dimanche 28 novembre 2010

L'Enfant tombé des Etoiles

Nouvelle lecture dans le cadre du défi Robert Heinlein du Traqueur Stellaire...

Résumé :
John Thomas est un jeune homme américain normal pour son époque. Il vit en effet dans un futur pas trop éloigné où la Terre s'est insérée dans une communauté d'intelligences extraterrestres. De la sorte, pas mal de créatures étranges sont amenées à transiter voire même à résider sur le sol terrien. Cela nécessite des lois un peu particulières puisque les êtres intelligents doivent pouvoir être traités à l'égal des êtres humains. C'est pourquoi il existe une administration, le Ministère des Affaires Spatiales, chargée de veiller à l'équilibre délicat de la diplomatie et des affaires intérieures humaines... Or il se trouve que John Thomas est en possession d'un animal familier quelque peu surprenant. Lummox est de toute évidence une créature extraterrestre. Ramené en cachette d'une expédition lointaine par l'un des ancêtres de John Thomas, Lummox a pour particularités d'être doué de parole et de manger n'importe quoi. Le métal, en particulier, lui fait connaître une croissance explosive. Bien qu'il soit placide, la simple taille de Lummox en fait une créature dangereuse aux yeux du voisinage... et suite à une excursion en solitaire, voilà que la grosse bête s'est rendue responsable d'un certain nombre de destructions dans la ville. Le procès s'annonce fort complexe pour John Thomas, dont la principale préoccupation est de savoir comment il pourra s'acquitter des frais engagés par Lummox. Or, les gens autour de lui veulent que le sort de la bête soit réglé une bonne fois pour toutes... Ce qu'ils ne savent pas, c'est que dans le même temps, un vaisseau rempli d'extraterrestres inconnus est arrivé en orbite de la Terre, en quête d'un des leurs qu'un vaisseau terrien aurait enlevé cent ans plus tôt. Il se pourrait bien que du sort de Lummox dépende celui de la Terre toute entière...
Il s'agit là d'un roman de SF de l'âge classique. Après Une porte sur l'Eté du même auteur, je reste en terrain connu. J'ai retrouvé un discours ainsi qu'un ton assez cocasses. Imaginer qu'une princesse/messie extraterrestre puisse être réduite au rang d'animal familier sur Terre, et non content de s'en accommoder mais encore préférer sa "mission" (qui, pour elle, se résume à "élever des John Thomas") au destin pour lequel son peuple l'attend, voilà qui est pour le moins bien trouvé ! Le roman démarre sur les chapeaux de roues avec un premier passage raconté du point de vue de Lummox, ce qui constitue, je trouve, une excellente entrée en matière.

J'ai retrouvé ici des thèmes qui me semblent courants chez Heinlein. Celui de la vie courante du futur. Les déplacements aériens semblent être démocratisés ainsi qu'individualisés, à travers une technologie assez peu décrite, somme toute. Mais aussi les diverses taquineries administratives et juridiques. Robert Heinlein aurait-il eu fort à faire avec la justice, à un moment de sa vie, pour en garder de tels souvenirs ? La critique de Harvard m'a semblé peut-être un peu gratuite mais malgré tout amusante.

Car il s'agit avant tout d'un livre amusant, intéressant à lire mais quelque peu daté, sans doute... A mettre entre les mains d'un jeune adolescent, pour le sensibiliser à la SF, me semble tout à fait approprié, le personnage de John Thomas, benêt sympathique, disposant de bonnes capacités d'identification.
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Yoko Tsuno tome 25

Yoko Tsuno, vous connaissez ? Mais si... Cette électronicienne japonaise entrée dans le Journal de Spirou vers la fin des années 1960, dessinée par Roger Leloup, qui a eu l'occasion de travailler avec Hergé puisque l'avion de Carreidas dans Vol 714 pour Sidney, c'est lui. Yoko Tsuno est une série emblématique de la BD franco-belge, très ligne claire, et qui doit son succès toujours renouvelé depuis quarante ans à une multitude de détails. Il y a tout d'abord l'imaginaire foisonnant de l'auteur, véritable créateur d'univers de SF à travers la fameuse planète Vinéa. Il y a ensuite sa merveilleuse aptitude à produire des intrigues solides et qui coulent de source. Il y a enfin son incroyable talent de dessinateur : il est capable de restituer à l'identique, suite à des repérages (parce qu'il aime le travail bien fait), des paysages et des lieux. Allez visiter Rothenburg ob der Tauber après avoir lu La Frontière de la Vie si vous ne me croyez pas : vous n'en reviendrez pas plus que moi... J'ai une histoire particulière avec Yoko Tsuno parce que c'est l'une de ces BD qui m'a sensibilisé à la SF quand j'étais enfant (j'ai découvert le personnage l'Eté qui a suivi le CP, c'est dire). SF de surcroît très particulière car Roger Leloup affectionne en particulier la SF technologique, celle où les hypothèses scientifiques sont étudiées jusqu'au bout avec une véritable rigueur. Ce qui n'empêche pas les personnages d'être attachants et vivants : pour nombre de lecteurs, Yoko est une véritable amie, une grande soeur, ou ce que vous préfèrerez, dont les aspirations humanistes sont toujours appréciées. Voilà pourquoi un nouvel album est toujours une grande nouvelle, même si ces derniers temps c'est devenu de plus en plus rare (cinq ans d'attente depuis le tome 24...). On sentait aussi, depuis plusieurs albums, une certaine perte du souffle de la série.

Autant vous dire que cet album-ci était, osons-le, très attendu.

Résumé :
Yoko et sa nouvelle amie, Emilia, partent en villégiature en Ecosse, à Loch Castle, le manoir de Cécilia (voir La Proie et l'Ombre). Et ça tombe bien, parce que la jeune femme (qui fait réaliser d'importants travaux dans sa propriété) a un mystère à soumettre à Yoko. Dans un bâtiment muré de l'abbaye voisine, ses ouvriers ont découvert une femme enchaînée dans un cercueil depuis des siècles ! Il s'agit en réalité d'une androïde dont l'énergie est à présent épuisée, après que les moines l'aient enchaînée - car elle leur avait dit être la servante de Lucifer. Tenaillée par le mystère, mais sans équipement, Yoko décide d'en recourir aux services de ses amis vinéens, et ça tombe bien parce que Khâny est en ce moment sur Terre, occupée à organiser le rapatriement des exilés de Vinéa. Emilia se lie très vite d'amitié avec Lâthy, une jeune vinéenne de son âge. Mais dans la base souterraine des Vinéens, le mystère s'épaissit : quelle est cette zone interdite que Khâny semble si réticente à évoquer dans le détail et où la servante de Lucifer souhaite rentrer ? Se pourrait-il que les vinéens soient au courant des mythes terriens ou bien... en seraient-ils à l'origine ?
J'avais craint, au début, que cette histoire soit un prétexte à utiliser l'ensemble des personnages de Yoko, famille (le trio + Rosée + Emilia, maintenant) et les amis proches (Cécilia, Khâny...), en une véritable cacophonie comme on avait pu en voir une dans de précédents albums. Et c'est vrai que ça commence un peu comme une savonnette lâchée dans une baignoire humide : ça part dans tous les sens. En trois pages on passe d'une intrigue écossaise à un mystère scientifico-historique. Cécilia fait un petit tour et puis s'en va et on se demande comment Roger Leloup va raccrocher les wagons de son histoire. Parce que depuis le temps que des informations "fuitent" ici ou là sur cet album (je suis le site officiel depuis 2007 et on en parlait déjà), on connait le commencement - du moins, dans ses grandes lignes...

Et puis, miracle. Dès l'arrivée de Khâny, la vraie histoire commence. Yoko elle-même s'en rend compte puisqu'elle nous confie : "comment ai-je pu attendre si longtemps ?". Eh oui : Khâny est, dans l'ordre chronologique de l'histoire, la première amie qu'elle ait rencontrée, mais qu'elle a un peu délaissée depuis quelques épisodes... Histoire que les relations entre les deux vieilles amies ne soient pas trop perturbées, Roger Leloup a eu deux idées de génie : d'abord, exit Rosée, qui reste en arrière avec les enfants vinéens, parce que la mission promet d'être trop dangereuse pour elle... et là je dis un peu ouf, parce que la présence de la fille adoptive de Yoko était parfois un peu envahissante. Ensuite, Emilia s'étant trouvée sa propre amie en la personne de Lâthy, on comprend qu'elles vont pouvoir mener leur propre chemin ensemble. Du coup, Yoko reste centrée avec son trio d'amis du départ : ses deux compères de toujours, Vic et Pol, et bien sûr Khâny. Excellente combine scénaristique, expédiée en quelques pages, qui permet de resserrer l'intrigue autour des personnages qui ont le meilleur potentiel.

L'intrigue, parlons-en. Sans qu'elle soit très nouvelle dans le fond, je dois dire que j'attendais depuis longtemps le retour des Vinéens sur Terre, et c'est un très intéressant bonus. En dehors de quelques incertitudes sur les dates (quand donc est arrivée la deuxième équipe de Vinéens, celle qui est venue pour conquérir ?), c'est plutôt bien construit et on se laisse très volontiers prendre à cette histoire de zone interdite où un homme, émule du Guide Suprême des Trois Soleils de Vinéa, n'a rien trouvé de mieux que de se changer en "Lucifer" (au sens propre du terme) pour asseoir sa puissance sur les hommes de la Terre... Cela faisait longtemps que j'avais envie de revoir le "côté obscur" des Vinéens : voilà, c'est fait, c'est réussi, je suis content.

Comme toujours dans Yoko Tsuno, cela se termine par un happy-end, enfin, deux plutôt : d'abord parce que tout est bien qui finit bien. Mais aussi parce que Roger Leloup a réussi un album magnifique, digne des meilleurs moments de la série. Cela valait bien cinq ans de travail : bravo, et merci !
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mercredi 24 novembre 2010

Classement des quinze meilleurs films de SF - Novembre 2010

Guillaume44, le Traqueur Stellaire, m'a taggé dans son billet Nouveau classement des 15 meilleurs films de SF : ma mission si je l'accepte est de faire mon classement personnel.

L'horreur pure.

Je suis incapable de classer les choses que j'aime. Mais je vais quand même m'y coller, tiens... Histoire de faire voir aux blogopotes que je ne suis pas un dégonflé. Quant à Guillaume44, il ne perd rien pour attendre. Moi aussi je trouverai un tag viral à lancer un jour...

Voici donc le classement des quinze films de SF que j'ai le plus aimés. Il y a dedans de l'animation et du jeune public, aussi. Parce que la SF est bonne partout et à tout âge, d'abord.
  1. 2001, L'Odyssée de l'Espace.
  2. Les Maîtres du Temps.
  3. Star Wars Episode V.
  4. Dune.
  5. Metropolis.
  6. E.T.
  7. Mars attacks !
  8. La Machine à voyager dans le Temps.
  9. Voyage au Centre de la Terre.
  10. Flight of the Navigator.
  11. Batman.
  12. Le Voyage dans la Lune.
  13. Gandahar.
  14. Avatar.
  15. Explorers.
Vous remarquerez l'absence de films tels que Soleil Vert, Matrix et autres Blade Runner : j'ai beau faire, un film peut être aussi beau, réussi et intelligent que vous le voulez, je n'accrocherai pas dès lors que son contenu est désespérant...
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Le Chant du Drille

Ayerdhal est un auteur que je pratique depuis assez peu de temps. De lui, j'ai déjà lu Mytale, un space/planet-opera fort original méritant aussi d'être qualifié de socio-fiction, ainsi qu'un certain nombre de nouvelles dont je n'ai pas fait ici le compte-rendu. Je n'ai pas eu besoin de réfléchir longtemps pour me laisser tenter par ce livre.

Résumé :
Taheni est l'un des nouveaux mondes de l'Homéocratie, cette organisation qui depuis la révolution qui a mis fin à l'Empire a pour but de favoriser l'expansion humaine dans l'Univers sans pour autant (trop) perturber les écosystèmes... surtout s'ils accueillent des créatures intelligentes, ou susceptibles de l'être. Il se trouve que Taheni possède un écosystème luxuriant et fort dangereux. Si, lors de certaines saisons, il est possible de s'aventurer sans trop de risques dans les forêts, à d'autres moments des prédateurs et autres créatures hostiles font de la moindre expédition un très probable suicide. Taheni est pourtant habitée par les drilles, des créatures asexuées dont la biologie est presque inconnue et le mode de vie fort mystérieux. Les drilles chantent et leurs chants ont une influence considérable sur les émotions humaines. Or depuis quelques temps, les drilles envahissent les villages des colons afin d'y mourir en chantant un dernier chant... et ceux qui l'entendent sombrent dans la dépression la plus noire. Déjà certains colons s'arment et veulent exterminer les drilles avant qu'il ne soit trop tard. Les drilles sont-ils intelligents ? Pourquoi ces créatures inoffensives ont-elles d'un seul coup ce comportement si intrigant ? Lodève, inspectrice générale des Colonies, aura fort à faire pour comprendre. Quel est le terrible complot qui est à l'origine du chant de mort des drilles ?
La comparaison entre Mytale et Le Chant du Drille s'impose un peu, d'autant plus que ces deux histoires s'inscrivent dans l'univers de l'Homéocratie (je ne connais pas assez Ayerdhal pour savoir si l'on peut parler de cycle). Dans les deux cas, on est en présence d'un monde nouveau (pour le protagoniste principal) qu'il va être nécessaire de comprendre au plus vite. Parce que comme sur Mytale, rien ne fonctionne bien sur Taheni, malgré les apparences, et les suicides massifs de drilles en sont en fait le seul indice visible.

En fin de compte, l'écologie de Taheni n'est qu'assez peu abordée. On comprend qu'il s'agit d'un monde très ancien, où les formes de vie sont organisées en un super-organisme, dont les drilles seraient en quelque sorte le système immunitaire. Mais de cette "hypothèse Gaïa" au très fort potentiel, Ayerdhal se détourne assez vite pour se concentrer sur une histoire plus policière. Le comportement des drilles n'est en effet que l'expression locale d'un problème très humain, et le propos d'Ayerdhal est plutôt de montrer un changement majeur dans la structure politique de l'Homéocratie, en réponse à une situation inacceptable. Somme toute, les drilles et l'écosystème de Taheni sont un peu un prétexte à raconter une histoire de socio-fiction, chose que l'on retrouvait aussi dans Mytale - où le propos, néanmoins, était sans doute plus riche.

Sans être mauvais ni même passable, Le Chant du Drille n'est à mon avis pas la meilleure oeuvre d'Ayerdhal. Cela ne m'empêchera pas d'y revenir, et de confirmer mon impression selon laquelle il existe bel et bien une "touche" Ayerdhal.

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dimanche 21 novembre 2010

Thorgal tome 32

Thorgal est l'un de ces monuments de la BD franco-belge que l'on n'a pas le droit de ne pas connaître de nom, à l'ultime minimum, hein. Le mieux est d'en avoir encore lu un ou deux albums. Par la grâce d'un oncle bédéphile à la bibliothèque bien remplie, j'ai pu découvrir cette BD dans la deuxième moitié de mon adolescence, et je dois dire qu'elle m'a bien comblé. Est-ce de la SF ? On y trouve des vaisseaux spatiaux, des machines, des voyageurs temporels et des extraterrestres qui sont en fait des exilés de l'Atlantide. Est-ce de la fantasy ? On y trouve des créatures de la mythologie nordique et entre autres les dieux d'Asgard, des magiciens et autres sorciers, des enchantements et des quêtes. Est-ce de la fiction historique ? Cela se passe en effet dans un Haut Moyen-Âge fantasmé, entre épopées vikings, Europe en ruines peu de siècles après l'effondrement de la civilisation romaine, splendeur fantomatique de l'empire byzantin et mystères foisonnants et sanglants de l'Amérique centrale (que les vikings ont peut-être découverte, six cents ans avant Cortès). Pourtant, c'est avant tout l'histoire d'un homme qui voudrait bien pouvoir mener la vie que mènent tous les autres, mais dont l'origine a fait en sorte que son destin ne s'insère pas dans celui du monde où il vit. Thorgal, qui a grandi parmi les vikings, sera pourchassé par son destin où qu'il ira s'installer, seul d'abord, puis en compagnie de sa famille...

Résumé :
Les magiciens rouges ont enlevé Aniel, le fils que Thorgal a eu avec Kriss de Valnor. Aaricia, qui est la légitime de Thorgal, a promis à Kriss de veiller sur son fils et donc, en toute logique, c'est Thorgal qui s'y colle pour partir à la poursuite des magiciens rouges. Sa route l'emmènera sur la route commerciale de l'Est, celle qui mène jusqu'à Bag Dadh où, paraît-il, se trouve le coeur de la confrérie de la Magie Rouge. Mais pour cela, il devra traverser les terres du Nord, dangereuses et gelées... Trouvera-t-il de l'aide sur sa route ? Pendant ce temps, Jolan est toujours au service du demi-dieu Manthor. Celui-ci a juré de rendre son immortalité à sa mère, chassée jadis d'Asgard pour avoir frayé avec un mortel (qui n'était autre que le doyen de la confrérie des magiciens rouges). Pour cela, il faut que Jolan (aîné de Thorgal) s'empare d'une pomme d'immortalité qui ne pousse que dans le verger d'une déesse d'Asgard. Le vol du bouclier de Thor dans l'aventure précédente va prendre tout son sens et Jolan, à la tête d'une armée de poupées, va devoir envahir Asgard. Rien de moins. Mais sur sa route, Jolan va croiser le dieu-démon Loki, fourbe et lâche. Pourra-t-il mener à bien sa mission ?
Comme toujours avec un Thorgal, on tient ici une réalisation graphique parfaite. Le dessin est toujours magnifique. La conception de l'histoire est un savant mélange d'action et de scènes plus tranquilles, avec des morceaux de bravoure et d'autres plus sentimentaux. Néanmoins, on perçoit tout de même assez vite les faiblesses de cet album. L'intrigue tournant autour de Thorgal fait assez réchauffée car ce n'est pas la première fois que des sales types enlèvent l'un de ses gosses, et sa quête pour le retrouver n'est pas sans évoquer les tout premiers albums de la série. En d'autres termes, le héros est fatigué, à moins que ce ne soit le scénariste (qui a pourtant changé depuis quelques albums), et il est de plus en plus clair que le vrai personnage principal, maintenant, c'est Jolan et nul autre. Jolan au sujet duquel, au terme de cet album qui semble clore un cycle dans la saga (celui de L'Armée qui vit), je me pose une question : a-t-il oui ou non perdu son pucelage avec la belle déesse ? Tant qu'à nous allécher d'allusions, les bédéastes auraient pu être conclusifs sur ce point.

Faiblesses de l'album, vous dis-je : c'est dommage de n'en retenir que ce détail tout de même un peu trivial. On se doute cependant que la quête de Thorgal ne va pas se faire toute seule, et l'on s'attend à ce que dans le prochain album Jolan obtienne de son maître le droit d'aller donner un coup de main à son "pôpa". Et puis cela éviterait que les bédéastes nous remmènent faire un tour dans Asgard une fois de plus, parce que je commence à trouver que l'on y entre un peu comme dans un moulin... Peut-être que la nouvelle quête de Jolan pourrait aussi impliquer ses anciens concurrents et désormais potes (très absents de cet album). Avec, qui sait, la formation d'une équipe comparable à celle qui avait fait le bonheur du cycle du Pays Qâ, cycle restant à mon sens l'un des plus aboutis de la série. Voilà qui serait une bonne idée...
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samedi 20 novembre 2010

"De Dune à Rakis" : newsletter numéro 8

En ce mois de Novembre, c'est déjà le temps du retour pour la newsletter de DAR, dont la huitième édition présente quelques changements par rapport aux précédentes... Je vous invite à en prendre connaissance ici.

Ce que j'en retiens cette fois-ci :
  • Tout d'abord, le changement d'habillage, avec la photo de Frank Herbert dans le bandeau, choix tout à fait approprié dans la mesure où...
  • Le maître aurait fêté ses quatre-vingt dix ans il y a peu. Eh oui : Frank Herbert était né un 8 Octobre...
  • L'ouverture d'un débat quant à un éventuel ravalement de façade de DAR. J'ai tendance à ne pas trop croire à l'effet de tels changements d'ordre cosmétique mais ne soyons pas désagréable, et suivons l'affaire en gardant l'esprit ouvert.
  • La page sur le jeu vidéo Dune de Cryo a été ouverte sur le Wiki. Une page à visiter de toute urgence pour les nostalgiques de ce jeu mythique, qui a été pour nombre d'entre nous (dont moi) la porte par laquelle nous sommes arrivés sur Arrakis...
Bonnes découvertes, et n'oubliez pas : DAR a pour vocation d'être la communauté dunienne francophone de référence ! N'hésitez pas à nous rejoindre !
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Salon du Livre et de la BD : "Mythes et Légendes", la visite

J'ai été ce matin faire un tour au Salon du Livre de Creil dont j'ai parlé ici. Je n'ai pas beaucoup la pratique des salons du livre, n'ayant été en voir un pour la première fois que l'année dernière (celui de Paris, et j'ai bien l'intention d'y retourner en 2011 si je peux). Je ne saurais donc dire si c'est un "grand" salon mais, cependant, j'ai trouvé que ça valait tout de même la peine d'aller y passer un moment. Et puis c'était l'occasion de ressortir mon badge-cocarde, que j'ai désormais l'intention de porter dans les événements publics liés de près ou de loin à mon activité dans la blogosphère...

Les visiteurs réguliers de la Grande Bibliothèque savent que j'ai, il y a quelques mois de cela, critiqué (au sens négatif du terme) un livre de Corinne Guitteaud, Aquatica, que j'avais (il faut bien le dire) bien descendu en flammes parce que je n'avais pas du tout aimé. Il se trouve que Corinne Guitteaud est une auteure de la région à laquelle appartient Creil (ceux qui me connaissent peuvent se douter que le nom exact n'a pas droit de cité ici) : elle était donc présente au salon. J'ai donc eu l'occasion d'échanger quelques mots avec elle... J'ai appris que c'est une collègue (d'une autre matière) partageant avec moi, cette année, le bonheur d'enseigner à des Troisième DP6 : la coïncidence ! Après lui avoir confié que je n'avais pas du tout aimé Aquatica, je me suis dit que je pouvais tout de même tenter une deuxième expérience. Mais pas avec la suite. Plutôt avec un recueil de nouvelles, La Vague, dont la couverture est pour le moins réussie et sobre : tout ce que j'aime. Espérons, ainsi que l'auteure l'a mis dans sa dédicace, que je me laisserai cette fois emporter dans ses mondes imaginaires. Nous verrons bien.


J'ai décidé, aussi, tant que j'y étais, de laisser sa chance à une autre auteure publiée par la même maison d'éditions (qui se trouve être dirigée par Corinne Guittaud), à travers un space-opera (ce genre me perdra, je vous le dis). J'ai donc engrangé le tome 1 de La Saga d'Orion : Le Destin des Eaglestone d'Isabelle Wenta. Je viens de remarquer, au passage, que ce livre peut être lu dès quinze ans, ce qui semble indiquer un roman "young adult" (comme le disent les anglo-saxons) mais ça ne me dérange pas du tout. Les gens qui me connaissent savent que je suis capable d'être un vrai gosse dans ma tête. C'est en tout cas l'occasion de découvrir un nouvel auteur, de me lire un space-opera qui a l'air d'être plutôt du genre épique. Et au pire j'en tirerai de la substance pour faire un compte-rendu assassin.

N'oublions pas enfin le tome 32 de Thorgal, que je ne savais même pas qu'il sortait, là, maintenant, ces jours-ci. Ou plutôt qu'il était déjà sorti. J'ai vu au passage qu'il y avait désormais un spin-off (Les mondes de Thorgal) avec un premier album racontant un épisode de la jeunesse de Kriss de Valnor. Album que j'ai lu sans l'acheter (mais pas au salon). C'est distrayant, mais pas au point de mériter que je fasse entrer ça sur mes rayonnages. Par contre, le dernier Thorgal, ça oui, et je l'ai déjà lu, et je vais sans doute en publier la critique pas plus tard que demain.

En fin de compte, j'ai fait grandir ma PàL de deux livres. Je ne suis pas sérieux.
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Bifrost numéro 60

J'avais un peu fait la gueule en prenant connaissance du thème du dernier numéro de Bifrost. Il faut dire que, twilighteries aidant, j'ai un très fort préjugé sur le ressort du vampirisme en littératures de l'imaginaire. Préjugé de toute mauvaise foi, et tout à fait gratuit, car je n'ai jamais lu la moindre histoire de vampires (sauf peut-être Invasion galactique de Van Vogt, et j'avais trouvé ça d'un tel mauvais goût que j'ai arrêté aussitôt ma découverte de cet auteur alors que quelques temps plus tôt, du même, j'avais dévoré La Faune de l'Espace). Je vais être même très clair : pour moi, le genre a connu un véritable retour en grâce ces dernières années auprès d'un public très particulier, celui de certaines adolescentes, grâce au fameux Twilight, dont ma connaissance est limitée aux "aaaahhhh, hiiiihhhh, Edward, Edwaaaard ! Il est bôôôôhhhh !" des jeunes groupies, qui n'engagent guère, vous le reconnaîtrez, à conduire une étude dépassionnée d'un phénomène commercial de l'édition. Les tsunamis oestrogéniques, moi, ça me fait ricaner.

Néanmoins, parce j'ai la faiblesse de croire que je suis une personne ouverte d'esprit ainsi qu'éduquée, j'ai rangé mes sales préjugés au placard le temps de lire ce nouveau Bifrost. Et je dois dire que j'ai bien fait. Parce que j'ai beaucoup aimé ce numéro. Il faut dire qu'il commence très fort, avec Enculés !, une nouvelle d'Eric Holstein, que j'ai trouvée hilarante parce qu'en prise avec une certaine actualité : au fond, une histoire de vampires dont la finalité n'est pas de raconter une histoire de vampires. Ah, ils sont forts, les gars de Bifrost. Ils savent comment faire pour capter l'attention de leur lectorat. La deuxième nouvelle, Nuit rouge de Christophe Lambert, tape un peu plus dans le classique (expérimentations médico-sadiques d'un laboratoire secret du IIIème Reich menacé par l'approche du Front de l'Est) mais reste sympa. La troisième, Desmodus Draculae de Léni Cèdre, devrait beaucoup plaire à Ferocias puisqu'il s'agit d'une histoire de vampires mésoaméricains : vous savez, là où l'on trouve de vrais vampires et je n'en dis pas plus. La quatrième, Un Précis par Ian R. McLeod, est bourrée d'humour très décalé même si le texte se veut très sérieux et c'est un régal.

Suit un abondant dossier concernant la figure du vampire dans l'Histoire, la BD, le cinéma et bien sûr la littérature, avec son lot de critiques, et en particulier celle de Twilight, éreinté par Catherine Dufour. J'ai lu avec attention la rubrique scientifiction, bourrée d'hypothèses fort intéressantes autour du vampirisme, mais manquant peut-être d'un véritable fil directeur...

Dans l'ensemble, un numéro très convaincant, à même de m'inciter à me débarrasser de mes préjugés. Peut-être même que je vais piquer son exemplaire de Twilight à ma cousine, histoire d'avoir des bases pour le critiquer. Quitte à le brûler après.
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samedi 13 novembre 2010

Les cryptides, tome 3 : A la poursuite du Chupacabra

Par l'intermédiaire d'un partenariat du Dimanche de Blog-O-Book, j'ai reçu cet exemplaire d'un roman jeune public, à charge pour moi de le lire et d'en produire une critique. La lecture, c'est fait, la critique, c'est sur le point de l'être, mais je souhaite remercier tout d'abord mes partenaires dans cette poursuite cryptozoologique...

La cryptozoologie est la (pseudo)science s'intéressant à l'étude des animaux mystérieux ou inconnus. Vous savez, le Yéti par exemple... A noter que parfois, on découvre en effet un animal dont l'existence n'était connue qu'à travers des rumeurs tenues pour de simples rumeurs, auquel cas l'étude de la bête devient de la zoologie scientifique, et permet à nombre de biologistes du Dimanche d'ironiser sur les limites de la "science officielle"... La série jeune public en question ici s'intéresse à un groupe d'adolescents qui ont hérité d'un grand-père cryptozoologue un goût certain pour les bestioles bizarres et un don très sûr pour se jeter dans un tas d'ennuis pas sympas du tout. Parce que lesdites bestioles, en général, elles sont bien pourvues de dents, griffes, tentacules (rayer la mention inutile) et affamées de surcroît...

Résumé :
Les enfants Abelmans ne le savent pas encore, mais l'une de leurs relations (un antiquaire allemand) vient de se faire massacrer par un groupe de trois créatures humanoïdes assoiffées de sang. Au Mexique où ils passent des vacances dans une superbe villa, un archéologue se fait lui aussi vider de son sang pour avoir voulu protéger une statuette maya... Dans la cambrousse, la population de l'un des derniers villages maya se voit exterminée par les mêmes créatures : les rumeurs leur donnent le nom de "Chupacabras". Leur dernière apparition remonte à une quinzaine d'années dans le passé. A l'époque, la Société Secrète de Cryptozoologie, où le grand-père des enfants Abelmans occupait une position éminente, avait accepté d'envoyer une mission d'exploration au Mexique pour élucider le mystère, mais en avait classé le dossier sans suites. N'était-ce pas là une terrible erreur ? Les enfants Abelmans se trouvent bientôt plongés au coeur du drame car leurs parents et leurs amis mexicains sont enlevés par les féroces Chupacabras ! La police semble dépassée par les événements et il leur faudra trouver un nouvel abri en pleine jungle... Quel est le lien entre les monstres, de plus en plus nombreux, et la disparition des Mayas au Xème siècle de notre ère ? Cet homme mystérieux à la cicatrice, qui rassemble d'étranges documents et semble capable de s'introduire n'importe où, est-il un allié ou un ennemi ? Les enfants Abelmans pourront-ils résoudre l'énigme à temps et sauver l'espèce humaine ?
Oui, c'est en effet d'un livre où les personnages principaux se coltinent avec l'élimination de l'espèce humaine qu'il s'agit... Ce qui, en association avec une histoire trop classique et une narration un peu trop machinale, peut constituer un très gros point noir. Le fond du bouquin ne m'a pas semblé très novateur. Une aventure exotique où des jeunes adolescents découvrent des gens, des animaux, des plantes et des constructions nouvelles, c'est un peu du déjà vu depuis Jules Verne. On rajoute là dessus des monstres assoiffés de sang, plus ou moins artificiels et mâtinés d'ADN extraterrestre sur un fond vague de complot politico-militaire (l'auteur a dû suivre les X-Files), une pyramide maya qui s'écroule à la fin (salut, Indiana Jones) et on est en terrain "nouveau" mais familier, histoire de taper un peu dans tout, y compris dans les paradoxes spatio-temporels... Autant dire que je n'ai rien trouvé de très novateur dans ce roman : à mon sens, l'auteur aurait mieux fait de se concentrer sur un point d'intrigue plutôt que de vouloir tout utiliser : sans doute aurait-il réussi à produire quelque chose d'original à partir d'un seul et même thème.

Le fond n'est donc pas convaincant et la forme ne vient pas à la rescousse. La psychologie des enfants Abelmans n'est, je trouve, pas très bien fouillée au-delà de la courte présentation qui en est faite sur la page de garde (bien illustrée, au passage). Et puis les dialogues ne sonnent pas très vrai. Soit les personnages passent leur temps à se crier après, soit ils se perdent dans des monologues qui durent, durent... à peine interrompus, histoire qu'ils reprennent leur souffle, sans doute... On arrive donc à la fin pas du tout convaincu, et en tout cas, pas tout à fait dans l'optique de vouloir lire le reste de la série.

Vous l'avez compris, je n'ai pas aimé ce livre.

Je reconnais à l'auteur d'avoir fait un effort dans la recherche documentaire. C'est méritoire, et si ça permet aux jeunes lecteurs de ramasser, au passage, quelques informations de culture générale sur les Mayas, la biologie moléculaire et la physique relativiste, ce n'est que très positif. Je remarque cependant au moins une approximation : Quetzalcoatl est l'équivalent nahua de Kukulkan, le Serpent à Plumes des Mayas... Pourquoi dans ces conditions répéter ici ou là que le premier serait le père du second ? C'est d'autant plus faux qu'il ne s'agit pas du tout du même panthéon divin...

On me dira peut-être que les faiblesses que je perçois dans ce roman n'en sont pas et que je devrais me rappeler qu'il s'agit d'un roman jeune public. Je répondrai, comme toujours, que "jeune" dans "jeune public" n'est pas synonyme de "simple d'esprit". En d'autres termes, les auteurs feraient mieux de ne jamais préjuger à la baisse des capacités du jeune public. Or après avoir terminé A la poursuite du Chupacabra, j'ai comme l'impression qu'un jeune lecteur lambda en sortirait déçu... N'est-ce pas là le plus grave pour un livre dont la fonction serait plutôt de favoriser l'évasion dans l'imaginaire ?

Voir ici l'avis de Ferocias.
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dimanche 7 novembre 2010

Le Canal Ophite

Voilà un livre qui était en souffrance dans ma PàL depuis l'Eté 2009. J'ai décidé au mois d'Août de le ranger dans la colonne "urgent" et je viens (ce matin, avant de me lever) de le terminer. De John Varley j'avais déjà lu la trilogie Titan, il y a de cela plusieurs années, d'une façon morcelée (le premier tome de la série, je l'ai dans un vieux Présence du Futur dont je ne me souviens plus si je l'ai acheté en bouquinerie ou si je me suis contenté de le piquer à la collection de mon père ; les deux autres, je les ai en Folio SF). J'en ai retenu la capacité de cet auteur à produire des mondes délirants, bourrés de références et chargés en humour. A ce qu'il semble, Le Canal Ophite (The Ophiuci Hotline en VO, que j'aie lue), est son premier roman.

Résumé :
Au milieu du XXIème siècle, des extraterrestres ont éliminé toute forme de technologie sur Terre, forçant les rares survivants à s'exiler vers les autres planètes du Système Solaire, la Lune et les astéroïdes. Cinq cents ans plus tard, les Huit Mondes forment une civilisation florissante et originale. Au-delà de l'orbite de Pluton, un signal venu semble-t-il de l'étoile 70 de la constellation d'Ophiucus offre à ceux qui le captent des quantités considérables de données. La majeure partie en est incompréhensible, mais ce qui a pu être traduit a permis de réaliser des merveilles technologiques. En cette nouvelle ère, les gens peuvent changer de corps et de sexe à volonté, stocker leurs souvenirs afin de pouvoir être clonés en cas d'accident... Il n'y a pour ainsi dire pas de tabous, hormis celui qui pèse sur les manipulations génétiques touchant à l'ADN humain : quiconque enfreint la loi devra être éliminé - ainsi que toutes ses traces de souvenirs et même d'ADN. Lilo a commis le pire des crimes et elle va donc être supprimée, une perspective rien moins qu'angoissante même si elle a prévu le pire et a mis en sûreté ce qu'il faut pour assurer sa perpétuation. C'est pourquoi elle accepte la proposition de Tweed, qui lui offre de faire éliminer un clone puis de l'exfiltrer hors de sa prison, si elle accepte de travailler pour lui. Or, Tweed est un fanatique, déterminé à reconquérir la Terre que les envahisseurs ont, jadis, sanctuarisée pour les cétacés qu'ils considèrent comme plus intelligents que l'espèce humaine... Désireuse de se libérer, mais aux mains d'un homme si puissant et si riche qu'il peut se permettre de violer à peu près n'importe quelle loi, Lilo ne risque-t-elle pas de perdre le compte de ses incarnations successives ?

Et nous, lecteurs, ne risquons-nous pas de le perdre nous aussi ? La réponse est "un peu"... Il est clair que l'univers qui nous est raconté ici est très original. Le système de réincarnation par le stockage de la personnalité associé au clonage dans un corps parfois "taillé sur mesure"  me fait penser à la série de L'OEcumène d'Or de John C. Wright qui lui est postérieur : il est permis de se dire que, sans doute, Wright a su lire Varley, lequel était pour le moins novateur à son époque. En dehors de cela, je dois dire que j'ai été plutôt déçu. L'intrigue se déroule dans un temps fictionnel assez court (le livre en VO fait moins de deux cent cinquante pages). Elle parvient pourtant à être à la fois lente au démarrage puis bien trop rapide sur la fin. Sans compter qu'il n'est pas facile de jongler entre les différentes incarnations de Lilo, surtout quand on suit ce qui arrive à l'une pendant plusieurs chapitres avant de passer d'une façon plutôt abrupte à une autre que l'on délaisse presque aussitôt pour en venir à une troisième... à moins que ce ne soit la première...

Vous l'avez compris, je ne garderai pas un souvenir ébloui de ce livre. Je ne suis pas mécontent de l'avoir lu, mais je ne pense pas me replonger dedans très vite...
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samedi 6 novembre 2010

Salon du Livre et de la BD : "Mythes et Légendes"

La ville de Creil organise tous les ans un salon du livre et de la BD. Cette année, le thème choisi est de ceux qui peuvent nous intéresser, nous, les blogueurs de l'imaginaire : "Mythes et Légendes".

Le salon a lieu du 18 au 24 Novembre 2010, à l'espace culturel de la Faïencerie, qui se trouve à une dizaine de minutes à pied de la gare de Creil, laquelle est à une demi-heure de train de Paris depuis la Gare du Nord (un train toutes les heures sans compter les RER). Au menu :
  • 9000 titres présentés de manière thématique.
  • 100 auteurs et illustrateurs en rencontres colaires, débats, conférences et dédicaces.
  • Conteurs, calligraphes.
  • Spectacles, lectures.
  • Expositions, projections...
Le site officiel de l'événement : c'est par . Notez que Odon VALLET est l'invité d'honneur du salon.

Je dispose de deux invitations pour l'inauguration, qui a lieu le Samedi 20 Novembre 2010 à onze heures et, en cas de besoin, il doit m'être possible d'en récupérer d'autres... Certains d'entre vous seraient-ils intéressés ?
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vendredi 5 novembre 2010

Exposition découverte : Science (et) Fiction, aventures croisées

Dans le cadre des dix ans de la collection Folio SF, j'ai reçu (comme pas mal d'autres blogopotes), une invitation pour la soirée inaugurale de l'exposition Science (et) Fiction, aventures croisées, à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris. J'avais la possibilité matérielle d'y aller (cinquante bornes, ce n'est pas la mer à boire, que ce soit en train ou en voiture) et donc je me suis lancé dans l'aventure. D'autant plus que c'était l'occasion de mettre quelques visages (enfin, surtout des voix) sur certains avatars du Planet SF. C'est pourquoi, un Jeudi de Novembre (jour de rentrée des vacances de la Toussaint), j'ai pris la voiture au sortir de cours et direction Paris... Accompagné tout de même d'un collègue pratiquant le tir à l'arc et armé, non de son arc, mais d'un solide sens de l'humour, pour affronter au mieux la foule parisienne. Nous sommes donc partis des Marches Frontières à bord de mon puissant astronef (une Twingo nouveau modèle avec phares anti-brouillard), assez curieux de voir ce qui nous était réservé à l'arrivée.

Force est de constater que cela valait la peine.

A peine entrés dans la Cité des Sciences, on nous a remis un badge à chacun, qui représentaient des affiches de vieux films ou d'autres illustrations liées à la SF. Le mien, c'est l'affiche de Invasion of the Saucer-Men, un film qui semble être du meilleur goût puisque l'affiche représente un extraterrestre verdâtre à grosse tête et aux pupilles verticales, tenant dans ses griffes une jeune femme aussi pâmée que peu vêtue... Badge que nous avons pour consigne de garder pendant toute l'exposition. J'ai obéi sans problème et même au-delà puisque je l'ai gardé... après... L'exposition est au premier étage et à peine en haut, voilà que l'on découvre toute une meute de gens dont un bon nombre portent des accessoires divers et variés. Un nombre affolant de Jedi (dont certains ont des sabre laser plus vrais que nature, il paraît même qu'il y a eu un duel au sabre à un moment...). Des amiraux de flotte (ou des corsaires de l'espace) à n'en plus finir. On repère aussi des costumes plus difficiles à identifier (des nomades de l'espace) mais très réussis ainsi que de véritables cosplay (j'ai vu, de mes yeux, une femme déguisée en Twi-lek). Des tables sont dressées avec une armada de verres argentés ou dorés, avec des serveurs habillés de costumes évoquant des combinaisons spatiales... Le temps de discuter avec un Jedi et on monte au deuxième étage pour découvrir l'exposition.

Sur deux étages, l'exposition en elle-même présente un bon nombre de reliques issues de films (maquettes de vaisseaux spatiaux, combinaisons...) mais cela va bien au-delà. Même si la part belle est faite au cinéma (des écrans disséminés un peu partout diffusent des extraits de grands films et séries de SF), on trouve aussi des documents fort intéressants tels que des pulps de l'Âge d'Or de la SF... mais surtout des cahiers contenant les notes originales d'auteurs (j'ai pu voir l'écriture de Stefan Wul sur le cahier où il a écrit Noô !). Mon collègue est tombé en arrêt devant la maquette originale de R2D2. Nous avons marqué un véritable temps d'arrêt devant le costume du jeune Paul Atréides ainsi que sa cape d'Empereur Muad'Dib (venus de Dune par David Lynch)... Et j'en oublie...

L'exposition ne fait pas perdre de vue la mise en relation de la fiction avec la science. Car ce qui fait la spécificité de la SF par rapport à d'autres pans de l'imaginaire tels que, par exemple, la fantasy, c'est encore le fait que la SF est une fiction du plausible. Des écrans et des bornes interactives viennent rappeler que colonisation spatiale, robots et autres mondes virtuels ne seront pas de la SF dans quelques années (ou siècles)... Une exposition bien conçue, intéressante pour les amateurs (et les fanatiques) mais aussi pour le public non informé, histoire de faire comprendre aux gens que la SF ne se résume pas à des histoires de petits hommes verts.

Sortis de l'exposition, nous avons pu nous désaltérer dans les sus-dits verres, et goûter à quelques spécialités bizarroïdes (mention spéciale pour la purée de potiron en tube), avant de se retrouver entre blogopotes. J'avais le numéro de téléphone de Tigger Lilly (à qui j'avais eu en plus le culot de réclamer un service dont elle s'est acquittée avec patience et talent... merci encore à elle !), mais en fin de compte, c'est Lhisbei qui m'a repéré la première, grâce à mon sac à main portant une spirale (je dirai maintenant que c'est une galaxie) et non grâce à mon badge-cocarde. Un petit coup de fil à Tigger Lilly et on découvre que l'on est à dix mètres de distance les uns des autres. Le temps de discuter, que les blogopotes m'informent qu'il y a des choses à voir à la boutique (où j'ai acheté Gravité de Stephen Baxter, j'ai mal à ma PàL), et il est temps de partir (parce que le Vendredi matin, j'ai les Troisième DP6 à huit heures et demie...).

Ah oui, au moment où on s'éloignait avec mon collègue, j'ai vu Pierre Bordage, et je suis passé à un mètre de lui. Je n'ai pas osé lui demander un autographe. Je ne suis qu'un gros nul.

Bilan de la soirée, en photo, prise ce matin, parce que je suis un gros nul qui n'a pas pensé à prendre son appareil photo hier soir alors que pourtant, ça en valait la peine...

Content d'avoir pu rencontrer certains d'entre vous, et à bientôt !

P.S.. : lire ici l'avis de Lhisbei.
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mardi 2 novembre 2010

Qwan

Voilà une série manga que j'ai commencée il y a un bon bout de temps mais que j'avais laissée de côté par la force des choses : le tome 2 est en effet pour ainsi dire introuvable, et il m'a fallu recourir à la librairie d'occasion pour mettre la main dessus après pas loin d'un an et demi de vaine quête...

Contexte :
A cette époque, le monde chinois est en crise. La dynastie des Han, qui règne depuis quatre siècles presque sans discontinuer, a sombré dans la décadence. A la cour, les intrigues des eunuques dominent un empereur faible et indécis. Dans les provinces, d'inquiétants personnages attendent la chute de la dynastie pour avancer leurs pions... Et certains d'entre eux ne semblent pas tout à fait humains. Le petit peuple s'inquiète de son avenir, et les vagabonds ne sont pas considérés d'un très bon oeil. Au début de l'histoire, l'un d'entre eux se trouve en fâcheuse posture : accusé d'avoir mangé les gâteaux qu'un village avait offerts à une divinité, il se trouve livré en pâture aux créatures monstrueuses qui hantent la forêt... mais se trouve sauvé in extremis par un garçon étrange, Qwan, doté d'une force terrifiante, en possession d'armes étonnantes et dont l'appétit n'est satisfait que par les cadavres des monstres qu'il tue. Qui est-il ? Quelle est sa mission ? Et qui prendra le contrôle de l'empire ?
Il paraît qu'en Extrême-Orient, l'épopée des Trois Royaumes possède un statut comparable à celui de l'Iliade et de l'Odyssée en Europe : un texte mythique central dans l'imaginaire commun. Qwan se déroule quelques années avant l'intrigue des Trois Royaumes et l'on y voit apparaître l'un des personnages emblématiques de cette épopée, le fameux Cao Cao, chef de guerre du Royaume du Nord et déterminé à rétablir l'unité du pays à son profit. Qwan peut alors peut-être s'interpréter comme une histoire antérieure à celle du roman des Trois Royaumes : une façon, sans doute, pour l'auteur de rattacher son oeuvre à une tradition très ancienne.

Le dessin est très maîtrisé. C'est du manga, et du genre soigné, c'est-à-dire, sans débordements ou déformations excessives du trait. Les costumes traditionnels sont magnifiques et on s'y croit : de toute évidence, l'auteur a voulu coller à la réalité historique, ce qui m'incite à classer Qwan parmi les fictions historiques (genre que j'apprécie beaucoup, à côté de la SF). L'intervention de créatures mystérieuses, de pouvoirs magiques et de dimensions parallèles m'amène à rattacher le manga aussi à la fantasy. Le mélange est plutôt sympa : pour qui s'intéresse à la Chine, c'est même intéressant.

Six tomes sont parus en France, dont j'ai déjà lu les quatre premiers. En fonction de mes lectures, je ferai sans doute le compte-rendu des tomes suivants.
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Letter Bee tome 7

J'avais présenté ici déjà la série manga Letter Bee. Un monde gelé, obscur, éclairé par un soleil artificiel dont la clarté divise le continent selon des strates sociales : plus on vit à la lumière et plus haut on est dans la société... Une technologie magique, basée sur l'exploitation d'un minerai précieux, l'ambre spirituel. Des créatures dangereuses, les insectarmures, qui rôdent à distance des villes, menaçant la vie des voyageurs. Des rumeurs de complot gouvernemental, et une société secrète ne reculant devant rien pour atteindre un objectif mal défini. Et un corps de fonctionnaires, les Letter Bees, chargés de transporter le courrier de ville en ville, au péril de leurs vies ainsi que, peut-être, de leur raison. Lag Seeing est devenu Bee à l'âge de douze ans, par émulation pour Gauche Suede, celui qui lui a fait traverser l'Amberground en tant que colis quelques années plus tôt. Tous deux partagent un lien. Gauche a perdu un pan de sa mémoire le jour où le soleil artificiel s'est éteint pendant quelques instants, le jour même de la naissance de Lag. Depuis qu'il est devenu Bee, Lag, assisté par Niche, son dingo, une fille hybride humaine/maka, cherche au fil de ses missions à retrouver son ami Gauche, mais celui-ci semble avoir beaucoup changé...

Résumé :
Lag et Niche arrivent à Blue Notes Blues, un village perdu dans une chaîne de montagnes encore plus gelées que le reste de la région. Après l'inquiétante découverte, sur le chemin, d'une carcasse d'insectarmure géant, deux éléments achèvent de troubler Lag. Niche dit se souvenir du village, où elle pense être née des années plus tôt. Et les habitants prétendent que l'endroit est le seul où les humains ont vécu en harmonie avec les makas, ces créatures mystérieuses et très puissantes. Le mystère s'épaissit lorsque Lag apprend que, deux siècles plus tôt, une femme du village a donné le jour à deux jumelles difformes... Niche est-elle si âgée ? Où serait passée sa soeur jumelle ? Y a-t-il encore des makas dans la région ? Enfin et surtout... quel est le lien entre la période de disette qui a frappé le village deux siècles plus tôt, les insectarmures géants et les activités secrètes du gouvernement ?

L'histoire du manga se déroule, on va dire égale à elle-même. Les concepts et les décors sont à présent bien rôdés, il n'y a pas de découverte majeure et cela donne à penser que l'on va maintenant pouvoir progresser dans l'intrigue : comme le dit Efelle, je pense que les premiers tomes étaient des tomes d'exposition et que l'on va passer aux choses sérieuses. Il serait tout de même un peu temps, au fait, parce que pour le moment, à part quelques vagues indices on ne sait pas grand chose sur le pourquoi de ce qui ne va pas dans ce pays. Bien sûr, tout n'est pas net, mais c'est pour le moment plus une impression diffuse qu'autre chose...

Lag apparaît presque en retrait dans ce tome 7, comme le laisse entendre la couverture : l'histoire qui nous est racontée tourne autour du passé de Niche, dont tout un pan va nous être dévoilé. Lorsque le tome se termine, on comprend que Lag va devoir se débrouiller seul un moment. Manière de dire que le héros va grandir ? C'est à voir. L'auteur s'est sorti avec pas mal de talent de l'écueil de la routine : jusqu'à présent, les missions de Lag se résumaient un peu à "je pars en voyage, je fais une rencontre, j'affronte l'insectarmure de service, je livre mon courrier, je pleure mes cinq litres, je rentre". Or de plus en plus, la récupération et la livraison du courrier deviennent secondaires dans l'intrigue...

J'attends donc beaucoup du tome 8 : Lag va-t-il retrouver Gauche ? Et va-t-il enfin découvrir ce qui se passe au juste dans l'Amberground ?Share/BookmarkWikio Voter !

lundi 1 novembre 2010

Le Grand Jeu tome 4

J'ai déjà parlé ici de la série Le Grand Jeu où les auteurs s'amusent à croiser les enjeux politico-militaires d'une Seconde Guerre Mondiale uchronique (encore) avec l'intrusion de créatures extraterrestres ou lovecraftiennes... à moins qu'elles ne répondent à une réalité scientifique encore inconnue ?

En 1945, cela fait quatre ans que les Alliés occidentaux ont battu la Wehrmacht. En effet, l'attaque surprise de l'Union Soviétique à l'Est a contraint l'Allemagne nazie à signer un traité de paix à l'Ouest. Depuis, l'Armée Rouge a vu son avance stoppée dans les faubourgs de Berlin, et la guerre s'est enlisée en Prusse Orientale. La France et l'Angleterre ne voient pas ce conflit d'un si mauvais oeil : tandis que les allemands et les soviétiques se déchirent, au moins ne pensent-ils pas à s'en prendre aux démocraties occidentales... Néanmoins, des rumeurs circulent sur les inquiétants combats qui se déroulent à l'Est : les gouvernements occidentaux, de toute évidence, ne veulent pas que leurs populations en apprennent trop...

Le tome 4, Indochine, vient de paraître...

Résumé :
Février 1946 : douze ans après les émeutes qui ont ébranlé la République, Paris se couvre de barricades. Le Palais Bourbon est en flammes et dans les rues, les communistes affrontent les miliciens fascistes de Doriot et Déat. Nestor Serge est atterré : envoyé au Tonkin, il pense qu'il manque le scoop de sa vie... Mais dans l'avion qui l'emmène en Indochine, il fait la connaissance d'un jésuite qui lui fait remettre un artefact fort précieux : le sceau des rois khmers, accompagné d'une injonction à contacter Malraux en cas de malheur. Chose qui ne manque pas d'arriver... La situation continue à déraper une fois le voyage terminé : les papillons de Hanoï semblent plutôt agressifs. Tout indique, une nouvelle fois, que quelque chose de pas net se trame quelque part, en amont du fleuve, puisque des villages entiers se sont vidés de leurs habitants, sans que l'on sache où ils sont passés... Quel est le lien entre tous ces graves événements ? Et ce temple que l'armée française fait sauter à l'arme atomique en plein Sahara, pourquoi partage-t-il une étrange parenté avec celui qui avait été découvert au fond de l'Océan Arctique ?

C'est avec un certain bonheur que l'on retrouve le personnage de Nestor Serge, le journaliste un peu paumé dans un monde qui dépasse son imagination. Après avoir été capturé par les nazis, avoir admiré des soucoupes volantes, failli se faire bouffer par des chauves-souris géantes et massacrer par des entités mystérieuses sans jamais perdre son calme ni son humour, un reportage en Indochine est tout ce qu'il lui faut pour se détendre un peu. Hélas pour lui, les ennuis le pourchassent et cette fois-ci, ça ne le fera plus rire du tout. On découvre un Nestor Serge amer, porté sur la boisson, mais dont les facultés de déduction ne semblent pas altérées.

Il est soutenu par une ribambelle de nouveaux personnages, dont plusieurs historiques venant jouer le rôle de "guest-stars", depuis Sartre jusqu'à Hô-Chi-Minh en passant par Bigeard (à ne pas confondre avec Bigard, il y en a un qui est militaire et l'autre qui pense être rabelaisien alors qu'il est juste pas drôle). Les références, ainsi que le signalait Gromovar, sont fort nombreuses : littéraires, historiques et je dois en oublier. En fin de compte, une BD très bien documentée, où l'on sent que les auteurs ont fait l'effort de construire quelque chose de cohérent.

Somme toute, un album intéressant à lire, qui incite à lire le suivant (c'est pour quand ?) même si l'on se demande bien où cela va nous mener. Il va bien falloir, tôt ou tard, nouer ensemble tous les fils d'intrigue... Reste à savoir comment.
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La vidéo SF du mois - Novembre 2010

En ce premier Novembre, lendemain d'un épisode pluvieux où nous avons vu tomber près du quart de la moyenne annuelle (eh ouais), c'est (déjà) le moment du retour pour cette rubrique. Après une bonne tranche de rire incrédule avec la vidéo du mois d'Octobre, je vous propose un retour au sérieux, et même au très sérieux, avec un extrait de dix minutes d'un film de SF mythique et même mythologique, parce qu'à bien des aspects il est le creuset d'une partie de l'imaginaire du XXème siècle : Métropolis. Et puis cela tombe bien, avec la sortie récente du Livre VI de La Brigade chimérique...
D'autres personnes ont parlé, ou peuvent parler, mieux que moi de l'histoire très particulière de ce film-fleuve, véritable "film-univers", dont un quart s'est perdu, dont l'histoire est connue en entier grâce à la partition, et dont il a été retrouvé (dans un ciné-club Sud-Américain) une bande avec des scènes jamais vues du grand public depuis soixante-ans... A ce qu'il paraît, après avoir vu ce film, Hitler aurait dit de Fritz Lang qu'il était l'homme qui inventerait "le cinéma national-socialiste". Suite à quoi le cinéaste aurait pris la route de l'exil. En tant qu'amateur de SF, plutôt que les anecdotes, je retiendrai quelques éléments qui se trouvent illustrés à merveille par l'extrait que j'ai choisi :
  • La vision stupéfiante d'une mégalopole des temps à venir, dont je suis persuadé qu'elle a influencé nombre d'auteurs dont l'oeuvre était alors à venir : Moebius (L'Incal), Luc Besson (Le Cinquième Elément... mais il est vrai que Moebius a travaillé sur les décors...), Isaac Asimov (Les Cavernes d'Acier, mais aussi les descriptions de Trantor dans le Cycle de la Fondation).
  • Le personnage de Joh Fredersen, inventeur et cerveau de Métropolis, image glaçante d'un pouvoir intellectuel et totalitaire dont quelques mots suffisent à bouleverser le destin d'un homme. Vous aurez soin de remarquer le thème musical associé à son apparition : comment ne pas penser à la fameuse Marche impériale entendue à l'apparition de Dark Vador dans Star Wars ?
  • Enfin, la séquence quasi prophétique, se passant presque de commentaires, où le fils de Joh Fredersen, dans une hallucination, contemple Moloch dévorant les enfants de la civilisation industrielle.
Métropolis est l'un de ces films qui font une forte impression, et ce malgré quelques points qui auraient tendance à l'affaiblir. La mièvrerie de la romance entre les deux héros, et la morale finale, ne m'ont guère convaincu. Mais il est vrai que je ne suis sans doute pas objectif dans les deux cas et je vous recommande donc, si vous ne connaissez pas ce film, de vous faire votre propre idée de toute urgence.

Contexte : alors que Freder, le fils de Joh Fredersen, s'adonne au badinage avec des femmes de la haute société dans un jardin de Métropolis, voilà qu'une porte s'ouvre sans prévenir et cède le passage à une mystérieuse jeune femme, accompagnée par les enfants des ouvriers qui vivent dans les bas-fonds. Les intrus sont refoulés par les gardes, mais pour Freder, c'est le coup de foudre, et il n'a de cesse que de retrouver la jeune femme. S'aventurant dans les couloirs souterrains de Métropolis, Freder va découvrir le labeur épuisant des ouvriers grâce à qui fonctionne la merveilleuse invention de son père... et les conséquences de leur épuisement...

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