAR sur les médias sociaux - et peut-être donc de toucher de nouveaux utilisateurs.
  • L'organisation du Défi Frank Herbert, qui se fait en partenariat entre mon blog et DAR, est évoquée ici.
  • Askaris propose un bilan réfléchi de l'entretien qui s'est fait entre Gérard Klein et plusieurs membres du forum.
  • CR, le forum communautaire adossé à DAR, possède à présent un nouvel administrateur en la personne de Toad. Ne fréquentant pas (plus) CR car ne voyant pas l'intérêt de séparer les activités de la communauté dunienne francophone sur deux sites distincts, je ne peux que souhaiter bien du plaisir au nouvel administrateur, qui souhaite relancer l'activité du forum...
  • Matou nous propose, et c'est une innovation, quelques statistiques liées à la vie du forum.
  • Enfin, la citation, choisie par le même Matou, provient des Hérétiques de Dune et met en perspective la frénésie de la vie contemporaine...
Voici une excellente mouture de la newsletter, qui comme à l'accoutumée sera disponible sur le blog à cette adresse. Merci à Matou pour m'en avoir fait une édition particulière. Et bravo à Filo pour la bannière.

dimanche 16 octobre 2011

Récolte parisienne du 15 Octobre

J'ai été hier faire un tour chez Scylla histoire d'acquérir quelques munitions dans le cadre du Défi Frank Herbert que j'organise... Entrent donc dans ma PàL (avec mission de les lire d'ici le 15 Mars, date de fin du Défi) les livres suivants du Maître : Le Dragon sous la Mer, Le Cerveau vert, Le Preneur d'Âmes et Les Fabricants d'Eden.

Je me suis par ailleurs laissé tenter par une ouverture d'un cycle de Fantasy (si j'ai bien compris) : Naalia de Sanar par Jean-Pierre Fontana. Cela n'a rien à voir mais je vais tâcher de varier mes lectures dans les mois qui viennent...
Je profite aussi de l'occasion pour saluer le DARien Seindfu, rencontré sur place, en compagnie de sa charmante copine. J'ai été content de lui indiquer le chemin de Scylla ! Je n'ai pas manqué de lui parler des Utopiales car il est de Nantes...

La Guerre des Boutons

J'ai reçu ce livre grâce à la dernière masse critique de Babelio. J'aime autant dire que je ne suis pas un jeune appelé de La Guerre des Boutons. J'ai en effet lu ce livre pour la première fois quand j'étais à l'école primaire et il m'avait alors fait la forte impression qui se doit ; c'est aussi l'un des  rares livres que j'ai toujours autant de plaisir à relire... Mais foin pour le moment de ces considérations et place à la chronique en tant que telle.
Résumé :
Dans un coin perdu de Franche-Comté, deux villages ennemis depuis des générations : Longeverne, où l'on est "rouge", et Velrans, où l'on est plutôt "calotin". Si les raisons précises de l'inimitié entre les deux villages sont presque oubliées, les gosses, à chaque rentrée des classes, ne manquent pas une occasion de se déclarer la guerre. Les deux bandes rivales cherchent avant tout à faire des prisonniers, lesquels, une fois tabassés d'importance, vont se voir soustraire leurs boutons, ceintures, lacets et autres accessoires - garantie d'une mémorable raclée reçue à la maison. Car dans ces campagnes pauvres, on ne jette pas l'argent par les fenêtres... Lebrac est le général des Longeverne et pour lui, l'honneur n'est pas un vain mot : alors, pour honorer la mémoire des générations de Longeverne qui ont rossé celles de Velrans avant la sienne, il est prêt à tout. Y compris à se battre nu pour empêcher les Velrans de lui voler ses boutons...
Fallait-il présenter l'intrigue de ce livre ? Eh bien, oui, ne serait-ce que parce que le succès des films (celui d'Yves Robert et sans doute aussi les deux adaptations concurrentes tout justes sorties, celle de Yann Samuell et celle de Christophe Barratier) est de nature à éclipser l'oeuvre originale. Je parlerai sans nul doute plus tard des comparaisons qui s'imposent entre le texte et ses adaptations (merci les amis A.C. de Haenne et Les Murmures). Il suffit de savoir, dans l'immédiat, que l'oeuvre de Pergaud est à mon sens une oeuvre centrale de la littérature française du début du XXème siècle, une oeuvre qui s'inscrit d'une façon résolue dans son époque, à savoir celle où le régime républicain atteint l'âge de la maturité en France (les deux précédentes Républiques n'ayant jamais dépassé l'adolescence voire même l'enfance). Ce n'est pas un hasard si le village des sympathiques héros de Longeverne est "rouge". Elément de compréhension plutôt absent des adaptations cinématographiques citées plus haut.

On met souvent La Guerre des Boutons entre les mains du jeune public. Même si, à mon sens, il s'agit d'un livre accessible sans problème aux jeunes lecteurs, cela n'en fait pourtant pas un livre pour le jeune public. Il s'agit de l'une de ces oeuvres pouvant se lire de plusieurs façons. Certaines allusions historiques, politiques, voire même biologiques, peuvent apparaître obscures aux yeux d'un jeune lecteur ; mais la langue "fleurie" des jeunes héros peut néanmoins favoriser l'acceptation du fait que tout n'est pas compréhensible dans un premier temps. Une lecture plus tardive, à un âge un peu plus mûr, permettra dans un deuxième temps de dévoiler toute la saveur de l'oeuvre aux yeux du lecteur déterminé à voir au-delà des gamineries de Lebrac et de sa bande. Louis Pergaud a réussi, en effet, à capturer un instantané d'une vie sociale, celle d'une bande de gosses à la campagne, mais des gosses qui - malgré leur réticence à la chose scolaire ! - ont intégré le fait républicain. La date qui apparaît en partie lors de l'écriture d'un cours, le mot "Alboche" (pour "Allemand") utilisé comme anathème, montre bien qu'une petite vingtaine d'années après son instauration, la Troisième République et les circonstances de sa proclamation n'ont rien de théorique pour eux. Publié en 1912, soit deux ans avant le début de la boucherie (où Pergaud devait d'ailleurs trouver la mort), ce livre est un témoignage des premières années de la France moderne. Les mêmes années qui furent aussi les dernières pour une part de la civilisation française contemporaine, le premier conflit mondial ayant sanctionné le début du déclin des campagnes dans notre pays. Nul doute, au passage, que les héros de cette petite guerre des gosses auraient pour certains trouvé la mort pendant l'autre guerre, celle que l'on dit parfois Grande.

D'autres éléments contribuent à faire la force de ce livre. Les sentiments professés par les jeunes héros sont criants de vérité. Je ne parle pas ici du "simple" bonheur d'avoir gagné une bataille contre la bande ennemie, mais plutôt de l'atmosphère de camaraderie qui règne entre les Longeverne (un peu moins sans doute parmi les Velrans... mais il est clair que Louis Pergaud a choisi son camp, dans cette histoire !), la dévotion des uns pour les autres (Lebrac n'hésitant pas à se lancer isolé à la bataille, au risque d'être piégé), mais aussi l'amertume de la traîtrise. C'est d'ailleurs au sort du traître que l'on perçoit la fragilité de la civilisation et des lois. Lebrac, jusqu'alors un chef plutôt raisonnable, se change soudain en véritable bête fauve et montre une exceptionnelle cruauté lorsqu'il s'agit de punir le traître. Un passage dérangeant qui me semble, à lui seul, prouver que La Guerre des Boutons n'est pas un livre destiné au jeune public.

Dans cette édition, le texte intégral est complété par trois autres qui ne manquent pas d'intérêt :
  • Les petits Gars des Champs, texte d'une conférence de Louis Pergaud donnée après la publication de La Guerre des Boutons. L'auteur revient sur les habitudes de vie de ses personnages, qui semble-t-il avaient choqué. Il reprend certains passages de l'oeuvre pour en justifier le réalisme. Les personnages familiers font d'ailleurs quelques apparitions dans son discours, repris dans des circonstances éloignées de celles de la guerre : le pillage des oisillons dans les nids et les jeux lors de la garde (celle des bêtes). Nul doute que ces détails, dans la pensée de l'auteur, lui auraient permis de reprendre ses personnages dans de nouveaux livres...
  • La Vie de Louis Pergaud, par Emile Pradel. Un exercice biographique (rien d'inattendu) permettant de découvrir un auteur qui a sans doute lui-même livré des batailles de gosses quand il l'était, puis est devenu instituteur "rouge" dans un pays "calotin" avant de monter à Paris. Une vie interrompue trop tôt quelque part entre deux tranchées...
  • Louis Pergaud Ecrivain, par Roger Denux. Analyse de l'oeuvre d'un auteur parti trop tôt (à trente-trois ans !) alors qu'il venait tout juste de connaître la consécration. Quelques données biographiques supplémentaires viennent éclairer les circonstances de la genèse de La Guerre des Boutons.
Un livre toujours aussi intéressant, augmenté ici d'un dossier final digne d'intérêt. Je ne regrette qu'une seule chose, la couverture qui reprend l'affiche de l'une des deux réadaptations. N'aurait-il pas été plus neutre de trouver une illustration plus originale ? Ou même de tenter... la sobriété ?

Voir aussi la fiche de ce livre sur Babelio.

samedi 15 octobre 2011

Le Défi Frank Herbert : ouverture

Le Défi Frank Herbert commence aujourd'hui ! Voici la liste des participants déclarés à l'heure actuelle :
Si je vous ai oublié, ou si je vous ai inscrit à tort, merci de me le signaler pour que je fasse les corrections nécessaires... Notez qu'il vous est possible de vous inscrire au Défi à tout moment. Il vous suffit de vous manifester sur le blog ou bien sur DAR. Du reste, je préviens d'ores et déjà qu'en plus des gains annoncés lors de la présentation du Défi, plusieurs des participants (pour fixer les idées : les dix meilleurs chroniqueurs) recevront un petit souvenir symbolique à la fin de l'événement ! Date de fin du Défi : le 15 Mars 2012. D'ici là, il me reste une seule chose à dire : bi-lal kaïfa !

mercredi 12 octobre 2011

Les Chronolithes

J'ai déjà eu l'occasion de lire du Wilson, mais c'était il y a quelques années, avant de tenir mon blog. Je garde un très mauvais souvenir de mes trois essais en la matière. Dans l'ordre, BIOS, La Nef des Voyageurs et Darwinia : trois romans bizarroïdes, pas très exaltants (le troisième, au passage, m'est tombé des mains) et qui surtout m'ont permis de cataloguer leur auteur. Wilson est l'un de ces types qui sont obnubilés par l'idée d'une réalité transcendante. Derrière notre perception de l'univers, c'est forcé, se cache - pour eux - une réalité plus vaste. Laquelle réalité, sur la nôtre, exerce une influence peu compréhensible. La fin de BIOS est en ce sens caractéristique. Or pour moi, depuis Borges, il est devenu très difficile de parler d'intrusion dans le réel d'une réalité différente, très difficile et peut-être même impossible sans redites. Et il se trouve que ni l'écriture, ni la pensée de Wilson sont à mon sens à la hauteur de la mission qu'il semble s'être fixée. Surtout dans la mesure où, au contraire de Borges, il ne semble pas considérer la transcendance du réel comme un fait mais plutôt comme une fin : en peu de mots, les fantasmes de transcendance, moi, ça me fait fuir, et j'ai pris soin d'éviter tout Wilson depuis que Darwinia m'est tombé des mains au bout de cinquante pages. Il y a peu de temps, l'ami Gromovar m'a persuadé de tenter la lecture des Chronolithes. Faisant confiance à son avis éclairé (surtout que depuis, j'avais quand même eu l'occasion de faire une entorse à mon régime sans Wilson), j'ai fait l'acquisition de ce bouquin qui me faisait de l'oeil. Avec cependant une petite restriction, ayant un minimum d'intégrité spatio-temporelle avec moi-même : si j'étais une fois de plus déçu, ça serait pour de bon.

Autant dire qu'une responsabilité colossale (oui, je me la pète) pesait sur les pages de ce livre...

Résumé :
Expatrié en Thaïlande où il vit avec sa femme et sa fille de cinq ans, Scott Warden apprend un jour d'un ami contrebandier à la petite semaine qu'un événement étrange s'est produit dans l'arrière-pays. Un objet est apparu, planté en terre, un monument sur lequel une inscription proclame la victoire de Kuin... au terme d'une bataille qui n'a pas encore eu lieu car elle est censée se produire vingt ans plus tard. L'arrivée du premier chronolithe marque donc l'entrée dans un monde nouveau. Pour Scott, c'est d'une certaine façon la véritable entrée dans une vie adulte et respectable. Pour les pays d'Asie du Sud-Est puis du monde entier, c'est le début d'une ère de chaos. Car pour tout le monde, la Guerre des Chronolithes est commencée... Mais comment combattre un ennemi qui proclame ses victoires depuis le futur ?
Du simple point de vue de l'argument science-fictif, il faut reconnaître que c'est fort bien trouvé, comme point de départ : ce n'est pas pour rien que ce bouquin m'a fait de l'oeil depuis des années. Par contre, au niveau du risque d'y retrouver des fantasmes de transcendance, il faut reconnaître aussi que c'était une planche bien savonnée pour un auteur qui a déjà commis trois romans que je n'avais guère appréciés. Voilà sans doute aussi pourquoi j'ai mis si longtemps pour tenter le coup.

J'aurais eu tort de m'en priver. C'est un page-turner, mais pas de ce genre où ça pète dans tous les sens. Bien au contraire, en choisissant de se concentrer sur l'existence d'un type qui est pas loin d'être un pauvre type dans un monde qui tourne de moins en moins rond, l'auteur génère une ambiance un peu étouffante, la petite histoire de Scott s'inscrivant de plus en plus dans l'Histoire d'un conflit qui ne dit pas son nom avant d'être terminé. Car c'est une guerre que les personnages livrent, une guerre contre Kuin, une guerre dont les défaites sont annoncées avec deux décennies d'avance mais ont néanmoins des conséquences très palpables sur la vie quotidienne. Y compris avec l'apparition et la montée en puissance d'une véritable cinquième colonne - les kuinistes, qui ont d'une certaine façon admis que le futur est à présent écrit.

A travers ce roman, Wilson conduit en réalité une très subtile réflexion sur la nature et l'irréversibilité du temps. Si Kuin annonce toutes ses victoires depuis le futur, est-il utile de s'opposer à lui ? Surtout lorsque ses monuments semblent indestructibles ? Entre le Destin et le libre-arbitre, Wilson a fait son choix. Et la solution au problème ne sera pas tant physico-technologique, mais plutôt socio-psychologique.

Alors oui, les fantasmes de transcendance apparaissent là-dedans, d'une certaine façon, mais il semble que Wilson se soit décidé à les museler assez pour qu'ils ne parasitent pas son propos. Bien sûr, on se demande tout au long du roman qui est Kuin, et l'hypothèse suggérée à la fin est assez plausible sans être par trop évidente. Cela se termine aussi plutôt bien, d'une façon positive, ce qui n'était pas le cas des autres livres lus de Wilson. Et c'était sans doute aussi, et encore, l'une de mes raisons pour ne pas avoir accroché avec eux...

J'ai bien fait d'écouter Gromovar. Je donnerai une ou plusieurs nouvelles chances à Wilson à l'avenir.

lundi 10 octobre 2011

La vérité se trouve au fond du microscope - Octobre 2011

Retour de ma rubrique mensuelle de microscopie avec ce sporange de fougère...
Les fougères (ptéridophytes) sont des végétaux pluricellulaires que l'on observe un peu partout dans le monde. Par rapport aux angiospermes, les ptéridophytes présentent un mode de reproduction plus archaïque avec une certaine dépendance au milieu aquatique.

"La fougère" adulte (par exemple, Polypodium vulgare) est un organisme dont les cellules contiennent deux jeux de chromosomes (organisme diploïde, comme l'être humain). Lorsque vient le moment de la reproduction, la fougère produit des spores (c'est pourquoi l'on appelle aussi la fougère un sporophyte, ou plante à spores) qui sont disséminées grâce aux sporanges observés sur la photo. Le sporange est un sac refermé par un anneau contractile (en orange sur la photo) dans lequel on trouve les spores (en rose clair). Les spores sont des cellules ne contenant qu'un seul jeu de chromosomes (cellules haploïdes). Une fois dans la nature, chaque spore peut entrer en division pour former un nouvel organisme.

C'est là que se situe la bizarrerie (qui n'en est en fait pas une)... Le végétal qui se forme à partir de la spore n'a en fait rien à voir, à première vue, avec une fougère. On lui donne un nom différent, le prothalle, et il s'agit au sens propre d'un organisme différent. D'abord, les cellules du prothalle contiennent (comme la spore) un seul jeu de chromosomes : il est haploïde. Ensuite, lorsque le prothalle réalise sa reproduction, il ne produit pas de spores mais des gamètes haploïdes (cellules mâles et femelles, c'est pourquoi le prothalle est qualifié de gamétophyte, ou plante à gamètes). La fécondation d'un gamète femelle par un mâle engendre alors une cellule-oeuf diploïde dont le développement va donner... une jeune fougère qui, à terme, pourra elle aussi produire des spores, bouclant donc la boucle.

Ce mode de reproduction original n'a cependant rien d'inhabituel dans le monde végétal : en effet, la plupart des plantes possèdent une telle alternance de générations, mais la tendance évolutive dissimule la phase haploïde (gamétophyte) au profit de la phase diploïde (sporophyte). Ainsi, un arbre fruitier sera un sporophyte, mais le tube pollinique chargé de la fécondation de l'ovule s'interprète comme un gamétophyte mâle régressé... A l'inverse, la plupart des animaux ont un mode de reproduction plus simple. Ainsi, l'être humain est l'équivalent d'un sporophyte - mais qui engendrerait d'autres sporophytes... Et il y en a encore, après ça, qui diraient que les végétaux sont plus simples que les animaux ?

dimanche 9 octobre 2011

Blacksad tome 3

J'ai continué ma lecture de la série animalo-policière Blacksad, dont voici ma chronique du troisième tome.
Résumé :
Blacksad est par hasard amené à renouer avec un vieil ami. Le professeur Liebber, éminent physicien, appartient à un groupe d'intellectuels de gauche organisé par un play-boy richissime et excentrique. Tout ce petit monde est dans le collimateur du sénateur Gallo, car en ces temps de guerre froide, les communistes sont fort mal vus... Pourtant, bien que le groupe de Liebber soit riche de personnalités fascinantes, il y a quelque chose de pourri chez les intellos. L'un d'entre eux est assassiné pour des raisons mystérieuses... à moins qu'il s'agisse d'un accident ? Et dans ce cas, qui était la victime initiale ? Alors que Blacksad fait la connaissance d'une ravissante écrivaine, est-ce qu'il ne risque pas d'être obligé de faire des choix douloureux, alors que son pays est traversé par une effrayante croisade ?
L'ambiance des premières années de la guerre froide et de l'équilibre de la terreur m'apparaît fort bien rendue dans cet album. Je maîtrise mieux la perception occidentale de l'époque. Les allusions au maccarthysme, et à cette espèce de folie qui a saisi les Etats-Unis, sont très nettes et fort bien trouvées. Dans le contexte de la peur de la guerre nucléaire, il est clair qu'il s'agissait d'une époque dangereuse et cet album rend très bien cette impression de danger imminent. Plus que dans les deux précédents, Blacksad se trouve mis en danger, en particulier, mis en danger par la raison d'Etat.

C'est ici que la série trouve une véritable profondeur. Après avoir exposé les tréfonds de la volonté de puissance, puis l'atroce absurdité de la haine raciale, elle nous emmène à présent dans les marécages de l'engagement humain. Ceux où le pire se révèle, hélas, trop souvent, car entre ceux qui ont trop de certitudes et ceux qui, n'en ayant pas assez, font les pires erreurs, tant finissent par montrer leur véritable nature. L'album, très amer, ne laisse pas le même goût de perfection glaciale retiré à la lecture du précédent. Il n'en reste pas moins qu'il est très réussi, et sans doute même le meilleur de la série pour le moment.

Mécaniques fatales

Voici ma chronique d'un livre qui m'a fait de l'oeil il y a plusieurs mois, lors d'une visite à la boutique du Palais de la Découverte, où il était en rayon...
Résumé :
Cela fait plusieurs millénaires que l'idéologie dominante, celle du darwinisme municipal, a lancé les anciennes métropoles devenues locomopoles sur le Terrain de Chasse... Affamées, les grandes villes se poursuivent dans les océans asséchés, se dévorant les unes les autres pour les matières premières et la main d'oeuvre humaine. Car depuis la Guerre d'Une Heure, la Terre va mal. A l'Est pourtant, l'immense continent Asiatique, protégé par les montagnes les plus hautes du monde, résiste au darwinisme municipal : c'est l'endroit où la Ligue Anti-Mouvement abrite ses colonies statiques derrière une muraille impénétrable... Sur le Terrain de Chasse, Londres a faim. Ses Ingénieurs, au pouvoir depuis vingt ans, sont en train de mettre au point une arme terrifiante... Mais de cela, Tom, le jeune Historien apprenti, n'a pas conscience : les chasses de Londres, son lieu de naissance, restent pour lui un motif de réjouissance. Du moins, jusqu'à ce jour où il va faire plusieurs rencontres déterminantes...
Entre océans à sec, cyborgs en folie et simples humains prêts à tout pour arracher aux autres le peu qu'il reste à exploiter sur une planète épuisée, il y a là-dedans une ambiance post-apocalyptique bien marquée, je pense qu'elle devrait plaire à Tigger Lilly... Et c'est pourquoi je colle sur ce billet le TAG de son challenge Fins du Monde. Pour un roman jeune public, ce livre est d'une rare noirceur sans pour autant être glauque. Le jeune Tom, qui découvre en fait son monde pour mieux nous le faire découvrir, se montre on ne peut plus naïf et sensible à la propagande municipale. Ainsi, l'un des principaux antagonistes reste pour lui un héros jusqu'à la fin. Il est vrai aussi que ce monde où les villes bougent ne favorise pas l'ouverture d'esprit : le paysage change, mais pas le contexte social, et au nationalisme a succédé l'esprit de clocher. Pour s'en rendre compte, il va falloir que Tom arpente le sol du monde, une chose pour lui répugnante et inquiétante - car ce monde est plein de danger qu'il a peine à imaginer.

Face à lui, le portrait d'Hester, jeune fille défigurée, liée au destin de Londres de plus d'une seule façon, vient agir en contrepoint. Elle n'a pas sa candeur, car elle est animée par un inextinguible désir de vengeance. Elle n'a pas non plus ses inhibitions, car par la force des choses elle a déjà vécu hors de toute agglomération. Les passages les moins convaincants de cette histoire sont peut-être les moments londoniens, quand l'auteur nous ramène au complot des Ingénieurs qui, grâce à des secrets technologiques perdus, vont tenter de percer une bonne fois pour toutes la barrière de la Ligue. Mais il est vrai que, bien à l'abri des murs de Londres, l'ambiance post-apocalyptique est moins sensible...

vendredi 7 octobre 2011

Letter Bee tome 11

La série steampunk Letter Bee revient ces derniers jours avec un onzième tome fort attendu : le précédent était en effet bien réussi et renouvelait à merveille l'intérêt du manga...
Résumé :
Les sbires du gouvernement ont décidé de ramener Gauche à la capitale pour lui extorquer des informations sur les rebelles, pour qui son corps (contrôlé par "Noir") a travaillé pendant si longtemps. Lag et ses amis parviennent pourtant à négocier un délai afin de permettre à Sylvette, sa soeur, de renouer avec lui. En contrepartie, Lag doit continuer ses livraisons - mais sa prochaine destination va le mettre en danger sur un chemin étroit infesté d'insectarmures... Sorti affaibli de sa maladie, encore convalescent, et sans son dingo Niche, Lag sera-t-il à la hauteur ? Ou bien aura-t-il besoin d'aide ? Pendant ce temps, Zazie n'a pu interdire au Cabernet de décoller à nouveau en direction de la capitale, et seule l'intervention in extremis de Lloyd, le directeur limogé de la ruche postale de Yusari, lui a permis d'avoir la vie sauve. C'est inconscient que Zazie est confié à Jiggy Pepper - lequel reçoit pour mission d'arrêter le Cabernet coûte que coûte. Mais pourquoi Lloyd, resté seul, cherche-t-il à entrer en contact avec Lawrence, le chef des rebelles ?
Dans cette série, certains éléments d'histoire sont à présent bien fixés. L'Amberground, ce pays sans soleil naturel, dispose d'un soleil artificiel fonctionnant on ne sait pas trop comment - mais on a compris que pour alimenter sa fournaise, le gouvernement a recours a quelque ignoble manipulation. Les rebelles de la faction "reverse", eux, cherchent à faire disparaître l'abomination - mais en ayant recours à un gigantesque insectarmure, le Cabernet, une libellule géante chargée de détruire le soleil artificiel et donc de rendre l'Amberground aux ténèbres. Entre le mensonge gouvernemental et le remède sans doute aussi terrible que le mal proposé par les rebelles, il reste bien peu de place aux simples habitants du pays. Les Bees, à savoir les fonctionnaires chargés de la transmission du courrier, qui doivent traverser les étendues désertes mais infestées d'insectarmures, sont un facteur d'unité : ils sont au service du gouvernement mais sont attachés avant tout à leur mission et donc aux gens qu'ils servent de leur travail.

Pour Lag, les complots qui se trament dans l'Amberground restent assez théoriques et somme toute peu compréhensibles. C'est vrai que ce manga est une oeuvre où le point de vue adopté m'apparaît peu fréquent. Malgré ses traumatismes anciens, le jeune héros ne se montre pas plus adulte qu'il ne pourrait l'être à son âge. Ses préoccupations principales semblent être de faire son travail aussi bien que son mentor Gauche et de déverser des hectolitres de liquide lacrymal dès qu'il en a le prétexte (et cette fois-ci, on lui en trouve un beau, de prétexte, et même plusieurs). La chose avait tendance à m'agacer un peu mais, somme toute, n'est-ce pas là une démarche réaliste bien qu'inhabituelle ? Je crois qu'il n'est pas anodin que les découvertes du volet précédent se soient faites alors que Lag était un peu empêché, par la force des choses. Et je pense aussi que cette série, plus encore qu'un FullMetal Alchemist, pourrait bien s'orienter vers une allégorie, celle du passage à l'âge adulte.

La qualité de l'album, du récit jusqu'au dessin, est toujours aussi appréciable. En somme, un épisode à nouveau très bien réussi.

mercredi 5 octobre 2011

Sparte tome 1

Amateur d'Antiquité, en particulier grecque, c'est-à-dire la seule vraie (parce que depuis la conquête romaine, c'est plus ce que c'était), je ne pouvais pas négliger cet album...
Résumé :
Au deuxième siècle avant notre ère, la gloire de Sparte est déjà passée depuis longtemps. Le peuple de la cité construite sans remparts vit encore dans les souvenirs des temps passés, en particulier les rites cruels de l'initiation des jeunes spartiates... Mais les grands, à commencer par le roi Nabis, ne sont guère plus que des politiciens comploteurs comme partout ailleurs en Grèce. Agésilas, pourtant, qui poursuit Nabis d'une haine tenace, est déterminé à rétablir toute la grandeur de la cité à laquelle il est si dévoué. Il pourchasse pour cela les traîtres qui commercent avec les ennemis de Sparte. Diodore, lui, est un chasseur de primes que Nabis met aux trousses d'Agésilas dont la popularité ne cesse de croître... Or, dans une cité affaiblie par la corruption de l'époque et des moeurs, tout un chacun dissimule ses secrets : à ce petit jeu, Diodore ne risque-t-il pas de tout perdre ?
C'est une histoire bien fichue, en forme de tragédie grecque, avec des petits traits d'humour un peu gras (mais pour qui connaît un peu les pièces d'Aristophane, cela passera presque pour des citations). L'intrigue est plutôt convaincante même si elle a recours à des ficelles déjà un peu vues, entre le descendant caché du roi dont Nabis a usurpé le trône et le rebelle charismatique dissimulant un lourd secret... Cela coule de source, en fait, et la conclusion de l'album qui met Diodore devant un choix impossible tout en montrant que les nuages s'amoncellent sur Sparte me semble assez bien trouvée.

Le graphisme, très pur, très ligne franco-belge, est très approprié pour cette intrigue se déroulant il y a plus de deux mille ans. Les traits des personnages sont expressifs et chacun possède bien son identité voire sa personnalité. Les héros, Diodore l'hilote (et donc un moins que rien à Sparte) et Agésilas le torturé, sont très réussis, la surprise finale faisant l'effet d'une véritable surprise malgré son aspect déjà vu par ailleurs...

J'attends donc la suite !

mardi 4 octobre 2011

Dossier A tome 10 : La Déesse à la Chouette

J'ai déjà parlé maintes fois ici de la série manga Dossier A. En voici le dixième tome.
Résumé :
Iriya est en concurrence avec Sir Layton pour les indices conduisant à l'Atlantide. Alors que l'anglais est en Sicile, occupé à chercher des informations sur Diodore d'Alexandrie, de son côté Iriya, de retour au Japon, arrive aux mêmes conclusions grâce à une suggestion de Yuli. A Berlin, le film de Himmler occasionne des troubles dans les rêves de ceux qui le regardent : ils imaginent l'apparition d'une créature à visage de chouette... Iriya aurait-il négligé quelque chose dans son examen de ce film a priori anodin ? Ce qu'il ne sait pas, c'est que le Vieux de la Montagne a décidé de s'emparer de ce film et a mis sur l'affaire une très vieille connaissance. Et qu'un nouveau tueur va bientôt recevoir pour mission de l'éliminer...
Cette série possède une tendance agaçante, que j'ai déjà relevée ici, à mouliner des hypothèses différentes et qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, si bien que chaque album est à peu près autonome. Une autre tendance agaçante, c'est la manie de cet endormi d'Iriya de ne jamais aller au bout de ses idées. En fait, on a presque l'impression que lorsqu'il flaire la proximité d'une découverte, c'est pour mieux s'en éloigner aussitôt. Qui sait, il risquerait de trouver quelque chose, cet âne...

Et donc, après nous avoir alléchés avec une hypothèse néanderthalienne, revoici la bande partie pour une enquête autour des légendes méditerranéennes. Le développement autour de la "déesse à la chouette", que l'on retrouverait un peu partout sur le pourtour méditerranéen, ne manque pas d'intérêt afin de rappeler que les peuples des deux rives de la Méditerranée partagent un passé commun que l'on ne peut éliminer. Mais ça, c'est une lecture d'un lecteur français en 2011, et je ne pense pas que cela relève d'une intention de la part des auteurs. Le plus intéressant, dans cette histoire, c'est l'introduction d'un nouveau personnage d'archéologue, une jeune femme qui a décidé de se joindre à Iriya dans sa quête atlante. Le personnage est si improbable que l'on ne peut qu'espérer qu'il va faire son trou dans la série.

L'album tourne autour d'un cliffhanger un peu attendu (et ce depuis quelques épisodes) mais avec la réapparition d'éléments assez anciens dans l'histoire de la série (le disque de Phaïstos), il est permis de se demander si l'on serait en train d'entrer dans un cycle final... A suivre !

lundi 3 octobre 2011

Cleer

Quatrième et dernier nominé du Prix des Blogueurs 2011, Cleer est sous-titré "Une fantaisie corporate" et emballé dans un habillage blanc percé d'un demi-cercle (demi-lune ?) laissant voir l'intérieur rouge de la reliure, un montage à ma connaissance inhabituel pour un Lunes d'Encre... Un objet plutôt intrigant, qui surprend dès le premier contact. Et ça, c'est avant toute lecture...
Résumé :
Cleer, c'est le Groupe, une transnationale âgée d'à peine dix ans et pourtant, sa marque épurée se voit déjà partout et commence à être l'objet d'un véritable culte. Be yourself, proclame son slogan - et il est vrai que le Groupe est reconnu comme l'une des entreprises les plus éthiques au monde... Au sommet de la hiérarchie de Cleer se trouve le Board, une assemblée d'individus surnommés les anges. Sous leurs ordres se trouvent les multiples organes qui assurent le bon fonctionnement de la transnationale, engagée dans de multiples secteurs d'activité. L'un de ces organes n'est autre que la Cohésion Interne, chargée de la résolution des problèmes qui pourraient affecter l'image du Groupe. Charlotte Audiberti et Vinh Tran sont recrutés au même moment et font équipe à la CI. On les affecte à plusieurs enquêtes étonnantes, à commencer par une très surprenante vague de suicides au centre d'appel de la filiale "cadeaux personnalisés" du Groupe...
Je dois dire que ce livre m'a au premier abord beaucoup déplu. Le "monde de l'entreprise" m'inspire une saine répulsion, ayant pratiqué pendant un an les rapports hiérarchiques viciés de l'open space l'année de mon DEA. Il faut dire que les auteurs (car ils sont deux, en fait !) n'ont pas peur de noyer leur lecteur néophyte (ou hostile comme moi) dans le salmigondis de la "communication d'entreprise", avec force anglicismes et non-dits n'en facilitant guère la compréhension : j'ai envie de dire "Osons l'abscons", pour parodier une récente campagne... Et lorsque l'on commence à se familiariser avec cet univers déroutant, c'est l'histoire qui commence à vous débecter. La Cohésion Interne est décrite comme l'équivalent de l'Inquisition. Je pense que l'on pourrait aussi parler de Politburo stalinien, pour continuer dans le champ lexical du totalitarisme. Voire même d'officine barbouzarde, quand l'on voit comment s'y prend Vinh pour blanchir l'image du Groupe quand celle-ci est menacée par les manigances d'un groupuscule écologiste. Cleer, une multinationale qui lave plus blanc que blanc, à coups de propagande noire. C'est en fait à tel point qu'à un moment, dans l'une des files d'attente de l'exposition In_Perceptions, j'ai refermé ce livre en marmonnant un rageur "mais quel navet, ce bouquin !", à la grande surprise de mes voisins...

Et puis, dans les cent dernières pages (à peu près), l'histoire adopte presque d'un seul coup une véritable profondeur. Sans trop de lien avec les précédents chapitres, la collaboration entre Charlotte et Vinh prend un tour nouveau dans une dernière enquête. Vinh, qui apparaissait au départ le plus désireux d'entrer à la Cohésion Interne alors que cet éventuel recrutement externe semblait impossible, va connaître une brutale évolution - et pas que hiérarchique. Charlotte, au contraire, la fille "du sérail" qui a été recrutée en interne, va percevoir à quel point le Groupe est malsain, malgré toute sa blancheur et toute sa lumière. On perçoit ici l'intrusion d'une forme d'inhabituel, un peu comme chez Borges, à travers les méthodes inductivistes, s'apparentant presque à de la magie intellectuelle, de l'école Karenberg auxquelles Charlotte a été formée, mais pour lesquelles Vinh éprouve de la méfiance. Méthodes inductivistes et psychologisantes permettant de résoudre les problèmes - et donc, de remplir les missions de la Cohésion Interne. En ce sens Cleer n'est pas sans se rapprocher un peu de certains thèmes duniens, à commencer par celui de l'humain amélioré. Mais ce livre sait pourtant trouver sa spécificité en choisissant de traiter ce thème par le biais non plus du scientifique, mais bel et bien du fantastique.

A ce titre, Cleer ne se classe pas pour moi dans la SF mais plutôt dans la Fantasy. J'ai envie d'y voir un livre de Fantasy "future" - telle que l'on pourrait en écrire dans quelques décennies. Reste à voir ce qu'en pensera l'avenir.

dimanche 2 octobre 2011

In_Perceptions

Je me suis rendu hier à l'exposition In_Perceptions, visible au 104 (5 rue Curial, Paris XIX), décidé en cela par un article sur le blog de Lunettes Rouges. On peut y voir, et interagir avec, cinq installations d'art contemporain :

Bâtiment par Leandro Erlich : une façade horizontale où l'on peut se promener, mais qu'un miroir projette à la verticale, face aux spectateurs (et aux participants). Amusant mais sans plus. Les enfants semblent adorer.

Changing rooms par Leandro Erlich : une variation sur le principe du labyrinthe aux miroirs. Cette fois-ci, les participants doivent se promener dans un réseau de cabines d'essayage dont les miroirs sont, parfois, remplacés par une porte conduisant dans une autre cabine d'essayage... On se surprend à franchir ces portes en tendant la main. Troublant et amusant.

Le monolithe par Ann Veronica Janssens : dans un gros cube noir, un lit moelleux où chaque participant est invité à s'allonger à tour de rôle. Au-dessus de sa tête, une soufflerie faisant léviter des assiettes en porcelaine. Quand la soufflerie s'arrête, les assiettes retombent... sur la plaque transparente mais blindée qui protège le spectateur ! Amusant, là encore, mais sans plus.

Mirror par Lawrence Malstaf : seul dans la pénombre, assis dans un fauteuil, on se regarde dans un miroir. L'image semble soudain se troubler, se brouiller... jusqu'à disparaître : le fauteuil reste seul. Semble-t-il que certaines personnes en sortent ébranlées. J'ai souri. Sans doute le temps de "préparation" n'a-t-il pas été assez long pour moi.

Shaft par Lawrence Malstaf : le clou du spectacle, à mon sens, que j'ai vu en dernier. Un grand espace rempli d'un brouillard artificiel coloré par des projecteurs. J'ai donné un grand coup de pied dans le mur dans la salle blanche en pensant que je n'en étais pas encore arrivé au bout. La salle rouge est la plus saisissante. J'ai remarqué que les gens semblaient avoir tendance à l'éviter, si bien que je m'y suis retrouvé seul à plusieurs reprises... J'ai pourtant trouvé que l'éclat de cette lumière avait quelque chose de presque reposant...

Une exposition qui ne manque pas d'intérêt bien que deux des cinq installations soient un peu décevantes. J'ai eu la surprise de voir que l'entrée, hier Samedi, ne coûtait rien. Corollaire, il y avait un monde fou et une longue file à l'entrée de chacune des installations...

Voir aussi l'avis de Tat à l'OEIL.

Planète à louer

L'un des quatre nominés pour le Prix des Blogueurs de Planète-SF, c'était le premier des deux qu'il me restait à rattraper. C'est chose faite à présent.
Résumé :
Au début du XXIème siècle a eu lieu le Contact. Les Xénoïdes ont débarqué sur Terre qu'ils ont assez vite mis en coupe réglée. Réduite à quatre continents pour montrer toute la puissance des galactiques, transformée en luna-park, la Terre est, quelques décennies plus tard, changée en un paradis pour touristes mais en cauchemar pour les êtres humains dont l'avenir semble à tout jamais bouché... La réalité du pouvoir appartient désormais à l'Agence Touristique ainsi qu'à son bras militaire, la Sécurité Planétaire. Toutes deux sont au service des Xénoïdes qui disposent d'un pouvoir économique écrasant. La horde des laissés-pour-compte de la Terre ne peut qu'espérer quelques miettes. Entre travailleuses sociales (prostituées), artistes esclaves, sportifs adaptés, policiers corrompus et enfants de la rue, bienvenue dans le cauchemar futur...
Comme j'ai eu l'occasion de le dire avec un Evadés de l'Enfer ! il y a quelques mois, c'est un concentré de cette SF modernisante, pseudo-contemporaine, où il faut que ça crache, que ça pue, que ça crie, et que ça dépèce pour que ce soit réussi. On notera l'intention de l'auteur, annoncée en quatrième de couverture : "toute ressemblance entre la Cuba des années 1990 et cette Terre du XXIème siècle est purement intentionnelle". Ben voyons. La chose, pardon, la messe est dite, on tient entre les mains ce qu'il faut bien appeler un pamphlet politique, écrit et empaqueté avec les tripes de l'auteur. Et l'on va voir ce que l'on va voir.

Et en effet, on voit.

Le propos de l'auteur compense assez mal son manque de clarté par une débauche de coups du sort et de personnages désabusés qui n'ont pas beaucoup de buts dans la vie : partir c'est le premier, partir c'est le deuxième et partir c'est le troisième, oui, aussi... Cherche-t-il à dénoncer un système cubain, pardon, terrien post-Contact où l'Agence Touristique a pris le pas sur le pouvoir politique - en d'autres termes, dénonce-t-il le Cuba si, Castro no de certains opposants ? Cherche-t-il à dénoncer la posture colonisatrice des Etats-Unis, pardon, des Xénoïdes ? J'avoue que le message m'est apparu assez peu clair : toute SF est inscrite, quelque part, dans son actualité ("La CHOM, c'est l'OPEP", dixit le Maître). Ajoutez à ceci des passages expérimentaux (?) à moins qu'il ne s'agisse de ratés dans le fichier-source : je n'ai toujours pas compris pourquoi, lors de l'entretien du scientifique cherchant à faire défection, les réponses aux questions apparaissaient décalées avec leurs questions (du genre : la réponse à la question un qui apparaît dans la question trois...). Sans doute suis-je trop stupide pour y avoir détecté quelque subtilité.

Bien entendu, comme souvent avec ce genre d'oeuvre, le tonus de l'auteur parvient à captiver le lecteur jusqu'à la fin. C'est un page-turner. Mais de cette sorte si fréquente, ces derniers temps, que l'on sait déjà que l'on n'y reviendra plus lorsque la dernière page en est tournée. Ah oui, et tant qu'on y est, qu'est-ce qu'il avait comme amis à remercier à la fin, ce Yoss...

La SF glauque, moi, j'aime pas ça, et si un auteur s'imagine qu'il suffit de produire du glauque pour faire de la bonne SF, je n'ai qu'un conseil à lui donner : qu'il essaie autre chose. Après tout, la SF de progrès n'est pas morte...

Lire aussi les avis de Lhisbei et Gromovar, qui ne sont pas du tout d'accord avec moi.

samedi 1 octobre 2011

Le Défi Frank Herbert : la déclaration d'intention

"Et l'aube apparut où Arrakis se retrouva au centre de l'univers, dans le moyeu de la roue qui allait se mettre à tourner."

Dune est sans nul doute le livre le plus connu de Frank Herbert. L'oeuvre du Maître, pourtant, est loin de se résumer au chef-d'oeuvre de la SF, et la /pensée qui a produit Dune a gratifié la littérature de bien d'autres fruits dont certains, eux aussi, possèdent une densité inhabituelle. C'est que l'homme de Dune n'a pas écrit ce livre par hasard. Les témoignages de ses proches, et ses propres écrits non fictionnels, dévoilent un esprit curieux, à la recherche d'une compréhension globale - de l'humain à l'écosystème en passant par les sociétés. L'oeuvre fictionnelle de Frank Herbert, Dune y compris, peut sans doute s'interpréter comme une tentative de construction d'une anthropologie pragmatique, le sur-humain (ou le non-humain !) jouant le rôle de l'indispensable inhabituel, celui qui est parfois source d'effroi. L'écriture de Frank Herbert, appuyée par divers procédés (tels que les épigraphes plus ou moins cryptiques et la lecture dans la pensée des personnages) vient donc soutenir un propos complexe, dense, qui parfois divertit, souvent intrigue, mais donne toujours à réfléchir.

Dans ma vie de lecteur, Frank Herbert occupe une place très importante, au moins l'une des plus centrales, car j'estime avoir beaucoup appris grâce à lui. A mon niveau, j'aimerais agir pour que son oeuvre soit (re)découverte autour de moi... C'est pourquoi j'ai décidé d'organiser ce Défi dont l'idée me trotte dans la tête depuis plusieurs mois !
  1. Le Défi Frank Herbert est ouvert à tous les lecteurs, blogueurs ou non blogueurs.
  2. La participation au Défi doit être validée par une déclaration d'intention. Il convient donc aux participants de se manifester ici ou sur le forum De Dune à Rakis (DAR).
  3. Pour participer au Défi, vous devez publier au moins une chronique de lecture pendant la durée d'ouverture de l'événement (du 15/10/2011 au 15/03/2012). Voici le format souhaité d'une chronique (ajustable selon l'humeur ou l'inspiration du lecteur) : brève introduction, résumé, un ou deux paragraphes d'analyse.
  4. Les blogolecteurs publieront leurs chroniques sur leur blog en les accompagnant de l'image-TAG du Défi et d'un lien vers la présente déclaration d'intention. Pour les lecteurs non blogueurs, les chroniques seront publiées sur DAR, dans une section qui sera ouverte le 15/10. Les chroniques seront toutes référencées par liens sur ce même forum.
  5. Toute oeuvre écrite (fiction ou non fiction) signée par Frank Herbert entre dans le corpus du Défi.
  6. Un concours permettant de remporter quelques cadeaux est associé au Défi.
  7. Les participations des lecteurs seront comptabilisées au plus tard à la fin du Défi et donneront lieu à la remise de "titres de gloire":
    • Wali (jeune Fremen inexpérimenté) : une chronique herbertienne.
    • Fedaykin (commando de la mort) : trois chroniques.
    • Naib (chef de tribu) : six chroniques.
    • Lisan-al Gaib (la voix d'ailleurs) : neuf chroniques.
    • Kwisatz Haderach (le court chemin) : douze chroniques ou plus.
Au sujet du concours associé au Défi : en partenariat avec les éditions Denoël et Folio-SF, la Grande Bibliothèque se propose de vous faire gagner des livres de Norbert Merjagnan, qui est à mon sens le plus herbertien des auteurs francophones actuels - et je ne suis pas le seul à le penser, si j'en crois l'interview de lui réalisée par Gromovar il y a de cela quelques mois...
  • Le prix du lecteur le plus assidu est doté, par les éditions Denoël, des livres Les Tours de Samarante et Treis, Altitude zéro :
  • Le prix du lecteur le plus chanceux est doté, par les éditions Folio-SF, du livre Les Tours de Samarante :

A cette occasion, je renouvelle mes remerciements à mes partenaires pour leur générosité ! N'hésitez donc pas à participer : même une seule chronique peut suffire à vous faire gagner un prix !

Deux précisions pour terminer :
  • L'image-TAG est adaptée par Ionah. Je le remercie une fois de plus pour le travail fourni... L'image originale est un détail de la couverture de The Maker of Dune - Insights of a Master of Science-Fiction (Berkeley Trade), un volume dont le seul titre en justifie l'intérêt pour tout lecteur de SF : n'hésitez pas à l'acheter...
  • Je suis participant au Défi car (honte à moi) il me reste encore des livres de Frank Herbert à lire. Mais bien entendu, je ne participe pas aux concours...
Bi-lal kaïfa !